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père n'avait fait que s'aggraver durant tout ce séjour en Ab yssinie ; tout espoir de guérison s'était évanoui, lorsqu'il se décida à se remettre en route pour l'Europe, bien moins dans la pensée qu'il pourrait y atteindre, que dans le désir de rapprocher sa compagne de ses parents. Ce fut avec des difficultés et des peines indicibles que l'on transporta dans ce voyage le malade, par des chemins aifreux, à travers des montagnes escarpées, depuis Adowa jusqu'à Massoua ; et puis la lente navigation de la Mer Rouge, sous un ciel brûlant, avec une nourriture insuffisante; et la traversée du désert, à, l'ardent soleil, avec disette d'eau; enfin le trajet en barque par le Nil jusqu'au Caire ; tout cela avait épuisé les forces de la mère et conduit le petit enfant au tombeau. Jusqu'au dernier moment la mère avait gardé son espérance et tenu pendant tout le trajet le petit enfant sur ses genoux. Dans la dernière nuit son espoir avait paru se justifier, la figure moribonde de l'enfant avait repris un instant une nouvelle expression, et la mère s'était flattée que c'était le retour à la vie. Mais en entendant le père prononcer ces paroles : „L'herbe sèche, sa fleur tombe, mais la Parole de Dieu demeure éternellement", elle comprit ce que cela signifiait, et; avec des larmes brûlantes, elle laissa la douce petite s'en aller à Jésus sans la retenir, sachant que le royaume de Dieu appartient à ceux qui sont tels.
Le 31 décembre 1836, au moment où un terrible tremblement de terre renversait la ville de Safed et causait de grands désastres en plusieurs villes de Palestine et d'Egypte, naissait au Caire à nos parents leur premier fils, qu'ils appelèrent „Bénoni", fils de ma douleur, en souvenir de leurs récentes et nombreuses afflictions. Pen-
dant les dix années suivantes notre fidèle mère accompagna avec un inébranlable courage notre père dans ses différents champs de travail. Cinq enfants leur naquirent dans cet intervalle: l'un à Beuggen, deux à Malte, l'un dans le canton de Berne, puis de nouveau un à Malte. A différentes reprises notre mère fut dangereusement malade et près de la mort. Une fois elle perdit subitement connaissance et on la croyait à ses derniers moments; alors on la vit étendre ses mains, comme si elle cherchait à les poser sur quelque chose. Elle raconta plus tard qu'elle posait, à cette heure solennelle, ses mains sur l'agneau de Dieu, déchargeant ses péchés sur lui, s'attendant dans une paix parfaite à quitter ce monde. Jusqu'à son dernier jour elle eut une préférence marquée pour ce verset de cantique: „Je pose ma main croyante sur ta tête, agneau de Dieu ; sur toi je dépose mes fautes, puisqu'ainsi me l'accorde ta grâce".
Une toute nouvelle existence commença pour elle avec l'arrivée de notre père comme évêque à Jérusalem. Les privations matérielles cessèrent graduellement, dans la mesure du moins où la civilisation parvient à introduire à Jérusalem les exigences d'un certain confort. Assez d'autres difficultés surgirent en revanche. Les diverses attaques auxquelles notre père fut en butte affectèrent vivement notre mère. Ajoutons que sa personnelle et inflexible sincérité, connue de tout le monde, se trouvait parfois incommode pour quelques-uns. Mais elle ignorait l'art de se composer un visage souriant lorsqu'elle se trouvait en présence d'une personne à l'égard de laquelle elle avait quelque chose sur le cœur. Avec la simplicité de la colombe elle disait à chacun sans détour ce qu'elle pensait. Si quelque chose lui manquait c'était la