‹ SamuelChapitre 3 sur 19 · LA RENCONTRE I) UN NOTAIRE · texte numérisé non relu

LA RENCONTRE I) UN NOTAIRE

mèdc , dans un abîme de réflexions psycologiques; ce qui ne m'empêche pas de le soupçonner fortement de matérialisme, autant que j'en puis juger par le peu de lignes écrites de sa main , que j'ai trouvées dans ses album,

Samuel était doué d'un esprit souverainement actif et entreprenant ; il joignait à cette qualité une prudence et une discrétion rares. Conduire avec nerf une affaire importante, était pour lui un besoin et une vocation. Il déployait une vigueur redoutable dans l'exécution, après avoir préparé le succès par de longues et habiles machinations. A l'âge de vingt ans, comme il se trouva sans aucun parent , obligé de pourvoir à son existence, il apprit de bonne heure à connaître les hommes. Son père avait bien acheté , de son vivant, une assez jolie propriété située près de Vendôme ^ mais un étranger en avait l'usufruit; de sorte que Samuel, avec la certitude de posséder un jour assez de biens pour vivre honorablement , ne se vit pas moins force de chercher

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un emploi. Comme sa famille avait occupé une belle position dans le monde parisien, notre jeune homme s'imagina que des amis puissants allaient lui tendre les mains et le placer auprès d eux. On lui parla , en phrases pompeuses , des regrets qu'avait laissés son père ; on le reçut avec politesse ; on le fit peu rester dans les antichambres; les huissiers reconnurent son nom , qu'ils prononcèrent distinctement; de hauts fonctionnaires, qui auraient pu le recevoir avec fierté, ou prendre le ton d'une protection humiliante , daignèrent se lever de leurs sièges, s'interrompre dans leurs importants travaux, et lui parler comme à un homme ; quelques personnes à qui sa fiimille avait jadis rendu de grands services , l'invitèrent à dmer comme par le passé ; mais ce fut là tout. Heureusement que Samuel n'était pas de ces gens qui, sur un mot obligeant, s'imaginent que tous les cœurs leur sont ouverts. Ceux-là composent cette foule d'êtres myopes, qui ne tournent jamais leurs yeux que sur le point où le ciel est clair,

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sans oser jamais regarder l'orage; ils restent gueux et abandonnés , ayant en poche , toute leur vie, quelque espérance qui jamais ne se réalise. Samuel aimait au contraire à promener ses regards sur tous les points de l'horizon, et le côté le plus chargé de nuages menaçants était toujours celui contre lequel il tournait sa face. Il aimait à juger les choses comme elles arrivent en ce monde, et les créatures comme Dieu les a faites. C'est pourquoi il s'abreuva si copieusement de déceptions ; il se frotta si rudement contre l'humanité, comme à une machine électrique, et en reçut de si bonnes commotions d'ingratitude, d'égoïsme et de fausseté, qu'il ne lui fallut pas huit jours pour donner la clé des champs à toutes ses espérances, et les chasser comme une nuée d'oiseaux parasites; mais aussi cette expérience sévère jeta dans le fond de son caractère, naturellement bon, une couche d'amertume et de mépris des hommes qui, depuis, perça toujoursdansl'énergiede ses résolutions et dans l'ironie de scsdiscours, car Samuel n'é-

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tait pas non plus de ces gens qui, repoussés partout , payés en monnaie de cour , se retirent sans fiel avec la conscience de leur importunité , vivent médiocres , honteux et mal vêtus, tout en remerciant le sort du morceau de pain sec dans lequel ils peuvent mettre la dent. On désigne faussement ceuxci par le nom de philosophes.

Dès que notre garçon de vingt ans eut percé d'un seul regard le brouillard des politesses administratives ; dès qu'il eut reconnu les coutures de fil blanc de tous ces habits diplomatiques, et qu'il eut posé le doigt sur la sécheresse et la mauvaise volonté de ses prétendus amis :

— Voilà donc les hommes puissants! s*écriat-il. Ne faut-il , pour parvenir, qu'une dose d'égoïsme , recouverte de formalités niaises , que la foule des aveugles nomme habileté? L'humanité est donc bien pauvre 1 — Patience, ma génération montera à son tour. Je saurai quelque jour combattre pour mon patron, tout aussi bien que le plus habile de ces parvenus ; car leur façon de livrer ba-

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