‹ Sanctuaires d'Orient Egypte, Grèce, Palestine: Égypte, Greec, PalestineChapitre 12 sur 46 · S( SANCTUAIRES D'ORIENT · texte numérisé non relu

S( SANCTUAIRES D'ORIENT

se rappelle la définition de la musique turque. Ce sont des rondes furieuses avec des quarts de tons d'une sauvagerie raffinée. On dirait un désir exaspéré qui tourne comme un écureuil dans sa cage ou comme un damné dans sa prison de chair. Cela donne l'impression de Temj^ortement dans la passivité.

Mais voici un rythme tapageur, à trois temps, impérieux et haletant comme le battement d'un pouls enfiévré. El s'avance sur l'estrade la ghawazzi ou danseuse qui va mimer Tauthentique danse africaine connue chez nous sous un nom déplaisant et trop significatif. En Europe on n'en voit gxière que des atténuations ou des déformations qui ne la rendent ni moins laide ni plus morale. Dansée dans son milieu originaire, elle s'éclaire de son vrai sens ; elle devient le phénomène pathologique d'une race en décadence, l'image effrayante d'une sorte de dislocation de la personne humaine qui a lieu lorsque l'instinct gouverne en maître. La danseuse est vêtue d'un jélik brodé, recouvert de plaques métalliques qui font une sorte de cairaase sur son sein. La jupe est striée de larges bandes jaunes verticales en forme de feuilles de cactus. Ses talons frappent en mesure le plancher, au cliquetis des crotales de cuivre qu'elle agite de ses bras arrondis. Elle se tient droite; mais, chose étrange, les trois parties de son corps, la tête, la poitrine et les flancs ne se mettent en branle que

l'égypte musulmane 25

successivement et séparément. C'est d'abord la tête qui bouge horizontalement et automatiquement de droite à gauche et de gauche à droite, comme la tête d'un serpent qui se réveille. Ensuite les seins s'animent du môme mouvement vibratoire sans que le reste du corps y participe. Enfin les flancs commencent à s'agiter pour eux-mêmes. Alors c'est une innommable et savante variété de trépidations et de mouvements circulaires des hanches et des reins, auxquels la tête de la danseuse assiste dans une immobilité glaciale. On dirait que toute la conscience a passé dans les muscles inférieurs du corps pour y exécuter cette folle gymnastique. On pense aux vers de Martial sur la danse des filles de Gadès : Vibrabtmt sine fine prurientes lascivos docili tremore himbos. Puis, l'épais vertige remonte des flancs à la tête et redescend de la tête aux flancs en s'alourdissant et se précipitant toujours. Quelquefois un des spectateurs arabes se lève, rejette la tête en arrière, pousse un Hâ ! formidable d'admiration, puis se rassied gravement. Enfin la ghawazzi, épuisée, ralentit ses mouvements. Dans sa mimique, la lassitude semble succéder à la violence des sensations. Elle porte une main à la tête, qu'elle mcline légèrement. C'est l'esclave qui demande grâce au maître. Mais le public crie : Encore ! Encore !

J'éprouvais une stupeur mêlée de pitié devant

M SÂNCTDAtAES D^OfUËKl

cette désagrégation de la personiio humaine par un retour voulu à ranimalité, Terpsichore, pensai s-je, Muse sacrée de Teurythmie et de la. beauté vivante, quelles ont été tes aventures en ce monde ! Les hommes ont-ils pu te travestir et le ravaler à ce point? Je ne parle pas de ce que tu fus dans cerlains sanctuaires égyptiens, hindous et grecs, où Ton sut t'amener à Vexpression des sentiments les plus suhlimcs par un genre d'eKtase religieuse et un art aujourd'hui perdu ; Je pense seulement à ce que tu es en ta iQanifestation spontanée, en ta gaîté violente ou grave, chez les peuples nomades ou champêtres comme dans la splendeur intelligente des civilisations avancées. Pauvres aimées, qu^êtes-vous devenues ? Ce n'est pas ainsi, j'en suis sûr, que vous dansîeîç devant les Ramsès ou les Saladin. Les danseuses figurées dans les tombeaux égyptiens ont une grâce de libellules; la Bédouine d'aujourd'hui môme, qui danse dans son désert pour sa tribu, a un charme sauvage en ses ondulations serpentines qui est fort loin de cette brutalité froide et savante. La danse est naturellement chez l'homme un élan de joie de tout Têtre qui entraîne les sens vers Tesprit et les idéalise : voihl sa raison d'être esthétique, voila quelle peut devenir sa puissance éducatrice. La plus passionnée des danses espagnoles figure toujours un mouvement de l'âme. La Bacchante des vases antiques vibre dans l'extase

orgiastîque; mais tout son corps nage dans Tivress^ de Tunivers, et sa torsion est une aspiration douloureuse de Tesprit vers le dieu. Dans la danse africaine dégénérée, nous assistons au contraire à une illustration chorégraphique de Tinstinct bestial, à un engloutissement de l'esprit par la matière. Et c'est une loi inexorable : quand riiomme rend l'art complice de son animalité, il pervertit et détruit la notion même de Tart, il mutile et détruit sa propre personne.

Je n'avais pu vaincre ce mélange d'effroi et de révolte que nous cause toujours la profanation de l'être humain, lorsque je m'aperçus qu'un vieillard extraordinaire venait de prendre place à une petite table, en face de moi. Il était vêtu d'une dalmatique râpée, bordée d'une fourrure rongée par les vers, le dos voûté comme un centenaire, son vieux corps maigre serré en une tunique de «oie irisée de roses et de verts inénarrables. Un gros bonnet de fourrure coiffait son visage d'une pâleur spectrale et plissé d'une multitude de rides. Son nez bulbeux et interminable finissait brusquement en pointe et plongeait comme une sonde dans un petit livre en parchemin. Il lisait à travers ses lunettes posées sur le bout de son nez. Ses lèvres minces marmottaient des syllabes hébraïques , et ces trois mots bizarres frappèrent à plusieurs reprises mon oreille: Nephesch.., Rouak,,. Néschamah... Puis, avec un brusque regard oblique

vers Testrade^ il articulait à voix basse : Lililh! Lilitk!.,, Je crus reconnaître un ancien rabbin échoué dans ce milieu musulman par je ne sais quelle destinée, et je sentis une attraction subite pour la solitude prodigieuse de cette ruine humaine, dans laquelle il y avait un murmure de pensées comme de feuilles mortes.

— Babbi, lui dis-je, tu es certainement un savant maîlre. Que penses-tu de cette danse?

Il n'eut pas Tair de m'entendre et continua le sourd bourdonnement de son monologue intérieur. J'ajoutai :

— Je suis chrétien, et toi tu es un fils d'Israël. N'y a-t-il pas plus de liens entre les fils de Moïse et ceux du prophète de Nazareth qu'entre nous et les fils dlsmaël qui nous entourent ?

11 parut avoir compris, car il secoua la tête, et, sans changer d'attitude, le visage toujours enfoncé dans son bouquin, il baragouina dans un charabia mOlé de plusieurs langues :

— Non — pas de liens — tous séparés — tous ennemis — les fils de Sem — pour toujours — tous étrangers, les fils d'Adam — qui devraient être l'image de FAdam céleste. — Ah, oui! — malédiction de la haine et des vieux crimes de tous — des vôtres surtout qui prétendez être les disciples du Messie, Quand je suis entré ici, des mograbins m'ont appelé: Maudit juif 1 — S'ils n'avaient pas peur des soldats rouges des Anglais et deszaptiés

l'égypte musulmane 29

du Khédive, ils t'appelleraient: Chien de chrétien ! Mais regarde bien — votre châtiment à tous, le voilà !

Sa lèvre défiante eut un frémissement sardonique. Il releva ses lunettes sur son vaste front ridé. Ses petits yeux aux reflets de vitre cassée eurent un éclair, et son doigt décharné, presque transparent, me montra une nouvelle danseuse qui, au bruit de Tinfernale musique, commençait à faire glisser sa tête sur ses vertèbres comme un cobra amoureux. Et Tinquiétant vieillard, qui, à ce moment, n'était pas dénué d'une certaine majesté, continua d'une voix tremblotante :

— Oui, c'est le châtiment ! — Regarde-la bien, la ghawazzi. — Vois-tu remuer la tôte, la poitrine et le corps, chacun pour soi, comme les tronçons d'un serpent coupé en trois ? — Ne le vois-tu pas? — Regarde Neshamah^ l'esprit divin qui habite la tête et qui descend des sept tabernacles de l'Ancien des jours, — il ne vit plus dans ce regard fixe et vide qui brûle sans éclairer. — Il est mort, le fils du Roi, bien mort ! — Et puis regarde Rouak^ l'âme humaine, fille de la Reine du monde, qui habite le cœur, — elle tressaille, elle essaie de vivre, mais elle ne peut plus; — tous les deux s'agitent comme des cadavres galvanisés. — Mais maintenant regarde Nephesch^ l'Ame animale qui habite le corps inférieur, — elle est vivante celle-là, elle a dévoré les deux autres, elle se déchaîne dans les

30 BANCTDAlHEa D'ORIENT

flancs de la servante de Satan. — Et quand TAme humaine sera morte aussi, la servanle de Satan deviendra serpent à son tour. — Voilà ce qu'est devenue Héva la divine entre vos mains. Vous en avez fait Ulithl — Et c'est l'image de votre vie ; vous avez tué Tesprit avec la matière d'en bas. — Votre âme aveugle et sourde se débat entre lea deux comme une chauve-souris !

J'avais cessé d'écouter les rêveries biî^arres du vieux talmudiste, et je regardais la danseuse. Elle se démenait avec plus de violence que la première. La sauvage vie d'en bas remontait; les boucles s'éparpillaient sur son front; les yeux lançaient unci ilarame sombre ; le corps semblait vouloir se disloquer. Ce rabbin macabre m'avait-il halluciné? Ma vue se troubla : je crus voir un grand papillon jaune voltiger contre les tentures rouges, puis une tête échevelée disparaître dans le plafond comme tirée par une corde. A la place de la danseuse disparue, un serpent monstrueux se tordait sur les tréteaux comme un cobra aiguillonné par le bâton du psylle.

Combien de temps dura cette folle illusion, je Vignore, Tout à coup la musique cessa par une I affreuse dissonance. J'éprouvai une secousse légère, , et je recouvrai ma vue habituelle. La danseuse se rasseyait avec une parfaite indifférence. Mon premier sentiment fut un mouvement dimmeur contre le malicieux rabbin. Par quel étrange pouvoir

mw^^

l'éôtpte musulmane 31

m'avait-il abusé ? Je me retournai vivement pour lui en demander raison et lui arracher son étrange grimoire: quel fui mon étonnement quand je vis qu'il avait disparu aussi silencieusement qu'il était entré! A la place oti s'était accoudé Finvraisemblable vieillard, il ne restait que sa tasse de café. Je sortis aussitôt de la salle. Au bout de la sombre ruelle, une forme jaunâtre s'éloignait en vacillant. Des figures moresques étaient couchées devant les boutiques, d'oti sortaient des roulements de tambours de basque. Des femmes voilées agitaient de» lanternes aux fenêtres. Je courus après mon rabbin, sans prendre garde aux injures, aux railleries, aux appels bizarres qui me poursuivaient. Mais il me fut impossible de le ressaisir. Je rejoignis le boulevard. Au coind'une rue, à la lueur d'un réverbère, je crus encore apercevoir un pan de sa dalmatique, — et ce fut tout.

Rentré chez moi, dans la rue Wagh-el-Birkot, je trouvai mon balcon éclairé par un magnifique clair de lune fusant du zénith. Sur les terrasses des maisons voisines, les jardins aériens épanouissaient leurs touffes légères et leurs palmes, et de vagues parfums s'échappaient de ces grands encensoirs sous l'incantation lunaire. L'âme vierga des plantes montait dans l'air nocturne au-dessus de la ville impure. A cette hauteur, tout était paix, lumière, douce magie. Mais dans les profondeurs de la rue continuaient les voix tumultueuses, les

32 SATÎCTTJAlREfl d'oRIENT

piétinements d'ânes et les aboiements de chiens excités par les bourdonnements du tarabouk et les titillations de la flûte. J'écontai nn instant encore ces bruits, puis je me couchai et je m'endormis. Quand je rouvris les yeux, il était tard dans la nuit. La pleine lune, traversant les larges baies de la fenêtre, inondait la chambre d'une lumière d'argent. J'avais été réveillé par des chants nouveaux et surprenants. Plus de musiques musuU mânes : des mélodies plus larges résonnaient dans le silence de la nuit. C'étaient des accents passionnés, des complaintes d'amour entonnées par de superbes voix d'hommes. Avec ces belles mélopées, TEspérancc réveillée par la Douleur s'élevait dans Tair calme et planait comme sur de grandes ailes. On eût dit une seconde âme de la cité, une conscience plus pure surgissant, lucide, de son sommeil profond. Puis au loin, très loin, passa un chœur d'Arméniens d'une harmonie inconnue et comme sacrée, rappelant les modes antiques. Il se prolongeait en notes de cristal, en longs accords d'une joie apaisée, impersonnelle et mile, comme un chant de rois mages marchant tranquillement vers l'Étoile de la Vérité- Singulière éloquence des chants qu'on écoute la nuit! L*bomme, roulé tout le jour et dispersé dans le torrent fangeux de la vague sociale, se recueille et se reprend dans Tchscurité, Alors, quelquefois, son âme profonde s'échappe de ses lèvres

l'Egypte musulmane 33

dans une mélodie, tandis que son âpre logique et les cris de tout à l'heure ne parlaient que de soa êlre de surface. Bénie sois-tu, Polhymnie, Muse des chants multiples, qui nous rends à nousmêmes et nous prouve que nous sommes encore autre chose que nos instincts aveugles et nos vaines apparences !

Mieux que les scènes troublantes du jour, ces musiques et ces voix nocturnes me disaient Fesprit caché de la grande cité arabe, où fermentent pêle-mêle toutes les races de l'Afrique , mais qui, sous les souffles venus d'Orient et d'Occident,- est en travail d'une âme nouvelle.

LES TOUBEkVX DES KHALIFES. — LA CONQUÊTE ARABE

« Je suis las de la ville des vivants : allons voir la cité des morts ! » me dis-je par une de ces radieuses après-midi de janvier qui remplissent les blanches rues du Caire d'un fleuve de lumière jaune ruisselant de l'azur immaculé. J'appelle mon ânier Hassan, jeune fellah de vingt ans.

Jambes nues, il a pour tout vêtement sa chemise bleue et son turban blanc. Mais comme sa mine est intelligente et futée! Avec cela, agile, serviable, charmant. Son profil égyptien semble calqué sur les figures peintes du tombeau de Ti à Memphis ; mais combien plus vivante et plus gaie son expression ! Ses yeux brillent, ses dents rient. Je lui crie : Aux tombeaux des Khalifes ! Il répond : Taïèt ce qui veut dire à la fois: Oui, à vos ordres, tout va bien ! Une minute après, le bel âne blanc caparaçonné d'une housse et d'une selle rouge se

t'ÉGYPTE MUSULMANE 35

tréipousse devant la porte. Et nous voilà partis au grand trot à travers le quartier musulman. Le fellah court derrière et s'entretient en arabe avec son âne, en bribes de français et d'anglais avec son voyageur. Quiconque n'a pas usé de ce mode de locomotion au Caire ne connaît pas le charme inoubliable de cette ville. On enfile des rues étroites et hautes, àTombre des moucharabis derrière lesquels les femmes peuvent regarder sans être vues, masques légers du harem braqués sur le passant. Les rues de riches sont solitaires, bor* dées de longues murailles nues, où parfois une petite porte cintrée donne accès sur un frais jardin. Au bout d'une demi-heure, on atteint le quartier pauvre : c'est là qu'il faut voir grouiller la fourmilière humaine. La population entière, hommes et femmes, pullule devant de misérables échoppes. Arabes, Berbères et Mograbins mangent, se Javent et se rasent en pleine rue. Des pyramides de courges, de pastèques et d'oranges s'écroulent par terre ; des grappes d'enfants nus ou couverts de sordides chiffons se roulent en riant dans la boue noire qui s'élève en poussière d'or sur leurs têtes. Devant les boucheries, les maigres chiens errants, à poil jaune, à tête de chacal, lapent à la dérobée les flaques de sang. Au dessus, des bandes d'éperviers attentifs tournent haut dans le ciel. Quelquefois, l'un d'eux, prompt comme l'éclair, fond sur l'étal et emporte un lambeau

rouge de viande crue dans ses griffes. Le boucher, qui fume son narguilé, ne dit rien. C'est un don fait à un confrère : Allah donnera la récompense ! Nous atteignons enfin la porte Bab-el-Nasr, à côté de la mosquée délabrée du sultan Hakem.

Une poterne sombre comme un coupe-gorge à traverser, — elle servait jadis de gibet, — et nous voici hors de la cité vivante. Alors, c'est un changement de décor si brusque, si inattendu, qu'aucune machinerie de théâtre ne pourrait Tégaler, Quelques masures en ruine, un sol nu et mouvementé, puis des croupes de sable fauve. C'est le désert, le vrai, le grand désert arabique, dont rocéan de poussière vient battre toute l'enceinte orientale de la ville. On y entre sans s'en douter, et déjà il semble qu'il vous engloutit. Car devant vous se déroule à perte de vue Timmense nécropole musulmane qui peuple cette solitude. Plus nombreux que les vivants sont les morts. Des deux côtés du sentier, de près, de loin, comme les feuilles innombrables d'un livre sans fin, elles sont semées au hasard, les tombes blanches.

Toutes pareilles, sans ornement, sans sculpture et sans nom, rongées par le simoun, elles émergent du sable jaune. Mais, comme une végétation de rêve éclose d'un mirage, voici surgir de cette désolation une autre ville, une cité féerique ! et, sous la lumière splendide, se profile une forêt de mosquées. Ce sont les tombeaux des khalifes. De

l'égypte musulmane 37

colline en colline, ils bombent leurs élégantes coupoles et dressent leurs fins minarets couleur d'or dans un ciel de saphir. A leur vue, le désert s'anime, le cimetière se transfigure. Car c'est une évocation instantanée, comme sous le coup d'une baguette magique, de la conquête arabe, de la poésie sarrasine et de toute la vie musulmane, oii le chef, cheik, sultan ou khalife, règne seul sur la poussière humaine, en face d'Allah impénétrable et tout-puissant.

Nous allons toujours sur le sable ondulé, et les lombes inconnues succèdent aux tombes. Elles se composent invariablement de deux tables de pierre calcaire superposées comme deux marches d'une pyramide tronquée. Les plus importantes portent à chaque bout une stèle en forme de cippe. La plupart n'ont qu'une pierre mal dégrossie, sans inscription. Cette absence d'ornements, cette mono*» tonie et cette nudité anonyme des sépultures musulmanes ont quelque chose de frappant. Dans nos cimetières chrétiens, la forme des monuments funéraires est un rappel à l'individualité des disparus. Ces inscriptions remémorent des noms et des vies. Les lierres, les saules éplorés, les fleurs symbolisent la douleur et le souvenir des vivants. Toute cette végétation luxuriante, qui pleure autour des sépulcres dont elle se nourrit, assiège l'imagination d'un cortège d'idées attendrissantes et sinistres. Ici, c'est l'égalité absolue

Page 1