SI SANCTUAIRES D*ORI£NT
de Méhémet-Ali. Et ce bijoutier qui a vendu si cher à une femme turque un prétendu diamant de Golconde ou un rubis de Giamschid lui a persuadé qu'il avait une vertu magique ; mais en la suggestionnant il lui a donné la foi ; et le diamant attirera et le rubis brûlera. — Affaires, politique, passions humaines, toute la vie matérielle non transfigurée par la conscience de Tâme et de son but divin fut-elle jamais autre chose qu'un rêve, une illusion et une duperie? Dans les bazars du Caire, on a la sensation exacerbée de ce miroitement trompeur de la grande Maïa des sens. C'est pour cela qu'on en sort avec une sorte de vertige et de mélancolie, quand on a le malheur de n'être ni économiste ni maniaque de bibelots.
Mais, du haut d'un minaret, la voix aiguë du muezzin appelant à la prière du soir tombe dans cette fourmilière humaine ; le soleil couchant dore les moucharabis des maisons moresques, dont le silence rêveur est suspendu comme une sieste perpétuelle sur le bruit de la rue; les bazars se ferment brusquement, la nuit tombe, et bientôt la ville de commerce se change en ville de plaisir. Dans les ruelles, les petits cafés arabes allument leurs falots et leurs lanternes vénitiennes jaunes et rouges; des voix nasillardes modulent leur galté en mineur dans un égrènement bizarre de demi-tons; des gammes de flûtes voltigent dans Tair^ accompagnées des grondements du tarabouk
Les allées d'acacias du boulevard Méhémet-Ali et de FEzbékièh retentissent d'un trottinement incessant d'ânes montés par des Européens ou des Orientaux revenant de leurs affaires ou se rendant a quelque fête. Les bêtes galopent, piquées par les âniers qui les suivent au cri répété de: Hâ! hâl comme si on courait au sabbat.
Attiré par des musiques étranges, je suis entré au hasard dans un café qui s'ouvre au bout d'une rue obscure, aux confins du quartier musulman. Au fond de la salle, une estrade s'élève, grossièrement décorée de tapis et de drapeaux. Quatre ou cinq danseuses sont assises sur le divan. L'orchestre se compose d'un tarabouk, vase en terre recouvert d'une peau formant tambour, d'une guitare, d'une mandoline et d'un chanteur. Le martellement monotone du tarabouk constitue la basse fondamentale de cet orchestre sauvage. Quand le ma^dolineur a pincé pendant quelque temps un air arabe sur ses cordes, la voix glapissante du chanteur l'entonne à son tour, et le même air se répète frénétiquement jusqu'à ce que commence une nouvelle mélodie. On a appelé la musique turque « les accès d'une gaîté déchirante ». Les chants arabes sont parfois une indolente rêverie qui se berce dans les enroulements de demi-tons successifs ; ces mélodies mineures flottent éternellement incertaines entre la joie et la tristesse. Mais quand il s'ajK:it comme ici d'airs de danse, on