‹ Sanctuaires d'Orient Egypte, Grèce, Palestine: Égypte, Greec, PalestineChapitre 28 sur 46 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LES MÊMES, MÉTANIRE, KALLIRHOË, PHAÏNO. RHODOPE

MÉTANIRE Au secours ! Le palais brûle ! Méchante vieille, mac^icienne maudite, pourquoi t'ai-je laissée à mon foyer ? Que la triple Hécate t'accable toi et ton feu. Ce sont nos ennemis, c'est Dolikos qui t'a envoyé pour frapper mon fils de cécité et attirer sur ma maison les malédrotions du peuple. Hors d'ici, sorcière !

(Au dernier mot de Métanire, les flammes s'ëvanouîssent subitement, la salle s'obscurcit et le foyer s'éteint. Mais Démette rejetant son voile et son manteau de vieille, se redresse et apparaît rayonnante avec son visage de Déesse. Le bjiton qu'elle tient h la main se change en torche ardente.)

MÉTANIRE Qui d'entre les Immortels se joue de nous ? Mes forces sont rompues.

(Elle tombe à terre comme foudroyée, la tète appuyée au siège, le visage caché dans ses mains.)

LES TROIS FILLES (tombant à genoux) Zeus, aie pitié de nous!

TRIPTOLÉME (toujours debout et perdu dans son ravissement) Qui es-tu, ô Déesse ?

DÈMÈTÈR Je suis Dèmètèr. (Se tournant vers Métanire, d'une voix

calme et majestueuse.) Ton accueil n'a pas été bienveillant pour l'étrangère et l'exilée. Tu as oublié, ô femme, que des dieux inconnus se cachent quelquefois sous les haillons de la détresse et les larmes de la douleur. Pourtant, parce que tes filles m'ont accueillie avec douceur et que tu es la mère de cet enfant, je te pardonne. Mais, parce que tu m'as méconnue et outragée, moi la grande Déesse, il y aura guerre étemelle entre les enfants d'Eleusis et les profanes qui te ressemblent. — Mais toi, fils de Kéléos, je t'aime désormais autant que ma fille Perséphone, que tu dois arracher aux enfers. Va dans Tagora du peuple, dis-leur que c'est mon ordre de bâtir un temple à Eleusis, sur la colline de Kallikoros. Tu seras mon prêtre, et ta gloire et celle de tes descendants dépassera celle des rois. Là, je t'initierai à mes mystères et t'instruirai pour mon œuvre, et des sources célestes couleront pour les hommes au sanctuaire d'Eleusis. Que le temple soit dédié à Dèmètèr et à sa fille Perséphone.

(Elle disparaît)

MËTANIRE (se lève furieuse)

Tu m'as fait perdre le manteau royal et la gloire de ma vieillesse. Sois maudit ! Je ne suis plus ta mère.

(Elle sort)

LES TROIS SOEURS (agenouillées, se relèvent et s'approchent curieusement de leur frère. Elles posent leurs mains sur ses épaules et murmurent d'une voix palpitante.)

Qui donc est Perséphone ?

TRIPTOLÈME (est resté pensif, les bras fermés sur sa poitrine, depuis la disparition de Dèmètèr. A la question de ses sœurs, 11 lève gravement la main droite et répond.)

Celle qu'il faut délivrer pour qu'elle nous délivre !

(Le temple d*Hécate est plongé dans les ténèbres. Les mystes sortent en silence.^

Cette représentation occupait une après-midi, La première nuit sainte y succédait. C'était, pour les néophytes, l'épreuve redoutable. Comme Triptolème, ils allaient desceijLdre en enfer. Or l'enfer, à Eleusis, avait une double signification. En l'aventure de Perséphone se continuait objectivement le drame de l'Ame, liée à la matière, dans le cercle de la vie terrestre. Ensuite, par les épreuves personnelles qui attendaient les mystcs, ils allaient traverser subjectivement les affres de la mort, l'effroi, les courses errantes et les luttes qui attendent les âmes enténébrées et imparfaites à leur sortie du corps physique. Réussiraient-elles à échapper aux courants formidables, au poids oppressant de l'atmosphère et à gagner les portos du céleste séjour, en se dépouillant de ce corps fluidique encore tout imprégné des souillures d on bas pour revêtir un corps plus éthéré? Allaientelles s'engloutir et se disperser dans les tourbillons des éléments, ou s'élire et se cristalliser dans la vie supérieure, éternelle? Tel se posait l'inquiétant problème. Car, selon renseignement d'Eleusis, l'âme De vit que par son propre effort. Elle est libre d'être ou de n'être pas, de périr ou de ressusciter,

274 SANCTUAIRES D^OIUEÎfT

Le soir, à rentrée du temple de Pluton, l'hiérocéryx disait aux mystes : « Cette nuit, vous verrez les souffrances de Perséphone. Puis vous traverserez le gouffre d'Hécate et la bouche de l'Épouvante. Rassemblez vos forces et votrecourage pour ne pas rester en route, et vous irez jusqu'au seuil de la Lumière, où l'Ame reçoit « la couronne des ailes ». — Et le troisième acte du drame commençait.

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