‹ Sanctuaires d'Orient Egypte, Grèce, Palestine: Égypte, Greec, PalestineChapitre 29 sur 46 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

PLUTON, le sceptre en main, est assis à côté de PERSÉPHONE endormie sur son trône, la tète appuyée au tronc de l'Arbre dei Songes. LES MYSTES déposent silencieusement des offrandes de fleurs aux pieds de la reine des morts qui ne sort pas de son profond sommeil.

CHœUR DES DÉMONS (invisibles, dans le fond du Tartare)

Gloire à Pluton, vainqueur de Perséphone ! Pour tes

noces TEnfer se réjouit et le Tartare s'illumine de

mille feux. Jusqu'à présent les enfants de la terre nous échappaient. Ils étaient innocents et trop légers pour notre gouffre. Mais maintenant que nous possédons la Déesse d'en haut, les âmes vont venir en foule, attirées par sa faute et sa beauté, — et ce royaume va se peupler d'ombres vaines, Stryges, monstres, harpies, réjouissez-vous dans TArbre des Mensonges. Gloire à Pluton ! L'Enfer tressaille de plaisir et le Tartare tient sa proie I

PLUTON (tient une coupe noire et regarde Perséphone etiflormie) Comme elle est belle dans son sommeil ! Fille du Ciel, tu m'appartiens, toi la fleur suave des dieux. Aucun des Immortels ne te reverra jamais. Mais pour que tu sois à moi entièrement, il faut que tu boives ce breuvage d'oubli et de désir aveugle. C'est pourquoi j'exprime dans la coupe ce fruit au sang rouge, ce fruit des ténèbres, (il exprime le suc d'une grenade dan^ la coupe.) Alors s'effaceront en toi le souvenir et le désir du ciel que tu gardes encore et par lequel tu pourrais m'échapper. Alors personne ne pourra plus te retirer du Hadès, dût même Zeus enfanter un nouveau Dionysos ! . , , Mais si tu l'appelais; si ton époux divin renaissait de ton libre désir, au sein profond de la céleste Dèmètèr.,, lui seul... pourrait t'arracher à moi!...

PERSÉPHONE (s'ôveillant) Où suis^je?... Oh! ce lourd sommeil aux bras d'un maître terrible... Qui suis-je?... Reine sinistre d'un funèbre royaume... la nuit sans fin qui m'enveloppe,., un peupla d'ombres... et sur ma tête des monstres effrayants... songes et mensonges!

CHŒUR DES MYSTES Nous sommes des âmes malheureuses, errantes gur ces bords. Sauve-nous, douce Reine, et conUuis-nuus aux champs élyséens.

i , 276 8ANCTDAIRES d'oRIENT

PERSÉPHONE [ Hélas, mes frères et mes sœurs, comment vous déli-

r vrer, captive moi-même ? J'entends vos gémissements

F fraternels et je reçois vos larmes comme un souvenir

kd'en haut. Pleurez sur moi comme je pleure sur vous; c'est le seul don que nous puissions nous faire.

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