P' 'TON
Relève ton front, épouse de Pluton et Reine des t^ morts ! Quel plus bel empire que le mien ? Qui reçoit
^ des hommages comme moi? Sur la terre, on me craint,
^ on implore ma grâce. Le sang des victimes inonde mes
autels. On te rendra les mêmes hommages qu'à moi. (Perséphone couvre son visage de ses mains.) Ici les morts se pressent à tes pieds avec plus de frénésie que les hommes aux temples des Olympiens. Regarde comme ils t'implorent ! Tu es reine plus que Dèmètèr au ciel. Tu leur assigneras des demeures éternelles. — Mais maintenant bois ce breuvage qui te fera comprendre les joies du Hadès et de mon lit nuptial...
(Il tend la coupe à Perséphone, qui hésite à la prendre et la saisit enfin avec un mélange de curiosité et d'inquiétude. Au même instant, les stryges, les sphinges, les harpies se mettent à reluire de reflets magiques dans T Arbre des Songes. Elles écarquillent leurs yeux et sortent leurs griffes.)
PERSÉPHONE
Oh! coupe étrange et qui fait trembler ma main. Dans sa rouge liqueur rutile un désir effrayant. Les pépins de la grenade y luisent comme la science du mal et l graine féconde de tourments infinis... Non, je ne boirai pas!... Mais la coupe se colle à ma main. Une fois qu'on a regardé dans ce cratère noir, il faut qu'on regarde encore. (Elle regarde une seconde fois dans la coupe. C'est étrange, maintenant je m'y vois moi-même, et mes yeux brillent d'un feu sombre. C'est le même qui
LA GHÈCE HÉROÏQUE ET SACRÉE tïf
brille aux yeux de mon terrible époux. Il brûle dans mes veines!... Ah! quelle flèche a transpercé mon cœur!... Oh! Taffreux tourment! C'est le ressou venir du bonheur d'autrefois, le ressouvenir de là-haut! Quand je jouais sur les genoux de ma mère ct^lesie, j'étais la vierge divine et pourtant j'avais un époux.,. Mais je ne sais plus son nom... son image s'efTace... était-ce un rêve ? Hélas ! hélas ! Je ne puis plus remonter. Faut-il donc oublier ?
CHOSUR DES MYSTES N'oublie pas, Perséphone. Ne bois pas le san^ roug-e de la coupe noire et fais-nous sortir du gouffre d'Hécate pour entrer aux champs élyséens !
CHOEUR DES DÉMONS Oublie, oublie ! Bois et fais-nous boire à ta coupe. C'est la coupe de vie! Car la soif nous dévore, la soif inextinguible de l'Enfer!
PERSÉPHONE Moi aussi j'ai soif maintenant... Horrible tourment,,. Oh ! ce souvenir, pâle comme l'espérance qui va mourir... Si je pouvais le rallumer... ou réteindre ! (Elle regarde pour la troisième fois dans la coupe.)
PLUTON Le charme agit... Elle boira la coupe.
PERSÉPHONE (se tournant vers Pluton)
Quel mirage ! Quelle ivresse inconnue 1 Ta couleur change, ô Roi, tes yeux s'agrandissent, ton diadème d'or étincelle. Il y a des étoiles bleues dans tes cheveux sombres. Le noir Pluton devient le bel Aïdonée ! Je n'ai donc pas perdu mon époux. Haletante, éperdue, je le retrouve plus terrible et plus beau !.•. Est-ce vrai ?
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278 SANCTUAIRES d'oBIENT