SCÈNE II
TRIPTOLÈME, PERSÉPHONE, peu après DIONYSOS, à la fin ZEUS et DÈMÈTÈR
(Les nuages qui remplissent la caverne s'agitent et sont deyenus lumineux. Le char d'Hécate sort lentement du sol. Triptoléme tient les rênes. des dragons de feu. A ses côtés, est assise Fer» ^éphone, en péplos d'une blancheur diaphane aux reflets d'or, BLe vêtement semble éclairé du dedans par le corps lumineux. Elle porte une coivonne de narcisses, brillants comme des étoiles. Une gaze couleur d'hyacinthe tombe de ses cbeTeui sur sa robe comme on voile de fiancée.)
PERSÉPHONE
Triptoléme V enlant d'Eleusis, fier laboureur, intrépide dompteur de chevaux, maîtrisant ces dragons enflammés qui brisent les rochers et fendent TÉdier,
1 4L L'hiérophante, qui n'est pas mutilé comme Attis, mais qui s'est réduit à l'impuissance en buvant de la ciguë et qui a renoncé à toute union chamelle, la nuit, à Eleusis, accomplissant au milieu des feux les grands et ineffables mystères, s'écrie d'une voix forte : € La divine Brimo a enfanté Brimos, l'enfant sacré, <( c'est-à-dire la Forte a enfanté le Fort.» Ainsi s'exprime l'auteur inconnu des ^>»Wf6)5/jt€va (t. V, 1, p. 171). M. Foucart, en le citant, reconnaît dtiai8:«e paîssage la formule qui accompagnait à Eleusis la représentation é^ l'union sacrée de Zeus et de Dèmètèr.
lu m*as conduite d'une main sûre à travers les espaces sans bornes jusqu'ici. Le jour où un rayon céleste a pénétré dans le Tartare, j'ai pu m'arracher aux bras du vigilant Pluton terrassé par un noir sommeil. Je suis montée sur ton char, les portes infernales se sont ouvertes d'elles-mêmes devant toi, et nous avons parcouru l'Empyrée. Mais, pendant ce voyage merveilleux, je ne sais combien de siècles se sont écoulés, car la lumière d'Hélios ne nous éclairait plus et les astres seuls nous luisaient. Mais quel est ce lieu divin ? Quels sont ces parfums et ces chants célestes, qui font épanouir mon âme comme le crocus au cœur d'or ?,* Je reconnais l'Olympe natal. Des rayons éblouissants sortent de la caverne. Les nuages tourbillonnent, comme les feuilles d'une rose ardente au caliee éblouissant. Je frissonne et ne puis en détacher mes yeux.
Regarde, ô Déesse, tu vas voir celui que tu cherchais par les mondes.
(Dionysos sort du centre incandescent des nuages, ÂussitAt ils se dissipent et le dieu apparaît lumineux sur le fond de la caverne redevenue sombre. H est couronné de lierre et porte la nébride en peau de faon.)
PERSÉPHONE
O Frère divin, qui m'apparais si triste et si beau dans ta splendeur, je te salue d'un cœur tremblant et n'ose t'approcher.
DIONYSOS
Ma sœur Perséphone, enfin émergée de TAbîme, pendant ces siècles lourds tu as été devant moi, songe vivant, comme tu l'es à cette heure, brillonte de jeunesse éternelle sous ton voile de fiancée et ta couronne de narcisses...
PERSÉPHONE
Hélas, j'ai cueilli le narcisse du désir; le noir Pluton in*a prise... j*ai plongé dans Fabîme... et j'ai oublié !... je n'en étais que plus malheureuse, et j'ai pleuré des larmes noires dans mes ténèbres...
DIONYSOS Et mol qui te cherchais, je t'ai suivie, et les Titans m'ont déchiré. Mais je ne t'ai pas oubliée... Ils ont dispersé ma chair, jeté mon corps aux tigres et ma tête à r abîme ; mais ma chair, mon cœur et ma tête disaient toujours : Perséphone ! Perséphone !
PERSÉPHONE Et moi, je n'entendais pas, souillée de songes affreux, liée aux bras de Pluton, reine des morts, morte moi-même !
DIONYSOS (l'approchant) Oh ! cette soif de vivre et de renaître pour te trouver... parmi les créatures. J'étais ce Bacchus de la terre, qui croit jouir, mais qui vit pour souffrir et faire souffrir les autres. Je regardais mourir les Baccliantes blessées par mon regard en rêvant de toi !... Je vivais... et je me brisais en mille ; je renaissais... pour me disperser en millions...
PERSÉPHONE Oh î cette soif d'aimer et de mourir en me donnant. Je me tordais auix bras de Pluton, en appelant à moi des libérateurs et n'étreignais que des fantômes et des ombres. Et ne pouvant pas mourir... je criai !...
(Elle se lève.)
DIONYSOS De ce cri, je suis ressuscité... et je vins.
(IL la prend par la main et la fait descendre du char.)
LA GRÈCE HÉROÏQUE ET SÂCEÉE t%%
PERSÉPHONE Tu vins sous la figure de ces héros frappes du baiser de la foudre, qui sont de ta race et de ton sBug : Her^ cule, Jason et Prométhée!...
DIONYSOS
Je coulais dans leur sang, je luttais dans leur corps,
je parlais par leur voix, afin que tu me reconnusses,.,
et tu criais de joie et de douleur-., mais tu ne pouvais
briser les portes de ton enfer ! Alors je vins moi-même I
PERSÉPHONE Tu m'envoyas un rayon de ta lumière. Alors je mon^ tai de F Abîme... et me voici !
(EUe jette ses bras autour du cou ùe Bïonyiios et le regarde.) Le Frère est devenu TÉpoux par mon désir.
DIONYSOS La Sœur est devenue l'Épouse par ma douleur»
PERSÉPHONE Ton lierre a fleuri dans tes cheveux sombres. Quels sont ces fruits rouges?
DIONYSOS Ce sont les gouttes de mon sang verse pour loi... Tes narcisses ont pleuré ; quelle est cette rosée dans leurs yeux ?
PERSÉPHONE Ce sont les larmes de Perséphone...
DIONYSOS Que tu es belle, fille de la Lumière céleste !
PERSÉPHONFv Que tu es beau, fils du Désir immortel I
DIONYSOS
A toi depuis toujours !
PERSÉPHONE
A toi pour jamais î
(Zeus et Dèmètèr apparaissent au seuil de la caverne. Perséphone te jette dans les bras de sa mère. Dionysos se place à côté de Zeus.)