‹ Sanctuaires d'Orient Egypte, Grèce, Palestine: Égypte, Greec, PalestineChapitre 37 sur 46 · ZEUS · texte numérisé non relu

ZEUS

Triptolème ! Par ta pureté et ton courage, tu as vu ce qu'aucun mortel n'a contemplé. Retourne à Eleusis, naais ne révèle point ces mystères aux profanes. Tu t^appelleras parmi les hommes : le fils de Dèmètèr, parmi les héros et les dieux : libérateur de Perséphone I

(Le char de Triptolème redescend; les dieux disparaissent.)

CHOEUR DES HÉROS INVISIBLES Vous qui avez contemplé le saint mystère d*où sont sortis les dieux et les hommes, emportez-en le souvenir sur la terre. Qu'il vous console pendant la vie, qu'il vous guide après la mort. Mais enfermez-le au fond de vos cœurs comme un diamant dans un rocher... On peut recevoir la Vérité dans son sanctuaire et en porter les rayons dans le monde, mais quiconque trahit son foyer sublime la perd à jamais !

La grande salle d'initiation de forme carrée, construite par Ictinos *, se trouvait non loin du

i Cette salle est la seule du temple d'Eleusis dont la structure soit restée parfaitement visible . Elle a échappé à la destruction parce qu'elle était presque entièrement taillée dans le roc. Quand on parcourt ces ruines, c'est celle qui frappe le plus par l'étrangeté de sa disposition. Entre cette forêt de quarante-deux colonnes, devant ces spectateurs étages sur les quatre côtés de la

LA GRècE Héroïque et sacrée 29^

temple de Dèmètèr. C'est là qu'avait lieu, après la clôture du drame sacré et symbolique, Finitiation dernière, désignée sous le nom d'époptie ou de vision directe. Les spectateurs y prenaient place sur les gradins taillés dans le roc, aux quatre côtés de la salle. De partout on voyait une forêt de co* lonnes qui interceptait la vue ; mais le regard glissait dans les interstices. Entre ces colonnes, des torchères brûlaient sur des trépieds de bronze. Devant les trépieds, des prêtres fonctionnaient. Ils chantaient en chœur des mélodies sacrées. Dans les intervalles du chant, Thiérophante, placé au centre de la salle, lisait de très vieilles invocations sur une tablette de pierre. C'est alors qu'avaient lieu ces apparitions magiques dont les plus graves auteurs anciens parlent avec ravissement, mais dont il est impossible aujourd'hui de préciser la nature ou de rendre l'impression. L'auteur de l'Épinomis en parle comme de « ce qu'il y a de plus beau à voir au monde ». Himérius les appelle « des visions divines » (6£ta fàafxaTa). Platon les compare aux spectacles dont jouiront les âmes bienheureuses après la mort. Selon Proclus et Porphyre, la salle s'emplissait de nuages empilés que traversaient des fulgurations de lumière, puis des formes translucides d'une beauté radieuse s'y

salle, aucune représentation dramatique, aucune cérémonie religieuse ordinaire n'était possible. C'était bien un lieu d'opérations magiques*

montraient. Au dire des philosophes d'Alexandrie^ Dèmètèr elle-même^ l'Ame du monde, la Lumière intérieure qui parle en images, se manifestait ainsi aux initiés devenus des voyants, leur révélant ses types, ses âmes, ses génies. Au son des lyres et des eumolpées, une fenêtre s'ouvrait pour quelques instants sur l'immensité de cette Lumière vivante qui bouillonne de l'Amour divin *.

Cependant les scintillations avaient cessé ; les formes fluidiques s'étaient fondues en nuages d'encens et ceux-ci s'étaient évanouis à leur tour. La salle n'était plus éclairée que par les torchères qui ensanglantaient les colonnes grises. Au milieu, on apercevait l'hiérophante debout, à côté d'un édicule à quatre colonnettes d'ivoire, pareil à un petit temple où des épis mûrs se dressaient comme dans un champ. Alors la prêtresse qui avait représenté Perséphone s'avançait en sa robe de fiancée. Silencieusement elle coupait les épis

i Parlant au nom de la science et de la tradition occulte, je dirai que les phénomènes produits par les Eumolpides n'étaient pas Textase des purs voyants, des saints et des prophètes. Chez ceux-cif il se produit par un grand détachement de la vie corporelle une sorte de vue directe et sans intermédiaire dans le monde spirituel. Les phénomènes d'Eleusis étaient d'ordre magique. Ce devaient être des matérialisations d'entités spirituelles par les fluides accumulés des opérateurs et des assistants. Ce phénomène, inverse de l'extase, est connu par les occultistes comme une réfraction du spirituel dans Vastral^ c'est-à-dire dans l'atmosphère magnétique de la terre et de ses habitants. L'histoire de Raty King, racontée par le savant contemporain William Grookes, dans son livre sur la Force psychique^ peut nous donner une idée lointaine des phénomènes d'Eleusis.

avec une faucille d'or et les rassemblait en gerbe.

— La Moissonneuse a moissonné, disait rhiérophante. Perséphone, va porter ta gerbe d*âraes à Dèmètèr.

Pour ceux qui avaient suivi attentivement et compris les Mystères, l'initiation se résumait lumineusement dans la simplicité de cet acte final. L'épi, coupé par la reine des morts et des élus, disait que la création est une offrande de Dieu à l'homme et la vie une offrande de l'homme à Dieu. La naissance, la mort et la résurrection, voilà le secret de l'âme : effort douloureux, floraison sublime, immortalité au prix d'un divin sacrifice.

Et Perséphone pressait la belle gerbe d'or sur la blancheur de son sein gonflé d'amour. Puis, après avoir fait le tour de la salle, elle s'en allait en silence, comme elle était venue, au son mourant des lyres.

— Vivez dans l'Ame universelle ! '' C'était le dernier mot de l'Eumolpide. Et lentement, aux feux vacillants des torches, la foule s'écoulait dans les ténèbres, avec un murmure pareil au frisson d'un champ de blé qui ondule sous le vent, dans la nuit.

Page 1