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LES SANCTUAIRES DU GRAND PALAIS

Le Grand Palais, qui fut la demeure habituelle des empereurs de Constantinople LR le quatrième siècle jusqu'au moment où, au milieu du douzième siècle, les Comnènes commencèrent à le délais ser, formait un vaste ARRET de constructions, dont la partie la plus ancienne remontait à Constantin le Grand. Ce palais primitif fut agrandi par ses successeurs et finit par former une véritable ville, qui commença à disparaître au quatorzième siècle et dont il ne restait que des ruines quand les Tures s’installèrent à Constantinople. Ce palais avait été conçu suivant l’idée que les basileis se faisaient de leur royauté. Représentants de Dieu sur la terre, ils devaient habiter un palais resplendissant et ils ne négligèrent rien pour se séparer de l’humanité par un luxe éblouissant, par des formes imposantes et solennelles. Leur demeure était « sacrée », parce qu’elle abritait leur auguste personne; elle était aussi un . sanctuaire. Les églises et les oratoires s’y rencontraient en grand nombre, où les empereurs accumulèrent peu à peu des trésors de sainteté, dont on appréciait la valeur même au delà des frontières de l'Empire.

Vers 1090, Joseph, moine de Cantorbéry, apprend à Jérusalem, où il était allé en pèlerinage, qu’il existait à Constantinople « un trésor de reliques incomparable ». Il part aussitôt pour la ville impériale et parvient à pénétrer dans la chapelle de l’empereur (capella imperatoris), où il adore une quantité de reliques!. Cette chapelle, pleine de « sacro-saintes reliques », était aussi connue d’Odon de

1. Cf. Ch. H. Haskins, À Canterbury monk at Constantinople (The English Historical Review, t. XX V, 1910, p. 295) ; J. Ebersolt, Constantinople byzantine et les Voyageurs du Levant, Paris, 1919, p. 32.

Deuil au milieu du douzième siècle!. Les empereurs ne semblent. pas avoir gardé trop jalousement ce trésor, qu’ils considéraient comme la plus belle parure de leur demeure. Lorsque, en 1171, le roi Amaury de Jérusalem vint rendre visite à Manuel Comnène, celui-ci, dit. Guillaume de Tyr, leur fit les honneurs du palais et des oratoires regorgeant de pierres précieuses, d'étoffes somptueuses, de reliques et de corps saints ; toutes les châsses furent ouvertes et montrées au rois:

Dans la partie la plus ancienne de la demeure impériale, au palais de Daphné, se trouvait, près de l’oratoire de la Trinité, un passage resserré, où étaient déposées des reliques de saints dont on ignore le nom. L'un des sanctuaires les plus vénérés de ce palais était l’église de Saint-Étienne de Daphné, qui fut construite, en 428, par la pieuse Pulchérie, la sœur de Théodose Il, pour y déposer la main droite du premier martyr“. La chronique raconte que cette année-là l’empereur Théodose avait envoyé à l’archevéque de Jérusalem des présents. pour les distribuer aux pauvres, ainsi qu’une croix en or, décorée de pierres précieuses. En échange l’archevêque envoya par saint Passarion « les reliques de la main droite du protomartyr Étienne ». Lorsque Passarion fut arrivé à Chalcédoine, Pulchérie eut un songe. Saint Etienne lui apparut pendant la nuit et lui dit : « Voici, ta prière est exaucée, ta demande a été entendue. Je suis arrivé à Chalcédoine ». Pulchérie, s’étant levée, pria son frère de l'accompagner et alla à la rencontre de la relique. Elle construisit alors au palais le sanctuaire qu’elle dédia au martyr et y déposa son précieux reste ?.

Un peu plus tard, sous l’empereur Zénon (474-491) arriva au palais une autre relique. On venait de découvrir à Chypre le corps. de Barnabas, le compagnon de l'apôtre Paul. Sur la poitrine du saint on avait trouvé l'Évangile de saint Matthieu, copié de la main même de Barnabas. Zénon demanda cet exemplaire précieux de l’évangile et le fit déposer dans l’église de Saint-Etienne de Daphné.

1. Cf. P. Fr. Chiflet, S. Bernardi Clarevallrnsis abbatis Genus illustre assertum, Divione., 1660, p. 36.

2. Cf. Willermi Tyrensis archiepiscopi Historiæ, XX, 23 (Recueil des Historiens des Croisades, t. I, 2, p. 985).

3. Cf. Cer., I, 1, p. 8; [, 23, p. 129 ; J. Ebersolt, le Grand Palais de Constantinople et le Livre des Cérémonies, Paris, 1910, p. 56.

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