Cf. Itin. russes, p
5. D'après un pèlerin russe il y aurait eu deux icones, celle qui parla à l'empereur Maurice et celle que fit détruire Léon III. L’Anonyme (1424-1453) signale au bord de la mer une église du Saint-Sauveur où se trouvait l'image qui parla à l'empereur Maurice (cf. Ilin. russes, p. 231). Cette église est mentionnée aussi avec l’image miraculeuse par Ignace de Smolensk et par Étienne de Novgorod (cf. Ibid., p. 119, 138). L’Anonyme mentionne, d'autre part, une seconde image dans une autre église du Sauveur, qui est piacée par lui près de Sainte-Sophie (cf. Ibid., P- 228). Il raconte comment cette image fut détruite sur l’ordre d'un « empereur infidèle »
le patriarche Germain l’avait recueillie et l’avait confiée à la mer. Elle était arrivée miraculeusement à Rome où elle avait été reçue par le pape Grégoire IL !. Le récit de cette Kégende, qui cireulait déjà au milieu du neuvième siècle à propos de l'icone détruite sous le règne de Léon II l’Isaurien (717-741), se conserva longtemps dans le souvenir du peuple. En 1200, Antoine de Novgorod le raconte encore à propos d’une icone qu’il à vue dans l’autel de Sainte-Sophie. C'était, dit-il, une « image du Sauveur que saint Germain envoya par mer, sans bateau, en ambassade à Rome et qui arriva intacte? ».
Au dixième siècle, Romain I[* Lécapène construisit à la Chalcé un oratoire consacré au Christ. Jean I Tzimiscès l’agrandit et le décora magnifiquement ?. Il y déposa les reliques qu’il venait de conquérir sur les Musulmans dans sa campagne de 975. D’après l’historien Léon Diacre, Jean Tzimiscès aurait pris Membed]j, place forte sarrasine de l’Euphratèse, et se serait emparé en ce lieu des sandales du Christ et de la chevelure de Jean-Baptiste. Il emporta ces reliques « comme un don céleste » et déposa les sandales dans le temple fa. meux de la Mère-de-Dieu au palais #, la chevelure du Précurseur dans l’église du Sauveur à la Chalcé, qu'il avait agrandie. La même année l’empereur s’emparait de la ville de Béryte, y prenait l’icone représentant la Crucilixion et la déposait aussi dans cette dernière église®. L'historien byzantin a fait erreur au sujet de la ville où ces reliques ont été trouvées. Dans la lettre que Jean Tzimiscès écrivit au roi
par un homme monté sur une échelle et que sainte Théodosie fit tomber. La sainte est martyrisée. L'empereur tourmenté va trouver le patriarche et se confesse; il renie sa foi et reçoit le baptême. Il y a là un souvenir de la destruction de l'icone de la Chalcé par Léon l’Isaurien. D’après une autre tradition, il existait à l’église de la Vierge des Chalcopratia une image parlante du Christ, qui aurait été détruite sur l'ordre de l’empereur Léon IIL (v. plus loin).
1. C£. Georgii :famartoli, Chronic., IV, 248 (Migne, P. G., t. 110, p. 921); voir le texte de cette légende dans Dobschütz, Christusbilder, t. II, Leipzig, 1899, p. 213 s.; cf. F. de Mély (Extr. des Mémoires de la Sociélé nationale des antiquaires de France, t. LXIII, 1904, p.24 s.).
2. Cf. lin: russes, p. 88. Dans ce texte saint Hermon est une déformation slave du grec Germanos. Le pèlerin anonyme (1424-1453) a vu aussi dans un couvent de femmes, consacré à la Vierge, l'image du Christ, qui au temps du patriarche Germain « alla par mer en ambassade à Rome avec une leltre et revint le même jour avec une autre lettre » (cf. Ztin. russes, p. 230). La légende est un peu transformée à cette époque. On fait revenir l’image à Constantinople. Le nom du pape n'est plus Grégoire, mais Léon. Léon III occupa le siège pontifical de 795 à 816, Léon IV de 847 à 855. Seul Grégoire IT (715-731) est contemporain du patriarche Germain I (715-730). L'identification de celte icone avec l'image « non faite de main d'homme » conservée à Rome est possible. (Cf. Ph. Lauer, le Trésor du Sancta Sanctorum (Monuments Piot, t XV, 1906, p. 23-27, pl. V). Mais il est probable qu’on avait conservé à Constantinople une image du même type.