SANCTUAIRES DE MARTYRS ÉTRANGERS
La diffusion des cendres du premier martyr avait semé en quelque sorte des germes de vie religieuse dans la capitale de l’Empire. Byzance, qui voulait devenir comme Jérusalem et comme Rome une grande ville de martyrs, s’efforça d’attacher à ses destinées de nouveaux saints; aussi réserva-t-elle une large place dans sa dévotion aux martyrs étrangers.
Saint Laurent, le martyr romain mort en 2581, fut en grande vénération à Constantinople. Sa légende avait beaucoup frappé les esprits et l’on croyait avoir retrouvé le gril, instrument de son supplice. Au sixième siècle les Byzantins désiraient entrer en possession du corps du saint et du célèbre gril?.
Les reliques du martyr, qui étaient arrivées sous Théodose Il (408-450) et qui avaient été déposées dans le sanctuaire de Saint-Laurent*, ne leur suffisaient pas sans doute. Cette église, fondée par Pulchérie{, fut achevée sous le règne de Marcien (450-457)5. Une église de Saint-Laurent, qui se trouvait près des Blachernes, avoisinait
1. Sur saint Laurent, voir Bibliotheca hagiographica græca, Bruxelles, 1909, p. 136; Acta Sanct., août, t. II, p. 485; H. Delehaye, les Origines du culte des Martyrs, Bruxelles, 1912, p. 309.
2, Cf. Hagiographi Bollandiani, Cafalogus Codicum hagiographicorum bibliothecæ regiæ Bruæellensis, Pars I, t. I, Bruxelles, 1886, p. 73-74; Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima Collectio, t. VIII, p. 482; Acta Sanct., août, t. IT, p. 497. On montrait à Sainte-Sophie, non pas le gril de saint Laurent, mais un lit de fer sur lequel avaient été brûlés des martyrs du Christ (cf. Jlin. russes, p.118, 136, 161, 201, 226). Bertrandon de La Broquière, au début du xve siècle, affirme qu'il a vu à Sainte- Sophie le gril de saint Laurent ; cf. le Voyage d’outr-mer de Bertrandon de La Broquière, éd. Ch. Schefer, Paris, 1892, p. 154.
3. Cf. Théodore Lecteur, Eccl. Hist., II, 64 (Migne, P. G., t. 86, p. 216).