RELIQUES ET RELIQUAIRES BYZANTINS
L'étude des anciens sanctuaires byzantins montre l'importance que les hommes du moyen âge attachaient à la possession des restes des saints eb des martyrs, En présence de ces monuments dont la plupart ont disparu, en face de ces reliques, qui étaient pour ainsi dire l’âme de ces lieux de prière, on aime à penser qu'il n’y avait pas là uniquement des ossements desséchés. Ces reliques étaient autrefois du sang, de la chair, des os de personnalités dont la vie avait laissé une trace lumineuse. Ces hommes et ces femmes, qui ont aimé et souffert, avaient semé des germes de vie spirituelle. Leurs restes évoquaient leur personnalité. Le fidéle, qui venait chercher dans ces sanctuaires l’atténuation de ses maux, la sympathie dans l'isolement, le secours dans la détresse, se mettait en contact direct avec le saint et pouvait prendre exemple sur sa vie.
La relique n'avait pas seulement une vertu éducative ; elle a été souvent la cause directe de l’érection des églises. Beaucoup ont été construites spécialement pour abriter des restes de saints nouvelle-
ment importés. La relique faisait partie intégrante du sanctuaire ; on
ne pouvait concevoir une église qui n'eñt pas de reliques dans son autel, En ceci Byzance ne faisait que se conformer à un usage ancien: Les premiers sanctuaires chrétiens furent les tombeaux des martyrs ;
les premiers lieux de culte s’élevèrent sur les tombes de ceux qui
étaient morts pour la foi. Bientôt, leurs reliques furent portées sur le lieu où l’on voulait construire une église, et déposées sous l’autel. En Orient les corps des martyrs furent divisés en parcelles et ces fragments furent désignés en des termes souvent peu précis, qui ne permettent pas toujours d'apprécier leur importance !.
1. Cf. E. A. Slückelberg (Miliheilungen der Antiquarischen Gesellschaft in Zürich,
Ces translations d2 reliques étaient célébrées avec solennité et prirent place au rang des fêtes dans le calendrier ecclésiastique. L'arrivée à Constantinople d’une relique était toujours un événement important. Elle stimulait la piété du peuple et permettait la consécration d’une nouvelle église. La consécration (x20#çws) était une cérémonie spéciale, distincte du rituel de la dédicace (#yzav«). La procession ecclésiastique pénétrait dans le narthex de la nouvelle église, dont toutes les portes étaient fermées. Elles s’ouvraient ensuite devant les reliques, qui faisaient leur entrée solennelle. Le prêtre qui les accompagnait allait les déposer sous l’autel, que l’on avait oint au préalable avec le saint myre*.
La capitale, avec ses nombreuses églises, avait besoin d’une quantité considérable de reliques. Les empereurs et les fidèles s'employèrent avec zèle à l'acquisition de ces précieux restes. Parfois ils échouèrent. Lorsque l’empereur Léon Ie (457-474) demanda aux habitants d’Antioche le corps de saint Syméon le Stylite, ils refusèrent de le livrer en alléguant que « le très saint corps était pour leur ville un rempart, une forteresse? ». Rome refusa aussi à Justinien de lui livrer des reliques réelles ?. Elle en refuse également, à Ia fin du sixième siècle, à l’impératrice Constantina, femme de l’empereur Maurice#. Mais Byzance, qui voulait posséder les dépouilles religieuses du monde entier, obtenait généralement ce qu’elle désirait. Elle employait dans son zèle pieux tous les moyens pour arriver à ses fins, et parfois des moyens peu recommandables. On connaît le subterfuge qui fut employé, d’après la tradition, par deux Byzantins, pour s'emparer du vêtement de la Vierge?. Dans le but de se ménager l'amitié d’un peuple étranger, on introduisait le culte de ses saints nationaux et l’on prétendait même avoir découvert à Constantinople leurs reliques. C’est ainsi que par diplomatie Byzance se mit à révérer, à partir du règne de Basile Ier (867-886), saint Grégoire,
4. XXIV, 1895, p. 69); E. Lucius, les Origines du culte des Saints, Paris, 1908, p. 67; H. Delehaye, les Origines du culle des Martyrs, Braxelles, 1912, p. 29 s., 60 s., 75,
1. Cf. Goar, Euchologion, Paris, 1647, p. 832 s.: Syméon de Thessalonique, De .sacro templo (Migne, P. G., &. 155, p. 320 «.). Le rituel de la dédicace venait après la consécration, comme l’indiquent plusieurs eucologes ; cf. Dmitrievskij, Opisanie, &. IT, p. 62. 885. j
2. Cf. Evagrius, Hist. eccl., 1, 13 (Migne, P. G., t. 86, p. 2457).