Voir plus haut, p
de Paris et celle de Constantinople: La sainte Couronne aurait été divisée en deux parties; l’une avait été cédée par Baudouin 11 à saint Louis; l’autre serait restée à Constantinople !. Le voyageur anglais distingue de même deux fers de Lance. Il dit à ce propos : « Le fer (de la Lance) est à Paris et meismes l’émpereur de Constantinople dit qu’il a le fer de la Lance. Je l'ay veu, il est plus larges asses que celui de Paris ?. » Clavijo a vu à Constantinople, au début du quinzième siècle, le reliquaire, qui avait la forme d’une planche recouverte d’or, dans laquelle le fer était enchâssé avec d’autres reliques de la Passion ?.
Cette division des reliques de la Passion n’est pas, du reste, un. fait isolé. On verra qu'elle était pratiquée par les Byzantins, qui divisaient leurs reliques en parcelles pour les conserver dans leurs reliquaires. Les parcelles de la vraie Croix notamment sont signalées. dans un grand nombre de reliquaires, qui existent encore ou qui ont. disparu. Il s’agit de rechercher ces œuvres d’art, qui peuvent être attribuées avec certitude à l’école qui fleurissait à Constantinople, Elles montreront l’habileté des orfévres byzantins, leur aptitude à concevoir une forme et à en composer la décoration.
Beaucoup de.reliquaires ont eu le même sort que ceux de la Sainte- Chapelle. Parmi les reliquaires disparus se trouvaient plusieurs staurothèques, qui avaient été envoyées de Constantinople en Occident pendant l’occupation de la ville par les Latins ou qui furent rapportées de la capitale du Bosphore par les Croisés.
1. Buondelmonti mentionne aussi dans les premières années du xv: siècle une. couronne d'épines à Constantinople (v. plus haut, p. 116). D'après Jean de Mandeville, la Couronne était « de jons de mer blancs qui poingnent comme espines » (ef. F. de Mély, op. cit., p. 267). Ce témoignage est conforme à celui de Robert de: Clari (v. plus haut, p. 27, n. 3), mais il ne concorde pas avec celui de Nicolas Mesaritis. D’après cet auteur byzantin, la Couronne conservée, vers l'an 1200, à l’église de la Vierge-du-Phare était lisse et très douce au toucher (v. plus haut,
ï . Cf. de Mély, op. cit., p. 42-43, 70. Suivant M. de Mély, c’est la pointe de la Lance, rien que la pointe, qui a été envoyée à Paris ; la relique, qui était restée à Constantinople, a été envoyée à la fin du xv° siècle par Bajazet 11 au pape Innocent IT. M. de Mély a publié un ancien dessin reproduisant celte Lance de Rome d’après un manuscrit de l'Ambrosienne de Milan (cf. Ibid. p. 26 5., P- 33 fig., p- 44 s.). La pointe du fer est, en effet, brisée. On aperçoit le trou qui servait à emmancher le fer dans le bois. ; À
3. Voir plus haut, p. 117-118. D’après la description de Clavijo, le fer était troué. à l'endroit où il était emmanché dans le bois ; mais il possédait toujours « l'extrémité de la pointe ». La remarque au sujet de la pointe est en contradiction avec le dessin de l'Ambrosienne.
La staurothèque du Mont-Saint-Quentin provenait du pillage de Constantinople!. Elle était en argent doré, et décorée d’émaux et d'images réprésentant des anges, des saints et des scènes de la Passion: Crucilixion, Descente de Croix, Tombeau (6 :4p»), Anastasis. De chaque côté de la croix à double travée, des petites cavités renfermaient d’autres reliques avec des inscriptions grecques indiquant le contenu. Une autre inscription mentionnait le nom du moine grec Timothée.
Garnier de Trainel, évêque de Troyes, qui avait été préposé à la garde des reliques mises en commun par les Croisés après le pillage de 1204, en avait prélevé un certain nombre dont s’enrichit le trésor de son église?. Dans ce lot figurait un reliquaire de la Croix en argent doré et décoré de pierreries. Il à disparu en 1794, mais Charles le Beau avait déchiffré l'inscription grecque qui mentionnait le nom du protoproèdre Constantin ?.
Dans le trésor de Clairvaux se trouvait un reliquaire apporté de Constantinople par le moine Artaud, qui le tenait de Louis, comte de Blois“. Dans les inventaires de 1405 et de 1504, cet objet est décrit très sommairement et rien ne permettrait d'y reconnaitre une œuvre byzantine, si un évêque grec banni par les Tures, Nicodème, n'avait déchiffré, en 1744, les inscriptions grecques. Le reliquaire avait la forme d’un tableau. Il était décoré de figures et de scènes de la Passion : en haut, à droite, le Crucifiement ; en haut, à gauche, la
1. Cf. C. I. G., &. IV, p. 370, n° 8809. D'après une tradition cette staurothèque fut donnée en 1207 au monastère par Hugues de Beaumetz, qui l'avait reçue de Baudouin I". Sur ce don, voir Riant, Exuviæ, t. I, p. CXI, 192; Dépouilles religieuses, loc. cil., p. 131. Suivant une autre tradition reproduite par du Cange, qui a déerit ce même reliquaire, il aurait été donné au monastère par Nivelon, évèque de Soissons, à son retour de Constantinople; cf. du Cange, Dissertations sur l’histoire de saint Louys (Gloss. med. et inf. latinit., t. X, Niort, 1887, p. 92-93) ; F. de Mély, Ecuviæ, t. 111, p. 241-243.
2. Sur Garnier de Trainel, voir Riant, Exuviæ, t. 1, p. XLIL; Dépouilles religieuses, loc. cit., p. 37, 39, 40.
3. Cf. Coffinet, Recherches hisloriques sur l’origine des parcelles de la vraie Croix conservées dans le trésor de la cathédrale de Troyes (Mémoires de la Sociélé d'agriculture, des sciences, arls el belles-lettres du département de l'Aube, 1. XIX, 1855, p. 190 s., 195, 196, 301). Ce reliquaire est mentionné dans l'inventaire de 161] ; cf. Le Brun-Dalbanne, le Trésor de la cathédrale de Troyes (loc. cit., t. XXVIIT, 1864, 'p. 36). Du Cange (Familiæ auguslæ byzantinæ, Paris, 1680, p. 165) mentionne Constantin Ducas proèdre, fils du césar Jean Ducas (cf. Cedrenus, éd. Bonn, t. IE, p. 702). On sait que la dignité de proèdre fut créée par Nicéphore Phocas (963-969) (J. Ebersolt, le Grand Palais de Conslantinople et le livre des Cérémonies, Paris, 1910, p. 8). La dignité de protoproèdre ayant dù être créée après celle de proèdre, le reliquaire ne peut être antérieur au règne de cet empereur. Parmi les personnages qui furent protoproëèdres, du Cange n'en cite aucun du nom de Constantin. Cf. Du Cange, Gloss. med. et inf. græc. &. v. RpÜEdpos. î
4. Sur Louis, comte de Blois et le moine Artaud, voir Riant, Exuviæ, t. I: p. exarv-cxcv ; Dépouilles religieuses (loc. cit., p. 36, n. 1).
Descente de Croix; en bas, sainte Hélène et saint Constantin !.
Une des plus belles pièces du trésor de Clairvaux provenait du trésor des empereurs de Constantinople. Elle avait été confiée par Henri Ie", successeur de Baudouin Ler, à Hugues, abbé de Saint-Ghislain, qui la remit à l’abbaye?. Les inventaires de 1405 et de 1504 la mentionnent comme une « œuvre grecque » admirable avec ses émaux et ses pierres précieuses. Grâce à l’évêque grec Nicodème on possède des renseignements complémentaires sur ce reliquaire et sur les inscriphions grecques, qui expliquaient les sujets représentés. IL avait la forme d’un triptyque. On voyait, en haut, Constantin le Grand en buste; sur les volets, à l’intérieur, Jean-Baptiste et la Vierge ainsi que les scènes du cycle évangélique : Annonciation, Nativité, Baptème, Présentation du Christ au temple (a ärévriss), Transfiguration, Cruciliement, Descente de Croix, Ascension, Incrédulité de Thomas, Anastasis, Dormition de la Vierge %. À en juger par le nombre des sujets représentés, cette staurothèque devait être un des spécimens les plus caractéristiques et les plus somptueux de l’art impérial.
À Soissons une staurothèque provenait très probablement de Nivelon de Chérisy, l'évêque croisé. Elle avait la forme d’un tableau en argent doré, enrichi de pierres précieuses « avec des figures à la grecque # ». L'ancienne abbaye de Grandmont en Limousin possédait aussi une staurothèque, mais elle ne provenait pas du pillage de Constantinople. Elle avait été donnée par le roi de Jérusalem Amaury, qui mourut en 1173. Elle portait une inscription grecque mentionnant le nom du possesseur, Alexis Ducas, descendant de Pimpératrice Irène, femme d’Alexis [* Comnène. Ce reliquaire, qui avait appartenu à un prince de la famille des Ducas, était en argent doré et décoré de la scène du Crucifiement?.
1. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Trésor de Clairvaux (Revue des Sociélés savantes «es départements, 5° série, t. V, 1873, p. 492, 499, 506, 507). L’inventaire de 1405 mentionne en outre «{res alie parve labule, opere greco composile, quorum una conlinel quamdam pulcram crucem de argento cum reliquiis sanclorum » (Cf. /bid., p 492).
2. Sur ce personnage, voir Riant, Eæœuviæ, t. I, p. ezvur, excv; t. I, p. 99,
3. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, op. cil., p. 492, 497, 498, 507.
4. Cf. Poquet, Notre-Dame de Soissons, Paris, 1855, p. 82. On sait que Nivelon envoya des reliques à Soissons et en rapporta avec lui de Constantinople ; cf. Riant, Dépouilles religieuses (loc. cit., p. 37, 41); ÆExuviæ, t. Il, p. xeu, Lv, 8. Dans le texte de l’Anonyme de Soissons, on trouve mentionnée parmi les reliques unam crucem de re Domini.
. Cf. Texier, Dictionnaire d’orfévrerie, Paris, 1857, p. 834-836, 884-887; du Cange, tons. med. et inf. latin., t. X, Niort, 1887, p. 91-92.
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