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DN : UL iss ; 5" . — L'APPROBATION DU CULTE 183
remit tire du martyr, qu 1 Precendait avoir recue d' un
voyageur venu d'un pays lointain. L'évéque supposa quelque supercherie et chassa le clerc aprés l'avoir fait battre. A quelque temps de là, au retour d'une expedition d'Italie, quelqu'un rapporta l'histoire de la passion du martyr, qui se trou-
va conforme à la précédente. L'évéque, confus, reconnut que le
clerc avait dit vrai. Nous ne voyons nulle part qu'il-s'inquiéta - beaucoup de la provenance exacte de cet ecrit. Toujours est-il
qu'une basilique fut construite, et que la féte du martyr fut désormais celébrée annuellement !.
S. Genés d'Auvergne, au territoire qui avoisine le cháteau
de Thiers, était complétement inconnu. Il se montra en songe à un paysan des environs et lui indiqua le lieu de sa sépulture au bord du chemin, lui ordonnant de la couvrir d'une table de
marbre qu'il trouverait dans la forét. Ainsi fut fait. Des malades s'y rendirent et furent guéris. L'évéque Avit l'ayant
appris, construisit sur ce tombeau une vaste. basilique, et. ordonna de célébrer la fête du saint ?.
Chose curieuse, S. Avit déposa AE dans cette basilique des reliques de S. Genés d'Arles?. C'est à se demander si le
- prélat, obligé de céder à l'entrainement populaire, mais ne se
sentant pas rassuré sur l'identité du nouveau saint, n'eut pas recours à un expedient pour tranquilliser sa conscience. On voudrait avoir un indice pour oser l'affirmer. Un doute ou
une hésitation en ces: matiéres supposerait des préoccupations
qui ne sont guère la marque de l’époque. Et l’on voit que les temps étaient venus où il fallait une perspicacité toujours en éveil pour prévenir les abus et résoudre les questions délicates que le développement du culte des saints faisait surgir fré-
J quemment. Nous sommes trés peu renseignés sur ce qui se
passa, notamment dans les Églises des Gaules, du VII? au X* siécle On eut certainement conscience des inconvénients d'une surveillance insuffisante à l'époque où Charlemagne crut de-
- voir, dans ses capitulaires, rappeler les dispositions des con-
ciles d Afrique : ut falsa nomina martyrum et incertae sancto-
1 In gloria martgrum, 63.
3 In gloria martyrum, 66. : ^ 8 «Hane etiam basilicam sancti Genesi Arelatensis reliquiis
: inlustravit. » Ibid.
aa i ARTE rum memoriae non venerentur *, Le concile de Francfort en
794 s'inspirait de la méme législation en décrétant ce qui suit : Ut nulli novi sancti colantur aut invocentur nec memoriae eorum per vias erigantur, sed hii soli in ecclesia venerandi sint qui ex auctoritate passionum aut vitae merito electi sunt ?. Nous ignorons les irrégularités qui ont motivé ces prescriptions, comme aussi l'efficacité des décrets conciliaires. Ici comme dans tout le cours de l'histoire, tout le résultat dépend des personnes chargées d'appliquer les lois, et il est à présumer qu'en bien des diocéses, ces réglements d'un caractére assez général, restérent lettre morte.
On sait qu'à cette époque la canonisation des saints prenait de plus en plus la forme de l'élévation des reliques et l'on constate que les communautés avant d'organiser la cérémonie ont recours habituellement à l'ordinaire. L'autorisation paraît n'avoir pas été subordonnée à une enquête bien approfondie. Ces choses se décidaient dans des sentiments de confiance réciproque. À la fin du VITE siècle, lorsque les moines de Lindisfarne voulurent procéder, onze ans après sa mort et à la suite de nombreux miracles, à l'élévation des reliques de S. Cuthbert (T 687), ils en référérent à l'évéque Eadbert. Annuit COn- silio eorum, dit l'historien, iussitque ut die depositionis hoc facere meminissent *. En 825, pour S. Ursmer, premier abbe de . Lobbes, elevatio facta est iussu et permissu eius qui tunc erat
Cameracensis episcopus *. Mais l'initiative partit de l'abbé du - 3 monastère. En 928, les moines de Sithiu firent l'élévation du — . “corps de S. Folquin, consulto Stephano eodem tempore reveren-
lissimo Tarvennensis ecclesiae episcopo 5.
S. Hadulphe, évéque de Cambrai, était enterré à Arras, et sur son tombeau se faisaient des miracles. Le: principal témoin”, de ces prodiges était le sacristain de I' abbaye de Saint-Vaast. Celui-ci en fit part à l’ évêque : Eugrano Cameracensi episcopo visiones quas plerumque viderat propalavit. Le prélat crut pou-
1 En789 23 mars, M.G, Capitularia, t. p.56,n.42 3 M.G., Concilia, t.- II, p. 170. ; 8 BEDE, Hisl. eccl., IV, 28.
* ForcuiNr, Gesta abbatum Lobiensium, 10, M.G., Script. t. IV, » 60 ;
BHL. 3079, 13.
voir se fier à son témoignage et procéda à l'élévation ‘des reliques : qui testem idoneum animadvertens sacrum corpus levavit 1,
L'évéque de Ébhs nées CHR en 864, ne s'était pas contenté d'une information aussi sommaire lorsqu'il approuva la translation solennelle des reliques de S. Othmar et institua une féte en son honneur. Les moines de Saint-Gall lui avaient remis, en méme temps que leur supplique, la Vie de 5. Othmar. Il s'en déclara édifié, et bien qu'il n'eüt aucun doute sur la sainteté du personnage, il voulut ne rien précipiter et s'entourer du conseil d'autrui. Il convoqua donc son synode, . exposa ce qu'il savait et demanda l'avis du clergé présent. Il lui fut répondu par des acclamations. Alors I' évéque ordonna un jeüne de trois jours, pour mieux connaitre la volonté de Dieu, aprés quoi il se rangea à l'avis du synode ?.
En 1032, cinq ans après sa mort, les disciples de S. Romuald
élevérent un autel sur son tombeau, aprés en avoir obtenu l'autorisation : data monachis ab apostolica sede licentia *. Ce n'était pas la première fois que l'on sollicitait l'intervention - du Saint-Siège en pareille circonstance. En 1020 Jean XX avait consenti à l'élévation des reliques de S. Adalhard, abbé de Corbie, et l'on sait que peu auparavant, en 995, avait eu lieu à : Rome, sous Jean XV, la première canonisation formelle dont l’histoire ait gardé le souvenir. Ce fut au palais de Latran, en plein synode, qu'eut lieu la cérémonie. Elle ne présage que de trés loin la solennité dont cet acte est actuellement entouré, et.surtout la complication de la procédure suivie de nos jours. . Liutolf, "SYPque d'Augsbourg, demanda la permission de lire à l'assemblée le livre de la vie et des miracles du vénérable Ulric, de son vivant évêque d'Augsbourg. Il s'en remettait à
l'assemblée pour le jugement. La lecture fut écoutée. Quae. omnia, dit le pape dans la bulle de canonisation, lepida satis.
urbanitate expolita recepimus. et communi consilio decrevimus memoriam illius, id est sancti Udalrici episcopi, affectu piissimo et devotione fidelissima venerandam *.
1 BaupnY, Chron. I, 34, cité dans Act. SS., Maii t. IV, p. 332. 3 BHL. 6387, 2. x 3 BHL. 7324, P.L., t. CXLIV, p. 1008.
- 4 J. FONTANINI, Codex constitutionum quas summi — pontifices ediderunt in solemni canonizatione sanctorum, n. T.
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el sic demum divina mysteria celebrentur. Tractate eum uf.
chevéque Poppon demanda que le pape Benoit IX voulüt
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C'est de méme sur la lecture de la Vie ét des Miracles de - Wiborada, recluse à Saint-Gall (1 926), que le pape Clément II (1046-1047) accorda à l'abbé Norbert la canonisation de cette -
pieuse femme. Obtinuit etiam, amminiculante Henrico impera- x tore et coniuge eius Agnele, hoc apud domnum apostolicum Cle- ) 3 mentem secundum recitata vita beatae Wiborade eiusque miracu- — 3 lis el de tamdiu neglecta re ab ipso papa redarqutus, qualenus - E
ipsam, praeeunte Theodorico Constantiensi episcopo, canoniza-. rel ct pro sancla haberi praeciperet et anniversarium ipsius 5 diem sollempnizandum institueret 1, | Malgré l'intervention personnelle du pape dans la canonisation de S. Siméon de Padolirona, elle se fit plus simplement encore que la précédente. Siméon était mort le 26 juin 1016. Boniface, marquis de Mantoue, aurait voulu lui bátir une. église, et envoya au pape Benoit VIII un messager pour lui faire part de son désir. Le pape lui répondit : Requisistis iudicium nostrum, sicut dignum fuerat, utrum in honore Simeonis, nuper sanctificati, quod opera probant, et innumera ac diversa iniracula lestificant, liceret vobis ecclesiam constituere et eius venerabile corpus honorifice collocare ibidem. De quo respondemus: si ita coruscat miraculis, ut vester homo nobis asseruit, aedificate ecclesiam, collocate in ea eumdem, iuxta quem altare consecrari rogale, in quo reliquiae antiquorum sanctorum recondantur cum sacratissimo corpore Domini nostri Iesu Christi,
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sanctum, ut sanctus sanctorum reddat vobis mercedem sancti ? Inutile d'insister sur l'intérét d'un pareil texte, ne füt-ce qu'au. point de vue des modifications de la discipline. Et contien ; sommaire est ce « procés » de canonisation ! | À Trèves on désirait élever aux honneurs des autels un Tul Siméon, un reclus, venu de Sicile (f 1035). Le bruit de ses vertus et de ses miracles était arrivé jusqu'à Rome. L'ar-
se prononcer. La lettre pontificale, datée de 1042, dit que la question a été mise en délibération au concile romain, et que d'accord avec le clergé, le pape a décidé ceci : eumdem virum Simeonem, quem Dominus commendat atqué probat, significa. 4
* 1 Casuum Sancti Galli, cont. II, 6, M.G., Script., t. IT, p. 156. cts Ap. FAEH, Die hl. Wiborada, t. II (St. Fiden, 1926), p. 7-9. * FONTANINI, Op. cit., n. 2, p.3; Act. SS., Tul t t. VI, p. 320.
S xr ptum virlutum, sanctitatis et gratiae plenum, ab . omnibus populis tribubus et linguis, sanclum procul dubio esse
nominandum, eiusque natalem singulis annis recurrentem pas-
sim solemniter observandum et ferialiter celebrandum et vene- :
randum ad instar diei festi; nomen quoque ipsius martyrologio
cum sanctorum nominibus suo loco inferendum !. Le pape Léon IX, ancien évéque de Toul, canonisa Gérard,
Son prédécesseur sur ce siége, aprés avoir exposé au synode
romain de 1050 Ia vision du moine Albizon à qui Gérard s'était |
révélé dans la gloire, et avoir fait valoir ses mérites. L'assem-
blée fut unanime à déclarer : ipsum dominum Gerardum virum esse sancium a Deo inter sanctos numeratum et ab hominibus inter sanctos numerandum et venerandum *.
En 1099, Urbain II, au cours du synode, fut saisi d' une requête de l'archevéque de Trani, Besantius, au sujet d'un pieux
personnage, Nicolas, dit le Pélerin, mort cinq ans auparavant :
venerabilis viri Nicolai nonnulla miracula coram universo
concilio scripto. edita recitavit et eundem Dei hominem auctori-
late nostra in sanctorum catalogo adnumerari instantissime:
| postulavit. Le pape s'en remit à l’évêque, en qui il avait toute
confiance : de eius probitate ac scientia nihil haesitantes *.
iU n’est pas certain que ces appels au Saint-Siège aient été
la suite d’une pression exercée par la cour romaine désireuse de se réserver les causes de canonisation. Le recours fut peut-
étre tout spontané, et inspiré par la pensée de donner. plus d'éclat au culte des nouveaux saints en le faisant sanctionner .
au centre de la catholicité. On commençait sans doute aussi à comprendre les inconvénients du régime d'entiére liberté,
. et la nécessité d'opposer une barrière aux entraînements dela .
- foule et aux ambitions locales dont les exigences menacaient
de jeter le discrédit sur le culte des saints. Il arrivait trop souvent que dans certains diocéses les décisions fussent prises
. sans la maturité suffisante, et méme que dans des endroits
éloignés de la ville épiscopale c on se passát de J'appsonadQ
- officielle.
^4 FONTANINI, Op. C., n. 3.
* FONTANINI, Op. C., n. 4.
3 FONTANINI, Op. C., n. 95.
188 LE CONTRÔLE DE L'ÉGLISE | vA
L'archevéque Lanfranc (T 1089), arrivant à Cantorbéry, sé montra étonné qu'un de ses prédécesseurs, Elphége (T 1012), fût honoré comme martyr, alors qu'il avait été tué par les Danois pour n'avoir pas voulu payer sa rancon. Le culte lui parut illégitime, et il s'en ouvrit à son ami, Anselme du Bec, qui lui succéda plus tard. L'abbé ne fut point de son avis. Il expliqua les circonstances de la mort d'Elphége, allégua l'exemple de 5. Jean Baptiste, compté au nombre des martyrs bien qu'il
n'ait pas été immolé pour la foi, et réussit à calmer les appré-
hensions de l'àrchevéque. Lanfranc ne songea plus à réformer l'usage établi par ses prédécesseurs, et ce qu'on pourrait appe-
ler une «confirmation de culte » fut le résultat d'une Simple |
conversation !, - Monté à son tour sur "le siège de Cantorbéry, Anselme eut
des difficultés du même ordre à résoudre, et il fit preuve d’un: .
énergie qui eût mérité d'avoir un plus grand nombre d'imitateurs. Il écrit à son archidiacre Étienne: « Je vous ordonne d'aller à Ramsey et d'intimer de notre part et de la part de l’évêque de Winchester à l'abbesse et aux religieuses que, si elles ne veulent pas étre frappées d'interdit, elles s 'abstiennent de rendre aucun honneur à certain saint ; qu'elles ne permettent à personne d’honorer ce mort, dont on veut faire un saint.
Que le fils de cet homme soit expulsé du territoire et uU on
n'ait plus de relations avec lui ?. »
Il est permis de croire que le fait raconté par Guibert de
Nogent (t 1124), qui en fut témoin et le dénonce avec indigna- -
tion, se passa à l'insu de l’évêque du lieu. A Beauvais, un.
jeune homme quelconque, écuyer d'un chevalier et parent
d'un abbé alors trés en vue, était mort le vendredi saint. Sans autre raison que la solennité du jour, on se mit à lui faire une réputation de sainteté. Les paysans des environs, amis des nouveautés, s'empressérent de l'honorer et d'apporter à son
tombeau des offrandes et des cierges. Un monument est élevé, ^
on construit une enceinte et l'on vient en pélerinage au nou-
veau saint jusque de la Bretagne. L'abbé et ses religieux n'é-
taient pas insensibles aux dons qui affluaient de'toutes parts; de prétendus miracles s'accomplissaient ?,
1 Act. SS., April. t. II, p. 630.
1CEpist, LI, P.L; t. CLIX; p. 82.
5 De pignoribus sanclorum, I, 2, 5 ; P.L.,t. CLVI, p. 621.
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