‹ Sandford et MertonChapitre 35 sur 37 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

MADAME DE DETMOND. LE PAGE, LE PRINCE, derrière lui DORNONYILLE el L'ENSEIGNE.

Le Prince. — Entrez, messieurs, suivez-moi. (a l'enseigne.) C'est donc vous qui êtes Detmond ? le fiis de ce brave major ?

L'Enseigne, sWiinam profondément. — Oui, monseigneur.

Le Prince. — C'est une bonne recommandation auprès de moi. Vous aviez pour père un homme plein d'honneur, un brave guerrier. Sans doute (jue son exemple excite votre émulation, et que vous cherchez à vous rendre digne de lui ?

L'Enseigne. — Monseigneur, je ne fais que mon dévoir.

Le Prince. — C'est tout faire. Le plus brave homme n'en fait pas davantage. Tenez, monsieur, voilà votre mère : ses vertus, et les espérances (jue donne cet aimable enfant, m'ont fait concevoir de la famille l'idée In plus avantageuse. C'est pour cela que j'ai voulu vous \oir tous rassemblés ici.

L'Enseigne, s'inciinam toujours. — Monseigneur, vous me faites beaucou[) de grâce.

Le Prince. — Je ne nous en fais pas plus sans doute que vous n'en méritez.

L'Enseigne. — Votre Altcssejuge bien favorablement.

Le Prince. — En effet, monsieur, il ne me manque que la conviction, dans le jugement que je suis tenté de porter (le vous, pour faire votre fortune. Cependant cet air libre et assuré qui vous sied si bien

L'ExsEiGXE. — Ah! monseigneur....

Le Prince. — Annonce (souffrez que je le dise) une àme noble ou très-corrompuc. On ne saurait soupçonner un fils né de tels parents. Non, sans doute. Ainsi, monsieur, que pourrait-on faire pour vous? Un grade de plus ne vous a\ancerait pas beaucoup. Qu'en pensez-vous ?

L'Enseigne, se frottant les mains. — Non assurément ,

monseigneur...

LePrinck. — Mais si nous sautions ce grade? Le rang de capitaine, une compagnie : c'est là le premier but do tous ces messieurs. Mais auparavant — (ii se tourne mpi-

demcnt vers le capitaine) MoilsicUr, qUC pCUSCZ-VOUS dc VOtrC

neveu ?

DORNONVILLK, un peu embarrassé. Moî, mOUSCigneUr ?

Ce ({ue j'en pense?....

Le Prince. — On dirait beaucoup de mal.

DoRNONviLLE. — Noii, monscigncur, plutôt du bien. Je crois qu'il a du cœur, (pi'il sera brave....

Le Prince, regardant l'Enseigne avec un oir Je satisfaction.

Oui? Cela est-il vrai ?

DoRNONviLLK. — D'aillcurs il est d'une taille avantageuse.

Le Prince. — C'est un bel homme, j'en conviens ;

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mais sa conduite, ses mœurs? Je rougis de vous questionner sur de pareilles l)ni>atellcs. Enfin, cjuel est son caractère?

DoRNONviLLE, souriant. — Ali! uu pcu ti\)p de gaité, de pétulance quelquefois. Au reste, monseigneur, comme vous savez, cela ne messied pas à un soldat.

Le Prince. — Comme je sais? C'est en vérité quelque chose de nouveau pour moi. Il ne me manque plus que votre témoignage, madame. Que me dii'ez-vousde voti'e

fils? (Apres une pause.) Kicil

Madame DE Detmo.m). — Que pounais-je en dire?

Le Prince. — Ce (pic vous en pensez. La vérité.

Madame de Detmond. — Elle puis-je, monseigneur? Si j'avais à le louer, voudriez-vous que je le fisse en sa i)résence? ou si j'avaisà le blâmer, serait-ce devant celui qui tient son sort entre ses mains ?

Le Prince, souriom. — Fort bien, madame. Au bon cœur d'une mère vous joignez toute la finesse d'une femme. Je ne puis m'empèclier de vous admirer. (Reprenant un ton sérieux.) Monsieur, chacun a ses principes. J'ai les miens. Quand je veux avancer un oflicicr, je commence par l'envoyer aux arrêts. Que vous en semble?

L'Enseicne, effr.iyë. • — Moiiseigncui'

Le Prince. ■ — Oui, c'est ma manière. Remettez votre épée au capitaine. Un air phis modeste aurait tout excusé. Mais ce ton assuré, cette hardiesse... Avec une conscience comme la vôtre, (pj'atlendie d'un homme aussi effronté? cpii devrait sentir (ju'il a mérité ma

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disgrâce; qui sait a\ec quelle indignité il en a agi envers la meilleure des mères; et qui cependant... Monsieur, ([u'il soit aux arrêts pour un mois. Je no veux point d'éclaircissements sur ce qui s'est passé. C'est à votre considération, madame, et à cause de la

manière dont je m'en suis instruit; et surtout parce ((ue les circonstances me font présumer que sa faute est très-grave... (o'un ton ferme Cl sévire.j Mousicur le capitaine, si dans la suite il se passait (pieNpie chose, je veux en être iiilVuiné sur-le-cliain|) : \(ius m'entendez? sur-le-champ. J'ai dessein d'axaMcer ci» jeune homme :

et Fli \<U1S (nu rnpilni.iol ui l'I'nn Ion |.las doux) VOUS, Uia-

daiiie, ne dérangerez mon plan... i^s'odressom i.nni.uii.re-

ment à elle.) Ne liii (Joiinez jaiiiais rien, jamais, ne fut-ce qu'une bagatelle, à titre de présent. Ses appointements peuvent lui suffire. Qu'il apprenne à borner sa dépense, (ii lui fait si^-ne avec la main.) Allez, monsicui',

rendez-vous aux arrêts, (les deux officiers sortent.)

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