LE PRINCE, MADAME DE DETMOND, LE PAGE
Le Prince, la regardant. — Eh bien ! madame, vous êtes bien triste?
Madame de Detmond, respectueusement. — Mouscigneur, je suis mère.
Le Pkince. — Mais vous n'êtes pas une de ces mères faibles, (jui, pour épargner à leurs enfants quebjues mortifications, aiment mieux ne les pas corriger?
Madame de Detmond. — Ce serait une tendresse mal entendue. Non; je crains seulement qu'il n'ait perdu à jamais les bonnes grâces de son piince.
Le Pkince. — Kassurez-vous. Mon intention n'a été que de le rendre digne des grâces que je veux répandre sui- lui. Indulgent |)our la jeunesse, je lui pardomie volontiers son inconsé(juence et ses étourderies; mais je ne le puis pas toujours. Ce (jui dans l'un ramène, avec le repentir, l'amour de la vertu, fortifie dans l'autre son jienchant pour le vice. Au demeurant, soyez sans inquiétude. Ce jeune homme deviendra raison-
nable; et je mesurerai mes bontés sur son changement. (Se tournant vers le Page.) Quant à Cet Cnfant, SaVCZ-
V0U3 quelles sont mes vues?
Mad.\me de Detmoxd. — Non, monseigneur. Quelles qu'elles soient, elles ne tendront qu'à assurer son bonheur. 0 mon prince ! je n'ai jamais laissé passer un jour sans payer à vos vertus le tribut de mon hommage; mais je sens bien aujourd'hui combien il était peu digne de vous.
Le Prince. — Que voulez-vous dire, madame? Vous ne me connaissez point. Mon but est de donner un brave homme à l'état, à moi-même un serviteur fidèle, et d'élever pour mon fils un ami qui soit disposé à sacrifier un jour sa vie pour lui, comme son père l'a fait pour moi.