LE PRINCE, MADAME DE DETMONT, LE PAGE, LE DIRECTEUR
Le Directeur, s'inciinam. — Je me rends à vos ordres, monseigneur.
Le Prince. — Bonjour, monsieur. Je suis charmé de vous voir. De combien est la pension des enfants de la première qualité?
Le Dihecteur. — De la première qualité? C'est selon, monseigneur.
Le Prince. — Mais encore?
Le Directeur. — De douze cents livres.
Le Prince. — Bon. J'ai ici un enfant que je veux vous envoyer. Je prétends, en lui servant de père, faire autant pour lui que les meilleurs gentilshommes pour leurs fils. Mais, dites-moi, qui est chargé de veiller sur ces jeunes gens? car c'est le point essentiel.
Le Directeur. — 3ïonseigneur, ce sont des maîtres.
Le Prince. — Dignes sans doute de l'emploi qu'on leur donne? Mais je ne les connais pas. C'est à vous scui, monsieur, que je veux m'en rapporter. Vous avez gagné ma confiance. Voudriez-vous bien vous charger vous-même du soin particulier d'élever cet enfant.
Le Directeur. — C'est mon devoir, monseigneur.
Le Prince. — Je ne prétends pas vous en faire un devoir. Y con sen tirez -vous avec plaisir?
Le Directeur. — Je trouve mon plaisir dans mon devoir.
Le Prince. — Fort bien ! Vous pouvez compter sur
ma reconnaissance. (Au Page en le prenan: par la main.) VicUS,
mon ami, tu vois bien, monsieur? Il est bon et doux. Voudrais-tu aller vivre avec lui ?
Le Page, après avoir regardé un moment le Directeur. Oui,
monseigneur.
Le Prince. — Mais aussi apprends comment il faut regarder monsieur : comme ton maître, comme ton bienfaiteur. Tu auras pour lui la plus grande obéissance, le respect le plus tendre. Et si jamais il avait à se plaindre de toi...
Le Page. — Ah! monseigneur, jamais.
Le Prince. — Tu as vu que je sais être aussi sévère que je suis bon. Ainsi à la moindre plainte...
Le Page, au Directeur, en lui baisant respectueusement la main.
Non, monsieur, non, jamais vous n'aurez à vous plaindre de moi.
Le Prince. — Comment trouvez-vous cet enfant?
Le Directeur. — Il suffit, monseigneur, que je le reçoive de vos mains, pour qu'il me soit déjà cher comme mon propre fils.
Le Prince. — Il peut donc aller avec vous. Y consentez-vous, madame?
Madame de Detmond. — Dieu! Si j'y consens?
Le Prince. — Va donc, ne t'écarte jamais du chemin deThonneuret delà vertu. Pour ce qui est du reste, sois sans inquiétude, tu ne manqueras jamais de rien... (Le regardant.) Mais pourquoi cct air triste?
Le Page, prenant la main du Pri.ice. VivCZ llCUreUX,
monseigneur.
Le Prince, ému. — Et toi aussi, mon petit ami. Mon fils, sois heureux. Comme son cœur est déjà reconnaissant! Je vous laisse, monsieur. Et vous, madame, suivez-le, et voyez où va votre enfant.
Madame de Detmond, se jetant à ses genoux. — Mouscigneur, puis-je me retirer, sans que mon cœur... !
Le Prince. — Quefaites-vous? Je n'aime point cela.
Madame de Detmond. — Permettez que...
Le Prince, i« relevant. — Non, vous dis-je. Levez-vous, madame. Je ne puis souffrir que Ton se mette à mes genoux.
Madame de Detmond. — Eh bien ! je vous obéis, et je me retire... (uvant les mains au ciel.) C'cstdovaut Dieu que je me prosternerai, pour le prier de conserver à jamais un prince aussi généreux.
Le Prince, l'accompagnant quelques pas avec honte. AUICU.
madame, soyez heureuse.