DYSTROPHIES OSSEUSES DE CROISSANCE
genèse, que Gley propose d'appeler les hormazones, et qui sont régulatrices du développement de l'individu.
Les glandes à action morphogénétiques sont la glande thyroïde, les glandes interstitielles du testicule et de l'ovaire (corps jaune), l'hypophyse et le thymus. Leurs fonctions sont complexes ; elles régissent non seulement le développement du squelette, mais le développement général du sujet. Leur action s'exerce en harmonie avec celle du système nerveux ; il est encore difficile de préciser la modalité de la liaison incontestable qui les unit au système sympathique. Sous quelle forme s'exerce leur action sur la prolifération cellulaire de la moelle des os et sur le processus ossificateur lui-même ? La question est loin d'être éclaircie ; les incertitudes qui régnent sur ce sujet ne doivent point cependant faire négliger l'étude des faits.
De toutes les glandes endocrines, celle qui paraît avoir le rôle le plus important est la glande thyroïde. Son agénésie, son atrophie consécutive à des lésions scléreuses qui déterminent le myxcedème infantile, les ablations partielles faites chez les jeunes animaux sont suivis d'un arrêt ou d'un retard considérable dans le développement du squelette et particulièrement dans la soudure des épiphyses.
Inversement, la suppression de la glande interstitielle ou diastématique du testicule dans la période prépubérale est suivie d'un allongement des os en longueur, surtout des os des membres, si bien que les eunuques sont en général de véritables échassiers aux bras démesurés. Des troubles analogues, mais moins marqués, sont observés à la suite de la suppression de l'ovaire dans le jeune âge.
L'hypophyse a dans la croissance un rôle non moins incontestable ; les recherches les plus récentes (Caselli, Ashner, Cushing) ont prouvé que l'ablation du lobe antérieur est suivie d'un arrêt de développement, avec conservation des cartilages épiphysaires des os longs et décalcification.
L'ablation du thymus chez les animaux est suivie d'une incurvation de l'os, de sa diminution en longueur et en poids.
Ces glandes endocrines, en dehors de leur action propre, ont une influence les unes sur les autres ; ainsi la thyroïde active à la fois l'évolution osseuse et l'évolution génitale, l'hypophyse excite l'activité du cartilage d'accroissement et inhibe l'évolution génitale. Le thymus paraît n'être qu'une glande génitale à activité moindre, d'ailleurs transitoire.
Les capsules surrénales doivent-elles être rangées parmi les glandes morphogènes ? Leur action ne serait qu'indirecte ; par leurs corrélations fonctionnelles avec les autres glandes elles peuvent avoir une cer-
taine action sur le développement du tissu osseux ; pour Apert la substance cortico-surrénale sécrète une substance ayant une influence sur le développement sexuel.
Quant à la glande pinéale, quoique ses lésions s'accompagnent chez l'enfant de précocité physique et psychique, son rôle est incomplètement connu.
Quels sont les facteurs pathologiques qui entrent en jeu pour modifier le fonctionnement des glandes ? Ils sont multiples. L'hyper ou l'hypofonctionnement permanent d'une glande peuvent être le résultat d'une lésion purement locale, tumeur jouant le rôle d'une épine irrita tive ou au contraire d'un agent destructif de l'élément sécréteur. D'autres résultent d'une infection générale aiguë : dans certains cas elle paraît exciter la sécrétion glandulaire, c'est ainsi que la réaction thyroïdienne aux infections n'est pas étrangère à la croissance anormale de certains enfants, constatée à la suite d'une pyrexie ; inversement le processus infectieux, au lieu de causer une congestion hyperactive, est suivi de sclérose et d'atrophie de la glande. Enfin certaines glandes peuvent être en état d'instabilité.
Parmi les grandes infections, deux dominent les troubles de la croissance d'origine endocrine, ce sont le syphilis et la tuberculose, soit que leur agent pathogène amène des réactions locales dans la glande, soit que ses toxines agissent simultanément ou isolément sur l'un des organes morphogènes. Enfin l'ablation chirurgicale d'une portion trop grande de la thyroïde, ou de la glande testiculaire donnent lieu à de véritables syndromes expérimentaux.