CHAPITRE III
Par René Hazard.
Pharmacien des Hôpitaux de Paris.
Le développement qu'ont pris en ces quelques dernières années les méthodes de dosage des différents éléments du sang est tout à fait remarquable. Il était d'ailleurs prévu, souhaité, puisque c'est de lui que dépend la solution de maints problèmes de physiologie et de pathologie. Suivre leb changements de composition du « milieu intérieur », c'est saisir le plein mouvement des échanges entre les tissus, entre les organes. Auprès des renseignements que peut donner l'analyse du sang, les notions que l'on peut tirer de l'analyse de l'urine nous apparaissent singulièrement moins instructives parce qu'incomplètes et indirectes, le rein étant venu établir son contrôle sur ce qui ne s'échappe d'ailleurs de l'organisme que par une des portes de sortie.
Mais pourquoi la question de l'analyse du sang n'a-t-elle pas évolué plus tôt et plus vite ? C'est que l'on s'est heurté et que l'on se heurte encore à de grosses difficultés. Certains éléments du sang y figurent en quantité tellement faible que leur dosage est jusqu'ici demeuré impossible. Pour d'autres, si le dosage est possible, à condition d'opérer sur des volumes de sang considérables, il reste impraticable en clinique où l'on s' fîorce — surtout quand il s'agit de faire des examens répétés — d'enlever au malade le moins de sang possible.
Pour résoudre le problème il faut avoir recours à des méthodes spéciales qui permettent d'opérer sur des quantités minimes de sang (1),
(1) Quelques auteurs poussent même un peu trop loin le souci d'opérer sur des quantités très faibles de sang. Dans la méthode d'Ivar Bang par exemple, doser le glucose dans deux gouttes de sang, constitue un tour de force dont les résultats semblent devoir être fortement entachés d'erreur.
il faut mettre en œuvre des méthodes de microdosage Beaucoup sont nées déjà et beaucoup d'autres viendront, sans nul doute. Leur éclosion est même si récente et si rapide qu'il est difficile d'en faire une étude critique et de préjuger de leur avenir alors qu'elles n'ont pas encore reçu l'indispensable contrôle du temps et de l'expérience.
Bien des méthodes parmi celles qui sont données ici sembleront plus tard imparfaites, mais nous n'avons pas d'autre prétention que d'exposer impartialement l'état actuel de la question.
Le lecteur trouvera rassemblé ici à peu près tout ce qui concerne l'analyse physique et chimique du sang.
Nous avons négligé systématiquement toutes les méthodes inspirées de la technique bactériologique qui sont exposées dans le tome XXVII de cet ouvrage.
Nous nous sommes placé uniquement du point de vue pratique et il ne sera presque jamais question ici que de techniques. L'étude des variations de beaucoup d'éléments n'étant pas encore assez poussée pour que les résultats obtenus puissent être considérés comme définitivement acquis, nous nous contenterons le plus souvent d'indiquer la quantité normale de l'élément dosé. Nous suivrons l'ordre indiqué par le tableau suivant dans lequel nous avons donné la quantité approximative de sang ou de sérum nécessaire pour la détermination d'un élément donné.
Prélèvement. — On voit d'après ce tableau que l'analyse des différents éléments les plus souvent soumis au dosage exige des quantités de sang ou de sérum extrêmement variables suivant le corps envisagé et même suivant la technique adoptée pour un élément donné.
Lorsque quelques gouttes de sang suffisent, on fait le prélèvement par piqûre du doigt après qu'on aura lavé à l'alcool ou à l'éther et séché celui-ci.
Quand il faut un volume important, la ventouse scarifiée et la ponction veineuse sont indiquées.
Le sang prélevé par ventouses est quelquefois souillé d'un peu d'alcool ou d'un peu d'eau. La chose peut avoir son importance puisqu'il faut toujours éviter de diluer le sang et tout spécialement quand on veut mettre en œuvre des méthodes d'analyse physique particulièrement sensibles.
Le prélèvement par ponction veineuse est à l'abri de ces critiques à condition que l'on emploie une seringue et une aiguille bien sèches : c'est le procédé de choix.
Quand on doit opérer sur le sang total on empêche sa coagulation
en l'additionnant de certains corps dont le plus employé à juste titre est le fluorure de sodium, à la dose de 2 à 3 gr. par litre, qui assure en même temps la conservation du sang et empêche la glycolyse Les oxalates sont également employés.
Quand on opère sur le sérum, le sang ne subit aucune addition. On