PLANCHE III
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A. -Moelle osseuse normale d'un os long-, vue à un faible grossissement,
P>. Moelle osseuse en activité dans l'anémie pernicieuse, vue à un faible grossissement,
C. La même moelle osseuse d'anémie pernicieuse, vue à un fort grossissement.
.<l. Wàloine et fils, Èdii,
G- Peberque. Itnp.. Paris.
se sont échappées les cellules adipeuses. De place en place on voit un vaisseau, et, dans les espaces intervacuolaires, de petits amas de rares cellules. Mais dans les os du crâne, dans les côtes, le sternum et le rachis, on voit les derniers vestiges de la moelle fœtale, c'est-à-dire une moelle rouge, riche en hématies, en globules rouges nucléés, en myélocytes éosinophiles, neutrophiles et basophiles.
Tantôt la régression de la moelle fœtale est plus marquée : la moelle est jaune, inactive, non seulement dans les os longs, mais même dans les os courts et les os plats. L'organisme anémié a fait appel à ses ultimes réserves et les a totalement épuisées.
Plus rarement, elle présente un type aberrant. Au lieu de renfermer les éléments qui lui sont propres, myélocytes et hématies nucléées, elle est plus ou moins riche en cellules lymphoïdes, lymphocytes, mononucléaires non granuleux, avec cependant quelques myélocytes à protoplasma basophile.
Mais, et contre toute attente chez des sujets dont le sang est si pauvre en hémoglobine et en éléments figurés, ce qu'on rencontre le plus souvent dans tout le squelette, c'est une moelle rouge, active, fœtale. L'examen macroscopique n'est pas suffisant, car la moelle simplement congestionnée présente le même aspect ; mais on ne trouve, à l'analyse, dans cette dernière, que les éléments de la moelle jaune avec un afïïux d'hématies. Au contraire, lorsqu'il y a une reviviscence réelle, on constate, en outre des hématies, une surcharge de normoblastes, de mégaloblastes et de myélocytes granuleux. D'ailleurs cette reviviscence est tantôt totale, tantôt partielle, par îlots.
La rate s'éloigne peu de l'aspect normal. Son poids, en moyenne de 200 grammes, peut descendre à 70 grammes, monter à 300. Sa couleur lic-de-vin et sa consistance molle peuvent être conservées ; d'autres fois elle est pâle et dure. Mais l'examen histologique montre des modifications profondes. Tantôt c'est une transformation scléreuse, un êpaississement de la capsule et des tractus fibreux, une diminution partielle des corpuscules et de la pulpe, une réduction des sinus, la diminution des éléments normaux, une surcharge de pigment ferrique. Tantôt, au contraire, comme dans les anémies expérimentales, elle présente une réaction myéloïde, marquée par la présence d'hématies nucléées et de leucocytes granuleux.
(1) Il faut d'abord examiner dans toute son étendue la moelle diaphysairo d'un os Long, du fémur do préférence, et parfois (nous verrons dans quelles circonstances) constater ensuit»! L'état de la moelle dans les os courts et plats. D'autre part, on étudiera L'état d<; la rate et des ganglions, sans négliger l'amygdale, le thymus, l'appareil lymphoïde intestinal.
188 MALADIES DU SANG ET SYNDROMES HÉMATOLOGIQUES
Enfin les ganglions lymphatiques, l'amygdale, le thymus, V appareil lymphoïde intestinal sont moins touchés. Tantôt on les trouve indemnes de sclérose, avec des macrophages chargés de pigment ; tantôt sclérosés, sans pigment. Il est exceptionnel d'y trouver des myélocytes et des globules rouges nucléés.
Relations entre l'état du sang et des organes hématopoïétiques. — Quelles sont les relations entre l'état du sang et celui des organes hématopoïétiques ? En d'autres termes, jusqu'à quel point peut-on, par l'examen du sang pendant la vie, prévoir les modifications de la moelle osseuse que l'on constatera à l'autopsie ? En dehors de l'intérêt théorique qu'elle présente, cette question mérite une étude attentive, car on pourrait peut-être y trouver une règle pour le pronostic, un guide pour le traitement.
Vaquez et Aubertin considèrent que le sang donne le reflet de la moelle. Aussi décrivent-ils les trois formes suivantes d'anémie pernicieuse : la forme plastique, dont le sang présente de la poïkylocytose, des myélocytes, des hématies nucléées, et la moelle osseuse un hyperfonctionnement qui la ramène à l'état fœtal ; la forme aplastique, sans poïkylocytose, sans myélocytes, sans hématies nucléées, avec une moelle osseuse inactive et graisseuse ; enfin, la forme métaplaslique dans laquelle la moelle, d'activité restreinte, sans myélocytes ni globules rouges nucléés, ne pourrait lancer dans le sang que des leucocytes basophilcs non granuleux.
Mais on a objecté que, dans quelques observations, la moelle osseuse a été trouvée différente de ce que l'examen du sang faisait prévoir. D'autre part, il convient d'ajouter que les formes métaplastique et aplastique sont d'une extrême rareté. Il n'est donc pas suffisant qu'une anémie pernicieuse soit du type plastique pour qu'on puisse faire un pronostic favorable et compter sur une amélioration notable ; et peutêtre n'a-t-on jamais constaté de rémissions dans les anémies métaplastiques ou aplastiques, simplement parce que ces formes sont exceptionnellement rencontrées.
On a d'ailleurs essayé de pousser plus loin l'analyse. Certains auteurs attachent une importance extrême au volume des globules rouges et des hématies nucléées. Leur volume est-il normal, c'est que la réaction de la moelle est normale, la réparation facile, le pronostic bon. Trouvet-on au contraire des mégalocytes et des mégaloblastes dans le sang c'est que la réaction médullaire est d'un type aberrant, inefficace, et d'un pronostic fatal. Cette théorie soulève aussi des objections du même ordre que la précédente.
Aussi Chauffard se préoccupe-t-il moins de la présence d'une réaction myéloïde que de ses variations sous l'influence du traitement. Plus cette réaction augmente, c'est-à-dire s'élve le nombre des myélocytes et des hématies nucléées, meilleur, d'après lu, serait le pronostic.