ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES AUTRES ORGANES
Laissant de côté les lésions initiales des anémies pernicieuses symptoma tiques, nous décrirons seulement celles qui paraissent être la conséquence même de l'anémie pernicieuse. Les faits, nous l'avons vu, sont parfois d'ailleurs d'interprétation difficile.
Appareil digestif. — C'est du côté de l'appareil digestif qu'ont porté les recherches les plus minutieuses. Les lésions sont fréquentes, mais non constantes, variables de nature et d'intensité.
Dans certains cas, l' estomac est extrêmement atrophié; il est aminci au point de présenter l'aspect d'une séreuse. La muqueuse, qui n'a pas 1 millimètre d'épaisseur, est dépourvue de plis; elle est formée par une trame de tissu conjonctif, plus ou moins riche en éléments infiltrés, avec quelques tubes glandulaires courts, offrant le type pylorique ou muqueux. Elle est infiltrée souvent, dans sa partie superficielle surtout, de corps hyalins disséminés en grande abondance.
Mais souvent aussi les lésions sont banales : gastrite de moyenne intensité, prédominant tantôt sur les glandes, tantôt sur le tissu conjonctif, tantôt d'une façon à peu près égale sur les deux.
Enfin, l'estomac peut être trouvé sain ; on a cité des cas dans lesquels l'examen histûlogique de la muqueuse n'a pas permis de découvrir la moindre lésion.
Du côté de Yinteslin, si les lésions sont fréquentes dans les cas d'anémies symptomatiques et peuvent expliquer parfois, comme dans les diarrhées chroniques et la diarrhée de Cochinchine en particulier, le développement de l'anémie pernicieuse, on ne trouve au contraire dans l'anémie pernicieuse protopathique que des lésions rares et peu marquées : on a signalé de la dégénérescence graisseuse des épithéliums, de l'atrophie glandulaire, de l'atrophie des plexus nerveux. Le plus souvent il est normal.
Le foie peut présenter, nous l'avons vu, des lésions en rapport avec la destruction sanguine, infiltration de pigment ferrique et macrophagie. 11 est d'ordinaire augmenté de volume. Cette hyperhépatie, signalée par Gilbert et Garnier, est modérée. Elle peut être rapportée à l'exagération de la fonction antitoxique de l'organe, au réveil de son
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rôle hématopoïétique, à l'accumulation de débris d'hématies. L'infiltration leucocytaire existe dans la majorité des cas. Les leucocytes envahissent les espaces portes, les espaces intertrabéculaires ; ils sont isolés le plus souvent ; parfois, comme dans un cas de Barjon et Cade, réunis en amas. On trouve généralement de la stase sanguine, avec ectasie €les capillaires intralobulaires, prédominant au centre des lobules, comme dans le foie cardiaque. Quant aux cellules hépatiques, elles sont parfois légèrement stéatosées.
Appareil circulatoire. — Le cœur est généralement petit, parfois dilaté. Il présente une surcharge graisseuse assez marquée. Ses libres musculaires sont partiellement dégénérées.
Ces lésions, que l'on trouve dans les anémies expérimentales, par intoxication chronique ou par hémorragies répétées, peuvent donc se rattacher à l'une de ces deux causes: altérations du sang ou irritation par une toxine, cause première de l'anémie.
Les vaisseaux sont exsangues, le tissu cellulaire œdématié, les parenchymes farcis de petites hémorragies.
Comme l'ont fait remarquer Ménétrier et Aubertin, Camus et Paginez, l'inspection des muscles montre, dans les anémies graves et dans les cachexies, des différences intéressantes à noter.
Dans les anémies pernicieuses, en effet, on constate une pâleur très marquée des viscères et du myocarde, une vive rougeur des muscles striés. Il y a donc conservation ou augmentation de l'hémoglobine musculaire. Au contraire, dans la plupart des cachexies sans anémie intense, les muscles sont pâles et décolorés.
Appareil respiratoire. — Les poumons sont indemnes. Les plèvres, comme d'ailleurs les autres séreuses, péricarde, péritoine, renferment d'ordinaire un exsudât plus ou moins abondant.
Appareil urinaire. — Les reins sont pâles.
Ils peuvent présenter tous les degrés, depuis les lésions les plus banales, dégénérescence de l'épithélium des tubes contournés, atrophie légère des glomérules, sclérose diffuse. Parfois, les lésions sont plus intenses: nous avons vu qu'elles ont été, dans certains cas, considérées comme la cause indirecte de l'anémie.
Système nerveux. — Nous avons signalé les lésions des organes des
sens, de la rétine en particulier; hémorragies, rétinite, œdème papillaire.
Les nerfs périphériques ne sont généralement pas touchés. C'est par
les lésions du système nerveux central que l'on peut expliquer les troubles moteurs et sensitifs que l'on a souvent constatés.
La fréquence des lésions médullaires dans l'anémie pernicieuse a fait l'objet de nombreux travaux. Leur nature est nettement définie : les cellules ganglionnaires des cornes antérieures ne sont pas touchées, mais on trouve des foyers hémorragiques dans les substances grise et blanche, surtout dans les cordons postérieurs.
Lenoble a montré que ces lésions peuvent varier depuis l'hémorragie capillaire, jusqu'aux foyers de sclérose très étendus ; qu'elles peuvent rester latentes ou provoquer des troubles nerveux graves qui permettent d'en préciser la topographie. Quant à la cause, elle n'en est pas connue.