SYPHILIS DE LA RATE
jours l'hypertrophie. Elle est encore plus fréquente chez le fœtus expulsé avant terme. Dans la syphilis héréditaire tardive elle peut être également une manifestation de la maladie, et acquérir un volume aussi considérable qu'au cours des leucémies.
Au cours de la syphilis acquise, les lésions tertiaires de la rate sont plus rares.
Anatomie pathologique. — Les lésions de la syphilis tertiaire de la rate se manifestent sous trois formes différentes, isolées ou associées : la splénite interstitielle, la gomme et la dégénérescence amyloïde. Cette dernière lésion se montre au cours d'un certain nombre d'infections chroniques, parmi lesquelles la syphilis. Ajoutons que d'autres manifestations morbides, les leucémies par exemple, ont été parfois considérées comme d'origine syphilitique : mais ce ne sont là que des hypothèses et contre lesquelles de nombreux arguments peuvent être invoqués.
1° Splénite interstitielle. — Dans cette forme, la rate est de volume peu considérable, de consistance accrue. Sa capsule est souvent parsemée de productions fibreuses. A la coupe, le parenchyme paraît anémié, ce qui tient à l'épaisissement des travées conjonctives, formant, dans certains cas, des bandes rayonnantes comme dans le foie. Il arrive aussi que tout l'organe soit transformé en une véritable masse fibreuse, au niveau de laquelle les éléments lymphoïdes ont disparu. La pulpe rouge est également raréfiée, les vaisseaux atteints d'artérite. On voit des îlots jaunâtres de dégénérescence graisseuse.
Ces lésions diffuses sont les seules que l'on trouve chez le fœtus et chez le nouveau-né. Ce n'est que plus tard, à partir de la première ou de la deuxième année, que des productions gommeuses peuvent s'y ajouter.
Paris et Salomon, ayant étudié la marche des lésions de la rate hérédosyphilitique, considèrent qu'elle présente au début des lésions de congestion avec endo-périartérite ; puis une transformation myéloïde des follicules et de la pulpe rouge; pour aboutir enfin à une sclérose envahissante, qui étouffe peu à peu le parenchyme.
Chez l'adulte l'hyperhémie, l'artérite et les infarctus prépareraient de même peu à peu la sclérose terminale.
2° Gommes de la rate. — Les gommes se présentent sous deux aspects.
Tantôt elles sont rares ou peu nombreuses, atteignant le volume d'une noisette ou d'une noix, incluses dans l'intérieur du parenchyme, ou touchant la surface sur laquelle elles viennent faire saillie. De coloration gris rougeâtre au début, elles deviennent jaunâtres et se caséifient,
ayant alors l'aspect du marron cru. Elles peuvent se résorber et entraîner la production de cicatrices fibreuses, déformant l'organe. On ne doit pas les confondre avec des infarctus.
Tantôt il s'agit de petits nodules, gros comme une tête d'épingle : ce sont les gommes miliaires, disséminées dans tout l'organe et très nombreuses.
3° Dégénérescence amyloïde. — Elle coexiste le plus souvent avec les deux lésions précédentes : tantôt localisée, elle frappe les corpuscules de Malpighi (rate sagou) ; tantôt diffuse, elle donne à la rate un aspect lardacé (voir p, 349).
Symptômes, diagnostic, traitement. — Nous n'insisterons pas sur la symptomatologie de la rate syphilitique, qui est celle des splénomégalies en général. Signalons seulement ces deux faits. D'une part, elle peut être considérable, puisque, dans certains cas, l'organe a atteint jusqu'à 1.500 et 1.600 grammes. Elle peut, dans sa forme gommeuse, se manifester par des bosselures, qui en favorisent le diagnostic.
Ce diagnostic s'appuiera, comme pour toute syphilis, sur les commémoratifs, les épreuves de séro-réaction, enfin le résultat du traitement.
La thérapeutique antisyphilitique, efficace contre les lésions à leur début et contre les gommes circonscrites, sera sans action quand il s'agira de splénites interstitielles avec sclérose accentuée.
On peut voir se développer au niveau de la rate les différentes variétés de tumeurs que l'on trouve dans les autres organes : d'une part, tumeurs solides, bénignes ou malignes, du type conjonctif ou du type épithélial (fibromes, myxomes, lipomes, sarcomes, épithéliomes, carcinomes) ; d'autre part tumeurs liquides ou kystiques. Nous allons les étudier successivement. Au groupe des tumeurs solides nous joindrons une affection spéciale, de classification encore mal déterminée, la maladie de Gaucher.
A. — Tumeurs solides.
Fibromes. — Les fibromes de la rate peuvent être extérieurs, c'est-à-dire fixés sur la face externe de la capsule, ou au contraire