SPLÉNOMÉGALIES DES AFFECTIONS DU SANG
elle se manifestera par des lésions sanguines qui seront cette fois secondaires, et qui pourront consister, soit en un appauvrissement en globules, et, en particulier en globules rouges, soit en une surabondance d'hématies ou de leucocytes, suivant que l'emportera son rôle hématopoïétique, ou au contraire son rôle hémolysant.
Mais s'il est facile de déterminer à priori les relations possibles entre les manifestations sanguines et spléniques, il est par contre souvent impossible, quand on envisage successivement les différentes maladies du sang, de déterminer si le rôle de la rate, et d'une façon plus générale des différents organes hématopoïétiques, est, pour chacune d'elles, secondaire ou primitif. Et cette incertitude ne pourra être définitivement tranchée que le jour où les causes de ces affections ayant été découvertes, il pourra en être fait une étude clinique, anatomo-pathologique et expérimentale plus approfondie.
Quoi qu'il en soit, rappelons que, parmi les affections sanguines intéressant particulièrement les globules rouges, c'est dans l' Erythrémie ou Maladie de Vaquez que la splénomégalie se montre avec le plus de constance et au plus haut degré : si l'on a pu penser que l'insuffisance du pouvoir hémolysant de la rate serait peut-être à l'origine de la maladie, il est plus vraisemblable que la splénomégalie est ici secondaire, et due à la congestion passive d'une part, et d'autre part à l'hyperplasie du tissu macrophagique et hémolysant. Quant à la chlorose et aux anémies secondaires, la rate ne s'y trouve intéressée que dans les formes particulièrement graves et prolongées. Il en est de même de V anémie primitive, essentielle ou cryptogénétique, c'est-à-dire de cause cachée, pour laquelle on peut se demander si l'exagération du rôle hémolysant de la rate ne serait pas précisément la cause de la maladie. D'ailleurs, dans ces anémies, secondaires ou primitives, les manifestations spléniques sont plus histologiques que cliniques, la splénomégalie étant le plus souvent absente ou modérée.
Il en est tout autrement dans les affections intéressant particulièrement les leucocytes, dans les leucémies, et dans les états voisins, que nous avons rassemblés sous le nom de syndromes paraleucémiques.
C'est surtout la leucémie myéloïde typique, et les formes qui s'en rapprochent plus ou moins, anémie pseudo-leucémique infantile, splénomégalie avec anémie et myélémie de Weil et Clerc, leucémies myéloïdes frustes, splénomégalies subleucémiques, myélomatoses subleucémiques et aleucémiques, etc., de quel que nom qu'on les appelle (v. p. 230), pour lesquelles les manifestations spléniques ont cliniquement et anatomiquement un intérêt primordial ; et pathogéniquement aussi, car la reviviscence du tissu myéloïde, de la rate aussi bien que de la moelle
osseuse, quelle que soit la cause de cette reviviscence, paraît être à l'origine de la maladie.
Dans les autres formes, leucémie aiguë, leucémie lymphoïde. adénie de Trousseau, maladie de Hodgkin, leucémie lymphoïde fruste, lymphocytomatose subleucémique, etc., les manifestations spléniques, parfois très marquées, sont souvent réduites au second plan. Rappelons cependant qu'il existe une forme de leucémie lymphoïde à splénomégalie prédominante, sans adénopathies, et simulant par conséquent la leucémie myéloïde, jusqu'au moment où l'examen du sang impose le diagnostic (v. p. 219).
Anatomie pathologique et état du sang. — Les lésions, aussi bien hématologiques qu'histologiques, étant essentiellement variables suivant l'affection, et même suivant sa forme et son degré, nous ne pouvons que renvoyer aux notions que nous avons déjà données.
Rappelons simplement que la rate peut présenter anatomiquement tous les aspects : atrophie spontanée ou thérapeutique par radio- ou radiumthérapie, hypertrophie modérée ou énorme, périsplénite, sclérose, congestion ou hyperplasie. De même, histologiquement, son tissu noble sera tantôt atrophié, tantôt surchargé d'éléments étrangers normaux ou altérés, globules, débris et pigments ; tantôt en état de suractivité, avec prolifération de ses éléments normaux, ou même reviviscence myéloïde de l'état fœtal.
Quant au sang, il présente toutes les altérations, si nombreuses et si variées, que nous avons décrites à propos de l'érythrémie, des anémies, des leucémies et des paraleucémies.
Symptômes cliniques et diagnostic. — La rate peut donc, dans ces affections, se montrer sous les aspects les plus divers, depuis la rate atrophiée et cliniquement impossible à déceler (certains cas d'anémie pernicieuse), jusqu'à la rate énorme envahissant tout l'abdomen (leucémie myéloïde). Quoi qu'il en soit, même dans les hypertrophies les plus considérables, elle est généralement indolore ou peu douloureuse, lisse, unie, étalée et non saillante, ce qui explique qu'elle puisse longtemps passer inaperçue.
Le diagnostic en est facile dans les formes typiques, soit quand l'état du sang est tout à fait caractéristique (leucémies myéloïde et lymphoïde, érythrémie, anémie pseudo-leucémique infantile), soit quand d'autres symptômes cliniques très particuliers viennent s'y ajouter (adénopathies de l 'adénie de Trousseau, etc.). . Mais parfois, avec un ensemble de symptômes hématologiques et