‹ SangahallChapitre 15 sur 25 · LA PREMIÈRE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE JEUNE FILLE

Tandis que nos robes nuptiales se fanent aux clous des mur ailles.

DES JEUNES FILLES

Quelle joie y aurait-il sur la terre, si d'abord elle n'est pas en nous-même ?

L AÏEULE

Où ne resonnent j)lns la corne des bergers et le bruit des

cognées ;

où ne résonnent j)lus le cri des chasseurs et le chant des

poètes, la joie ne séjourne pas.

LA MÈRE

Le soleil a des caresses pour les cornettes des bouleaux et les javelots fleuris dressés sur les huiliers ;

ainsi en aura-t-il pour vos jeunes espoirs et nos vœux maternels.

Allons au Temple et prions.

Ils n'est pas bon de tenir la jeunesse dans la crainte et la

désespérance.

Allons au Temple et prions.

Elles se remettent en marche.

Halwart suivi d'un groupe d'Iarls entre dans la forêt.

HALWART.

Nous voici dans la joie !.. Espérances hautaines du meilleur devenir !.. Rêves ! jouets du Sort, ce dur maître intraitable !.. Illusions : sirènes, qui nous chantez la Vie en nous versant la Mort...

Où vas-tu, Cœur épris, par la route où tu marches pleine de chants nouveaux, d'harmonieux soupirs ?.. Où vas-tu, Cœur épris, avec tes souvenirs déferlant, comme un flot, aux hauts piliers des arches ?

Les Jeunes Filles, dans le sentier, se retournent, aperçoivent Halwart arrêté, et redescendent vers lui.

LES JEUNES E1LLES.

Halwarl !

L'AÏEULE

Demandez-lui des runes généreuses !

LES JEUNES FILLES voyant les chaînes.

Pitié ! pitié ! pitié !

LA MÈRE

Pourquoi ees chaînes sur tes mains ?

Pourquoi ce ridicule outrage au chanteur des sagas

charitables et des Clémences ?

N' avions-nous donc pas assez souffert ?

LES JEUNES FILLES

Pitié ! pitié ! pitié !

HALWART.

Femmes, ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-mêmes.

L'inclémence au sommet, en bas les anathèmes

de ceux qu'ont révoltés l'Injustice et l'Orgueil ;

mon corps chargé de fers, vos cœurs chargés de deuil !

La terre a bu le sang des luttes fratricides

et le sang a séché sur les champs homicides,

et, sur vos jeunes fronts, (pie l'amour matinal

devrait nimber d'espoir en l'Avril triomphal,

se creusent les sillons des cœurs vieillis et vides.

Ah ! les cœurs ! les grands cœurs ! où les trouverez-vous

maintenant qu'ils sont là, Ceux des nobles pensées ?

(pi ils se meurent d'exil, si tristement, les Loups,

jadis vos fiancés, ô tristes fiancées ?..

LA MÈRE

Qu ont-ils fait ! qu ont-ils fait !.. et qu arriver a-t-il°! HALWART.

Ceux qui demeurent ehez eux ne savent pas quel est l'étranger qui arrive L.(W

UNE JEUNE FILLE

Dis un mot qui console, ô Poète,

dis un mot qui console, puisqu aussi bien Avril dit les espoirs aux Échos attendris.

Une plainte que lointainement sonne la trompe, fait tressaillir le Scalde.

HALWART.

Échos ! spasmes d'amour, de honte ou de colère ! tourmentes de l'humain Vouloir qui naît, s'en erre toujours las et meurtri jusqu'au jour de la mort ! Echos ! le temps qui fuit, chaque instant, chaque effort, nos verbes dans le jour et la nuit puériles ! Échos ! uos chers désirs, les baisers juvéniles de vos lèvres et les frissolis du Printemps semeur de voluptés prochaines dans les hymens des vertes plaines, où rodent les Loups... que j'attends !..

L'AÏEULE

Tes chants sonnent aujourd'hui comme des marteaux

contre les portes ; Ils jettent les choses de l'épouvante aux esprits de ma

vieillesse.

HALWART.

Profonds tes dires, loi dont les cheveux de brume portent tous les soucis de ces Temps (donnés... Jeune forêt perfide au.v pièges parfumés, cruels aussi tes chants, tes frais huiliers qu'allume le grand Soleil d'Avril, en ce jour, où la mort s'en vient avec Ceux-là qu'a signalés, au Port, le Veilleur sur la mer... Jeune forêt fleurie, comme leurs jeunes ans, peuplée et de rêve et de vie cruellement !

LES JEUNES FILLES soulevant les chaînes.

Laisse-nous t'aider à supporter ces chaînes dont le poids lourd ensanglante tes mains.

HALWART.

Je voudrais vous parler sans éveiller la Crainte... Que vous formez ainsi autour de ma Pitié, avec tous vos parfums une troublante enceinte, ô Jeunes Filles ! Hélas ! ces pleurs, ces longs pleurs ne se terniront point sans mouiller les prunelles de vos beaux yeux ardents d'autres larmes cruelles : l ame achète la joie au seul prix des douleurs.

UNE JEUNE FILLE

Combien ils sont lourds, ces fers ! et combien pénibles ont dû être les sentiers montueux ?

HALWART.

Enfant, tu parlais franchement aux rameux asphodèles tout à l'heure et ta lèvre avait des mots d'oiseaux qui me dirent ta peine avec de doux bruits d'ailes. Ces fers si lourds, dont les mordants anneaux ensanglantent mes mains, sont plus légers à l'âme que les muets désirs... Demande à cette femme, pensive au sommet du chemin, ce qu'est la fleur sans baisers du soleil, les bois sans l'allégresse arrimée aux huiliers par les Vents oiseleurs, l'amour sans confiance et les nuits... sans caresse !

UNE AUTRE JEUNE FILLE

Il y a des Voiles signalées au Sud.

Les Chrétiens sont montés au Calvaire et ils ont dressé, vers la grande mer, une Croix qui scintille au soleil.

HALWART.

Ils savent ce qu'ils font. Sur les flots déchirés, comme un phare imprévu, s'allumeront ses ailes. Qui la reconnaîtra sera sauvé par Elle. Car moi je vous le dis : » Espérez ! Espérez ! »

LES JEUNES FILLES

« Espérez f. . Espérez !. . »

UNE JEUNE FILLE

Les Dragons, qui reviennent, nous ramènent donc les Pardons et la Paix ?

HALWART.

S'ils n'ont point éi leurs bords les runes équitables, le Gouffre, en ses remous, les tiendra sans pitié !. . Votre mère l'a dit : « Dans le Temple, priez ! » Que les Temps annoncés s'aurorent charitables.

UNE AUTRE JEUNE FILLE

Les prières de nos cœurs et de nos lèvres sont pour Ceux-tà. LA MÈRE.

Chante à la Prêtresse élue, 6 Poète clément, Scalde des Charités bienfaisantes et des joies unanimes ; sans doute tes chants qui s'élèvent ici comme des phares magnanimes, éclaireront les yeux de Ceux qui nous commandent et les Marais seront Libres et Déserts...

HALWART.

Oh mère ! oui je les ferai : « Libres et Déserts!.. » Maintenant laissez- moi ; utiles sont ces fers et j'ai besoin de vivre encore avec moi-même. Sous ces dômes, Avril dit son troublant poème ; évitez les ravins et les sentiers pervers.

LA MÈRE

Qui nous mènera vers la Vérité ?

HALWART.

Une est ta Vérité malgré tous les mensonges, mais pour aller vers Elle on cherche le chemin : l'un prend celui qu'il voit, l'autre celui des songes. Allez, ce que voici peut n'être plus Demain.

LES JEUNES FILLES

Nous voulons marcher avec toi, conduis-nous par les routes. HALWART.

Où conduisent-elles, les Routes ?

vers le Repos ou la Déroute ou l inextinguible Clarté?

Où conduisent-elles, les Routes ?

vers le Néant ou vers la Vérité ?

Les Loups !. . Voyez donc /. . Là, que de sanglantes traces !. .

LES IARLS aux femmes effrayées.

Folie !

HALWART.

Ils sont ici. Dans les taillis, ils passent. Toutes les Femmes fuieut en criant : <r Les Loups ! »

HALWART.

Les voilà bien ainsi que nous les connaissons

avec leur sens fragile et leur cœur magnanime,

ce cœur qui les entraîne au dévoûment sublime

et ne peut les sauver des subtiles frissons

de la faiblesse !.. Un Loup !.. Quel horrible Symbole

de révolte et d'outrage aux droits, aux lois, aux dieux !

Et quels joyaux d'effrois sertissent l'auréole

à leurs fronts courroucés !. .

Odoswal et ses Gueux ont quitté leur demeure aux Entraves fétides, lis vont autour de nous, dans les parfums humides des buissons enchantés par les matins vermeils, attendant le signal des flamboyants réveils...

Il va vers un laillis sur lequel il se penche.

Odoswal ! Est-ce toi !.. Dans les ronces perfides où brillèrent tes yeux, écoute...

DES VOIX au loin.

HALWART.

Si ma trompe a clamé d'inexorables transes, lâche la meute folle et lâche les Vengeances, soucieux des Enfants, des Femmes...

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