LES VOIX
HALWART.
Malheur sur tous les dieux et sur tous les emblèmes ! Oui, ehaute ta chanson, ô noir Coq hivernal ! Ft vous, Filles dHéla, chantez vos ialèmes : Sangahall au Triomphe ouvre son huis royal et je suis la Tempête...
Il s'interrompt soudain et son geste s'arrête : ses yeux rivés aux profondeurs des bois s'imprègnent de sérénité ravie.
Élisiff, précédée des Trois Fileuses, traverse la forêt, en gravissant les sentiers vers le Temple.
Oh ton front radial dressé comme un lys blanc au fronton des broussailles ! ton beau front pacifique ainsi que les murailles du Temple Saint ravi, ce jour, à tes Souhaits ! 0 pure, ô souveraine Image de la Paix, Vierge des si simples prières qui s élevaient, le soir, comme l'encens des encensoirs, pour calmer mes Colères!..
Il tient les bras tendus vers la Jeune Fille, tandis que les voix lointaines clament : « Sangahall ! »
Enveloppé de lumière bleuissante, se surélève sous le dôme des antiques chênes :
Sur la statue d'argent du dieu de la Lumière, la voûte semblable à un bouclier renversé développe une longue perspective de hautes colonnes de cuivre doré.
Autour de l'autel cerclé d'un rempart de flammes, trois théories de Vierges au corsage d'or, à l'abondante chevelure blonde épandue sous les heaumes étincelants.
Aux troncs des arbres épanouis, couverts de fleurs virginales, brillent les Trophées d'armes et les boucliers d'azur historiés de runes nombreuses.
Answalda est debout sur les marches du Temple ; La foule massée au devant.
Tous ont les yeux tournés dans la direction de la mer d'où s'élève la voix du veilleur.
LE VEILLEUR SUR LA MER
Voile à l'Ouest !
LA FOULE
Ouest !
LE VEILLEUR SUR LA MER
Vire de tribord.
ANSWALDA.
0 voix des Tours d'airain préposée au rivage dis-nous : les vents ?
LE VEILLEUR SUR LA MER
Met le cap sur le Nord.
LA EOULE.
Ses feux ?
LE VEILLEUR SUR LA MER
Son fanal au sillage a des rais verdoyants.
LA FOULE
Son nom ?
LE VEILLEUR SUR LA MER
Azur à ses cordages, boucliers à ses flancs.
Hisse aux épars le pavois dabordage.
ANSWALDA se tournant vers l'autel.
Nos Dragons triomphants !
LA FOULE les bi •as levés vers l'Idole.
Balder est notre dieu.
ANSWALDA.
Sa gloire rayonne aux cieux sertis de moire comme un soleil majestueux.
LA FOULE litaniant.
Balder est notre dieu !
ANSWALDA.
Avril nouveau verdit la terre, emplit Sangahall du mystère des rayons charmeurs de tes yeux.
LA FOULE
Balder est notre dieu !
Que brillent les runes des Fées dans le pur azur des Trophées, nos serments sur leurs disques d'or !
Et, dans l argent de son sillage, triomphant des pièges du sort, rentrent joyeux, en notre Port, le vert Dragon aux bleus cordages et notre Roi Victorieux...
LA FOULE
Balder est notre dieu !
Halwart entre dans la clarté du Sanctuaire. HALWART.
Les temps vont s'accomplir et chaque heure a des ailes et je marche à grands pas, portant mon lourd Fardeau, comme le voyageur qui descend les ruisseaux vers l'implacable but : la Mer, où s'amoncellent, libres de leurs devoirs, les fleuves et les eaux...
Il fend la foule et s'arrête sur la première marche du Temple.
HALWART.
Blessée est ma panure âme et Doute est sa blessure,
eselave aussi ton cœur qu'un faux charme pressure,
esclaves tes désirs, ta prière, tes vœux !
Où s'en ira la Nef sans pilote et sans voiles?
et pourquoi si ton Christ dispose des étoiles
brisa-t-il point ta chaîne et leur haine et les deux !..
Élisiffl... Élisiffl...
ANSWALDA.
Que ta voix pleure,., abjure !..
HALWART gravissant les marches.
Élisiffl... Élisijf!...
ANSWALDA s interpose
Elle ri entendra pas!..
Souiller as-tu ee temple ignoré du parjure ?
HALWART revenant vers la fonte.
Je boirai, dans ce jour, la coupe du trépas
si contre ses secrets vaine est la Force humaine,
le Vouloir de ma haine ou les Vœux de l'amour...
Pauvres fous qui m'avez ainsi couvert de chaînes !..
Voici donc Sangahall, ses antiques parvis
et des dieux fastueux les autels asservis !..
N'est-ce pas le Jour des Symboles
où la vie abondante aux sentiers verts
dompte le frimas des hivers?
N'est-ce pas le seul Jour des voyantes Paroles ?
et le Jour des Chrétiens qui s'en vont promener,
par les champs refleuris, leurs bannières fleuries!..
Qui m a dit avoir vu sur les cimes hardies,
vers l'éternelle mer, une Croix s'élever ?
et des Yeux suppliants dans l Attente anxieuse 1
de jeunes Yeux meurtris des larmes du Désir ?
des Yeux ouverts aux Lueurs radieuses ?
de pédes Yeux vieillis creusés de Souvenirs ?
(s adressant aux Iarls.)
Ces deux nuits, opprimé par la fatale chaîne,
Vieillards, péniblement je traîne,
aux douloureux chemins
parfumés de nouvelle vie,
la pitoyable Offrande... et ma Folie.
Ce que vaut aujourd'hui,., ce que seront demains :
qu'importe au sacrifice ?
A ma lèvre un Désir, soyez propices :
« J'ai soif. Brisez ces fers et rendez-moi mes Mains ! »
L'AÏEULE
Que longtemps mes tristes doigts ont brode sur l étoffe les
grands lys brisés !
Ecoute sa prière, Reine, et uois dans les profondeurs de
ses paroles !
Les poètes, comme les moribonds, ont la prévision des choses ;
leurs dires sont la préparation des actes qui aviennent. Ecoute sa prière, Reine, et vois dans la profondeur de ses paroles !
UNE JEUNE FILLE
Que nous comprenions ce qu'il veut, que nous souhaitions ce qu'il souhaite, que nous vivions les rêves qu'il suscite dans nos âmes, qu'importe !
Il fut toujours bon pour nous et pour les autres ; l'Age où
il vécut restera dans la maison du Souvenir.
LA MÈRE
Son Verbe posa ses lèvres chaudes sur nos matins désolés; elles les fécondèrent de courage et d'espoir.
Que les caresses des Vents printaniers, Reine, ô Reine des Volontés d'airain et des Vertus altières, avec le retour des Dragons et des Héros, annoncent à Tous la Paix du soir prochain, la Joie des nuits peuplées et ces Charités unanimes qu'il chanta, si souvent, sur nos seuils solitaires.
Fais cela, Reine, ô Reine des Volontés d'airain !
UN IARL.
Ce Jour sera marqué dans les Sagas.
Notre Roi va franchir le Golfe des Détresses et tu lui
préparas ici le festin nuptial et les Chants solennels. Si tu veux l'Union de Tous, dans la joie de ces fêtes,
dis à cette heure, toi-même, la Parole surprise ci nos lèvres
sur la lande, dans la nuit du Conseil.
ANSWALDA
Donc qu'il aille aux Marais du Niflheim, loin de nous. Les chaînes tombent.
Aussitôt délivré, Halwart bondissant parcourt les bois qui entourent le Temple mêlant les cris de sa voix mordante aux sonneries furibondes de la trompe.
HALWART.
Sonnez la meute !
Armez l'émeute !
Sus à la bête, alerte à vous !..
(à la foule )
Dites-moi si ma trompe a de vibrants courroux !.. Que loin on peut l'entendre !..
ANSWALDA.
Une angoisse m'assiège.
HALWART.
Que Balder se réveille aux éclats de ma voix!..
LES IARLS.
Folie a pris son corps.
ANSWALDA.
Armerait-il un piège ?
DES JEUNES FILLES
Pourquoi veux-tu nous livrer aux effrois ? Dis-nous plutôt des runes de lumière !..
HALWART.
(aux Jeunes Filles.)
Surtur gronde et sa houle comme ceux d'un serpent déroule ï ambre fumant de ses anneaux.
Pour chaque larme qui s'écoule aux cils blonds de vos yeux si beaux je me ferai mille flambeaux du tronc des chênes...
Et resteront les seuls ormeaux
rêveurs sur le bord des fontaines,
et vous irez attendre là,
avec des fleurs d'or vos mains pleines, m
Celui qui pour vous reviendra
du lourd brouillard des noirs Domaines.
[aux Iarls.)
Qu attendez-vous, Vieillards?., qu'espèrent-ils vos yeux! Laissez approcher ces Enfants avec leurs Vœux !
Car je vois qu'à vos lèvres tremble, tel un serf évadé, un Mot que le silence semble avoir longtemps gardé.
J'en gardais Un moi-même : il sème la tempête. 1
Or, je rêvais de paix, d'amour, d'humaines fêtes ;
Et depuis ce Temps d'autrefois
je vais chantant des mélodies,
baume aux plaies de ma folie ;
Et depuis ce Temps d'autrefois,
par les vallons et par les bois,
sur le seuil des maisons désertes,
j'ai chanté des runes de Foi,
pour éveiller les cœurs inertes ;
fai chanté des runes de Foi,
appris (i dire des prières,
pour briser les Portes de pierre
qui ferment l'âme de vos Rois !
Elisiff, sous le voile magique, vient au Temple suivie des File uses.
Elle passe, sans voir Halivart, ni personne.
Alors que la Vierge gravit les marches de marbre, Halivart
fouille son vêtement sur sa poitrine, en relire le Crucifix caché, et s'élance devant Elisiff.
HALWART.
Un charme à leur Vouloir perfidement t'enchaîne, te lie à ces autels comme un lierre à son chêne !.. Par ton Dieu n'entre pas! Voici sa Volonté, sa Force, sa Lumière, et je suis la Prière qui brisa les vieux murs et leurs portes de pierre : Elisiff, n'entre pas !
La Vierge faisant un violent effort sur elle-même, se soulève dans un spasme douloureux vers le Crucifix.
Le manteau tombe.
ÉLISIFF.
Christ est ressuscite.
Mais prompte comme le rapide vautour, Answalda saisit le Symbole aux mains d'Halwart.
ANSWALDA.
Pâte crucifié, insulte à nos croyances,
je puis donc te traiter au gré de ma vengeance
et te livrer, ainsi cloué sur ton bois noir,
aux feux de Sangahall ! Enfin je pourrai voir
s'abîmer dans la flamme inextinguible etfière
ton front, tes flancs, ta chair, tes os, cendre éphémère !..
Elle le lance dans les flammes qui entourent l'autel de Balder.
Les flammes s'éteignent, l'obscurité envahit la Forêt. Le Crucifix s'est redressé flamboyant .
Debout il projette autour de lui des rayons de clarté merveilleuse.
Et toutes les fleurs des arbres se détachent ;
Et lentement, leurs pétales blancs s'effeuillent en pluie scintillante comme une neige au soleil de midi.
Les Jeunes Filles, les Enfants se pressent contre leurs mères ; Elisiff et Halwart sont réunis dans une même exaltation.
ÉUSIFF et HALWART.
Les fleurs de Pâque !