‹ SangahallChapitre 2 sur 25 · PRÉLUDE · texte numérisé non relu

PRÉLUDE

En un Burg vétusté :

la salle héroïque d'un chef de clan ; architecture grandiose mais bizarre.

Le long des murailles, de lourds piliers de pierre où s'appendent des heaumes, des armures, des boucliers, des têtes de loups et de dogues.

Sur les sièges, par terre pêle-mêle, des objets variés : butin des multiples pillages d'autrefois.

Dans un recoin, le métier à tisser.

Halivart traverse la salle enténébrée.

HALWART.

Les murs ont leur mystère aussi bien que notre âme Pour qui ne scrute pas les secrets lendemains, l'existence s'en erre au hasard des chemins comme une feuille inerme au are du vent qui clame dans les nais désertés... Le feu contient la flamme et le Verbe contient les actes éi venir : aimer nous dit la haine et naître... le mourir !...

Or mon cœur se soulève ainsi le flot sonore hissant aux rocs abrupts ses remous orageux. Vais-je éi la nuit sans fin ? Vais-je au soleil qui dore le renouveau des bois et les sommets neigeux ?

Rune (V que j'ai surprise, oh combien ma souffrance conjecture, à cette heure, en visions de feux,

flj Voir les Notes ri la lin rie l'ouvrage.

sur ces vieux murs muets, si longtemps glorieux, la Paix des temps cléments, des temps de délivrance ! En instaurant son Christ, c'est le salut pour Faix, pour Eux, les Opprimés, dont l'espérance fière, avec des mots sanglants plus forts que des prières, levait la Charité contre ïorgeuil des dieux, la Charité sereine et que des lois frivoles retenaient enchaînée aux socles des idoles : la Charité pour tous /...

Tes hauts murs crénelés béitis de morgue et d'arbitraire, vieux Burg au silence de pierre, en leurs enchantements vont bientôt s'écrouler ! Si l'on n'écoute ma prière, si ta porte est fermée éi l'Espoir, vieux Burg, avant de ternir la puissance, entends, ce dernier jour, s'exhaler la souffrance cl clamer la douleur dans les affres du soir...

// ouvre la grande et massive porte.

Au dehors :

c'est la terrasse entourée d'un mur crénelé en ruines, d'où se peut voir la mer ;

c'est la ligne ininterrompue des cimes neigeuses et des versants couverts de frondaisons nouvelles;

c'est le flamboiement du soleil au couchant, dans une triomphale apothéose, dont les jets incarnat et or ruissellent sur les armures étincelantes de la salle héroïque.

HALWART.

Gloire!.., Clarlé !... Splendeur /... Lumière! L'astre unique s'enivre au banquet somptueux '. Nouveaux ris joyeux de la terre ; premiers baisers d'Avril et ses premiers adieux !...

Emprisonnée en ses falaises,

ht mer ici se brise à sa grève d'argent ;

les mouls, aux halliers verdoyants,

dressent de noirs remparts à ees rouges fournaises

qu'allume l'Infini sur le seuil des néants !...

Là-bas, le Niflheim <v nauséant, la Cité noire et lourde et ses brumes mauvaises où les Loups exilés rodent en attendant l'Heure insurgée... et libre!... et lente!...

0 jour qui pèses sur mes sens inquiets, sur mon Vouloir ardent, sois maudit! Car je souffre à te voir, ô Lumière, et j'aspire à jouir de la défaite altière, victime de la Nuit qui traîne, par l'azur, son blanc symbole pâle et froid comme ces murs...

Rentrez dans la ténèbre, ô sites enchanteurs , retournez au silence, orbes d'or et menteurs mirages de la joie, illusion hautaine ' Eteignez-vous, soleil et majestés du ciel ! Dormez, géants ! dormez, mortels et dieux ! Sommeil en son néant vous tienne et que l'ombre sereine du mystère soit avec Nous...

Les flamboiements du soir s'éteignent.

Lointaine me nt, une clameur douloureuse, poignante : ainsi la voix des vents d'hiver s engouffrant aux crevasses des rochers dans les vallons.

Halwart saisit sa corne.

Trois fois il sonne une fanfare brève, impérieuse, et le silence s'établit profond.

HALWART.

Le temps fuit comme l'aigle ! Odoswal et les Loups ;'v la montée flambante et l'éclair des courroux amoncelés

Passez, torches incendiaires, sur le Temple égoïste et ses dieux abhorés : le vent des ouragans emporte les poussières ! Passez ! pour que les cœurs enfin régénérés s'en aillent librement sous un ciel de lumières.

Quelques dernières sonneries se répèlent au loin comme un écho.

HALWART.

Ululez vos désirs ! Oui, les poils hérissés,

0 Loups, oh pauvres Loups ! votre meute s éveille !

Lœil rouge au noir des bois, sur vos jarrets hissés,

attendez l'Heure grande... oui, veillez,... moi ? je veille....

La force est de se taire et le recueillement

prépare éi l'action ; donc attendez : je veille !

Nul ne sait d'où il vient ni pas mieux où il va. On prie, on maudit, on espère... et s'en ira notre être inassouvi... toujours... vers le mystère... Où fini notre rêve ?... Où trouverai-je enfin, après l'Effort ardu vers l'idéal Destin, pour mon âme et mon corps surchargés de colère en ce monde inquiet... la reposante pierre ?

Il s'assied absorbé dans sa méditation.

Dans le même Burg vétusté, Halwart assis reste absorbé.

Au dehors, harmonieuses et distinctes, psalmodient les orgues d'un monastère voisin....

Answalda impétueusement survient au mur crénelé, agitant ses bras avec colère.

Puis elle envahit la salle où se répand aussitôt une lumière tamisée, comme incertaine.

ANSWALDA.

0 haine ! haine ! haine ! ô Christ mort que je hais ! Loke (Z) dévore un jour ta croix et tes paiais.

HALWART.

Comme un chant de combat !. . Reine, sois saluée. ANSWALDA.

Toi ? tu inas bien servie !. . Elisiff est allée, sur les marbres chrétiens, courber son jeune front au pied du Crucifix,., devant la pâle hostie !.. Ce soir de mon attente, où les vœux de ma vie se doivent accomplir, j'en ai subi l'affront ! Et tu ne réponds rien ?... Ardeur abâtardie, que fais-tu là ? Rivés au dalles du parvis, qu'espèrent-ils tes yeux ? les membres asservis ?

HALWART.

N'as-tu pas invoqué le dieu de l'incendie ?

J'invoque aussi ton cœur. Quand le jour triomphal se lève, qu'au donjon du vieux Burg ancestral va flotter des Vikings le gonfanon royal,

l'héréditaire azur au vaste écu de moire ; quand déjà son éclat rayonne notre gloire des Falaises de marbre éi la Frontière noire...

HALWART.

... où l'on grince, où l'on pleure, où l'embrun des marais

enserre en ses mortels replis, comme en des rets,

les seuls vrais d'entre nous qu'ont frappés vos arrêts...

Car ces Loups, dis-le moi, ne sont-ils pas nos frères ? Ne sont-ils pas du sang des altières tribus qui menaient leurs Dragons jusqu'aux ardentes terres du ciel asiatique ?

Et nous les avons mis, ces Loups impétueux, aux verbes charitables, suppliant la pitié pour les clans misérables ; et nous les avons vus, condamnés par les rois de ce Burg ancestral, — ruines et chimères ! pour la Frontière noire, abandonner leurs mères, leurs femmes, leurs enfants, leurs troupeaux cl leurs toits...

Je bénirai ce jour, si lu dis qu'on leur donne un peu de cet azur dont l'éclat t'environne,., t'aveugle bien aussi ; un mol suffit : pardonne !

ANSWALDA.

Jamais ! — Sur toi, malheur ! et sur elle et sur eux, si, parjure, Elisiff acceptait le baptême...

Malheur sur tous les dieux et sur tous les emblèmes !

ha reine prenant à la muraille le Bâton des Convocations de l'Assemblée le présente ét Halwart.

A NSW AU) A.

Assemble les Iarls. 'v

HALWART.

Cette nuit ?

ANSWALDA.

Je le veux.

HALWART.

De grands vols noirs sur les charniers des plaines mortes/. . Avant que d'achever ton œuvre poursuivi, — car on ne peut savoir, — regarde bien les portes : où se dresse l'embûche ? où rampe l'ennemi ? {5J

ANSWALDA.

Assemble les Iaiis.

HALWART.

Or, j'ai vu sur ta couche issant comme un serpent du cimier des brouillards, l'hiver, f ai vu surgir un long éclair farouche...

ANSWALDA.

Un rêve ! une folie / Assemble les Iarls. HALWART.

J'ai vu rongeant les ais, les ferrailles, les sièges, un ours brun cette nuit...

Qui s'effare d'un bruit

fait des réalités avec les sortilèges.

HALWART.

J'ai vu planer un aigle, el nous étions sanglants...

ANSWALDA.

Présage un sacrifiée...

HALWART.

Odin le soit prospice.

ANSWALDA.

Assemble les Iarls.

HALWART.

Tu seras bien servie.

H prend le Bàlon des Convocations et va pour sortir.

ANSWALDA.

H faut une victime éi nos dieux vigilants, une Prétresse aussi, demain...

HALWART.

ou l'incendie ?

Il sort.

ANSWALDA.

Pardonner ! pardonner aux Loups, nos ennemis ! autant livrer le trône et ses destins suprêmes à leur délire ; autant nous condamner nous-mêmes aux Marais nauséants où l'orgueil les a mis... Gloire, puissance à Vous si la vague propice, fiers Vikings, ramène vos Dragons <G' ...

A pas lents, le reptile du doute en moi parfois se glisse ; mais il s'envolera quand tes baisers brûlants, à mon Roi, brûleront mes lèvres maternelles. Pour soumettre l'erreur, j'ai mon cœur et ma foi, et les charmes secrets que ma mère autrefois remit à ma tendresse... A tes désirs fidèle, pour garder Elisiff, je la voue à nos dieux : tel sera le décret des Iarls et ses vœux. Gloire, puissance à Vous ; aux Loups les anathèmes dans la mort infertile au profond des marais...

Au pied de la terrasse passe une procession qui rentre au monastère.

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