‹ SangahallChapitre 5 sur 25 · LES TROIS FILEUSES · texte numérisé non relu

LES TROIS FILEUSES

Connais-là ; garde-là.

Elles s'approchent pour enfermer la Jeune Fille dans les plis multiples du voile.

S* interposant, Halwart, d'un coup formidable, piaule son pie dans le sol, entre Elisiff et les Fileuses, qui se retirent et disparaissent.

ÉLISIFF.

Halwart !

HALWART.

Élisiff!

ÉLISIFF.

Halwart !

HALWART.

Élisiff!

ÉLISIFF.

Halwart !

HALWART.

Qui les conduit également nous mène.

La Vie est un chemin piaulé d'ombres, d'effrois,

le soir ij est perfide et le matin sournois...

Ce fer a détourné la Pensée inhumaine :

détourner ai-je aussi les destins oppresseurs ?

ÉLISIFF.

Halwart !

HALWART.

Pourquoi quitter les bois où vont nos sœurs séplorant de ta fuite ?

La jeune fille tressaille et ses regards s'extasient à l'écoute des Chants que décrit sa parole.

ÉLISIFF.

Au merveilleux Symbole s'en va mon cœur épris incarné de désirs ; la Foi le surélève aux mystiques coupoles où plane la Parole

séraphique et troublante... Or, en ses souvenirs,

comme un chant d'allégresse,

une incessante Voix me berce et me caresse

de ses doux accents familiers :

on dirait la Voix des fontaines

se glissant des roches lointaines

sous la mousse des verts halliers ;

on dirait un vol de mystère

chevauchant d'irréelles terres

ainsi qu'un divin chevalier...

Et la plaine s'irise enchanteresse,

l'azur frissonnant s'ouvre et, par les Infinis,

loin je vais... loin !.. jnsques aux Paradis

harmonieux, remplis d'ivresse sans détresse...

HALWART.

Détresse, Enfant, sur terre et dans les deux, si tu n'entendais plus cette Voix qui murmure les Mots qu'a révélés l'exorable nature à ta vision sainte !.. 0 vous, champs radieux des orbes d'or, sommets, fiers remparts de verdure, dressez le Sanctuaire où chantera l'Amour !

ÉLISIFF.

Dressez le sanctuaire où chantera l'Amour !..

Là, Hahvart, une Croix étend ses blanches ailes

de Miséricorde infinie ; et pâle, et grand,

un corps crucifié dont le cœur est sanglant ;

des mots, prière douce aux lèvres des fidèles,

recueillis par les soirs

avec l'encens des encensoirs,

volutes parfi un ées,

insurgent les nefs enflammées.

Et s'anime l'autel du sacrifice saint

en la calme grandeur des majestés sereines :

l Homme-Dieu vit et meurt, holocauste divin,

pour les Rédemptions, les Trêves souveraines...

Là, dans l'or rubescent d'un somptueux vitrail

qui scintille aux clartés des mystiques étoiles,

la Vierge maternelle, en ses doigts de corail,

tient un petit Enfant azuré d'un long voile...

Et plus que les lointains pourprés aux tons vermeils,

les yeux de cet Enfant sont comme les soleils

des soirs majestueux : dans leurs calmes prunelles

un Regard infini de grâces éternelles ;

H est toute lumière ; Il est tous les pardons,

la Grandeur, la Bonté, la Beauté qui s'ignore.

Avec la Paix, ses mains épandent des rayons

telle une Charité surgissant de l'aurore

dissipe la terreur sur les Septentrions

que frappait de son aile agitée et sonore

l'Ange de la Tempête... Et j'ai prié son Nom

pour qu'il dissipe, en toi, la Tourmente...

HALWART.

Enfant, non, dans le Passé, bien loin, sont mes folles ivresses !.. Je nai plus souvenir des jours où ma Rudesse de la mer déferlée a ffrontait les grands flots, brisait comme un roseau le tronc des chênes, ou tel un ouragan que Thor!S) déchaîne dévastait les couvents, les parvis, les îlots... J'ai couru sans merci les vais aux pics sauvages ïété, l'hiver, éi l'est, du sud au nord, partout, le corps ensanglanté de la tête aux genoux et j'ai vécu longtemps enivré de carnage à tasser dors ouvrés la cale des Dragons : tel s en allait Halwart, tels ainsi nous allions, quand ta voix d'oiselet dispersa la tempête, fit de mon âme rude... une Ame de poète...'91

ELISIFF tirant un crucifix de son corsage

Une âme de poète !.. Une âme où luit la Foi !.. Mets le charme en mes yeux, enchante ma parole, une âme de poète ! ô merveilleux Symbole, pour la gagner à Toi. la conserver pour Toi !

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