H MAX ART
Quand des cris suraigus j)iiis des larmes, des plaintes suscitant les échos au fond des bois sacrés, proféraient quElisijf a franchi les enceintes, moi, j'ai fouillé l'autel des sacres préparés ; et j'ai fouillé des dieux, les rétables de marbres, f ai fouillé les forêts demandant leurs secrets
aux pas dans les sentiers, aux ombres sous les arbres... Je nai rien entendu que les pleurs de ma voix...
ÉLISIFF lui présentant le crucifix.
Je t'aime... si tu crois.
HALWART.
Je crois que ta croyance, ô juvénile femme,
blanchit l'aube nouvelle à l'horizon nouveau,
ensoleille mon âme au soleil de ton âme
et dit quel feu s'allume au foyer de ta flamme
et dit, scalde céleste, harmonieux oiseau,
les poèmes cachés que chante le ruisseau ;
et dit, au fond des soirs, le mystère des choses :
mystère de la fleur d'où germera le fruit,
des grains tombés de l'arbre issant bois grandioses
et pourquoi je te cherche aux chemins de la nuit !
Car longtemps je t'aimais avant de te connaître
et le pressentiment avait soumis mon Être,
bien avant qu'il les sût, aux Désirs de ton cœur...
Pour apprendre à t'aimer, j'ai chanté la nature,
béni la charité, maudit qui nous torture ;
pour instaurer ta Foi, je m'en irais, vainqueur, rougir de tout mon sang l'autel du sacrifice préparé pour les dieux de l'Antique Édifice ! Mais donne ce Symbole, angoisse pour ces lieux, et garde les pensers qui brûlent tes prunelles, ouvrent pour s'envoler leurs innocentes ailes, garde-les Élisiff !... et garde-moi tes yeux /...
// prend le crucifix, le cache dans sa tunique sur sa poitrine.
ÉLISIFF.
Garderais-tu les tiens si les Splendeurs du monde mentaient à leurs regards ? Si mon Poète ment, le soleil ment au jour que sa lumière inonde, impeuplée est la nuit, morose le printemps...
Ce disant, Elle a pris Halwart par la main.
Elle le mène vers un banc de pierres moussues à l'entrée de la baie sur la terrasse.
Une étoile filante traverse le ciel.
HALWART.
Tous ces champs constellés l'horizon sans limite moins profond pour notre âme où le Désir s'agite, que pour cet astre-lét... du ciel précipité... Quelle révolte et quelle rage, ô Volonté ; si près du But rêvé, si loin de la matière, être arrêté sans force et retomber sur terre !..
Vaste seuil de l'espace !.. ô beffroi férial !..
Absorbés en eux-mêmes, tous deux se sont assis.
En ce moment, l'astre d'argent sadle par dessus la ligne noire des hautes cimes.
Au milieu des nuages qui se brisent, se disloquent et fuient, il inonde le vieux Burg extérieurement d'une clarté discrète, enveloppante.
HALWART.
Oui, j'entends murmurer le doux parler des choses, passer comme un soupir de lèvres qui se posent sur les lis blancs gemmés aux rayons matinals : soupirs de notre Esprit vers les aimes clartés,., l'azur des profondeurs,... vers un Amour suprême... Serait-il doux de vivre ainsi,., toujours ;.. Je t'aime ! L'amour verse, à nos cœurs, ses baumes enchantés.
Ils sont maintenant comme extasiés, dans les bras l'un de l'autre.
ÉLISIFF.
Laissons nos cœurs épris aux charmes de leur rêve
par l'au-delà voler, réunis envolés
loin des chemins brumeux, des chemins aveuglés,
à cette heure où tu crois, où mon Bonheur s'achève...
Car nous avons franchi les torrents, les buissons,
sans briser notre chaîne,
buvant aux urnes pleines
la divine Chanson
des unions sereines.
Maintenant qu'Ici-bas l'exaltante chanson de saave paix souveraine,
chante, nous voguerons, par les humaines plaines vers la Pâque fleurie et F unique Clarté sans blessure et sans heurt jusqu'aux célestes plaines de l'éternelle Joie et de l'Éternité.
HALWART.
0 Nuit, calme des nuits !.. Tes cheveux que je touche ! et la mer éloilée où se mirent les deux ! la grande mer berceuse !.. Avril silencieux qui s'éveille et frissonne aux dires de ta bouche cffluant, sur mon àme, en mots harmonieux !..
0 Nuit, calme des nuits!... Et la vague est propice et des enchantements planent sur l'Univers ! et rien autour de nous que nous... et les déserts !..
Chère extase de l'heure où ma lèvre, 6 délice ! dirait jusqu'au glas de la mort en ce silence introublé de détresse ion nom qui m'enivre et caresse comme un vent parfumé la forêt qui s'endort ! Élisiff !.. Élisiff...
Un long silence.
La jeune fille se laisse glisser au pied de Halwart.
En priant, elle joint ses mains dans ses mains, et le poète soumis répète mot à mot la prière.
KLISIFF.
Joins tes mains à mes mains priantes
vers les portiques étoiles ;
ton verbe à mon verbe scellé,
unis sous les lueurs riantes
de l'astre aux cheveux blonds,
ta lèvre aspire sa prière
au calice de ma prière,
prions :
« 0 Père,
« qui régnez dans les cieux, « votre Nom glorieux « soit béni sur la terre ;
« donnez-nous notre pain, le pain de chaque jour,
« le pain du corps, le pain de l'âme ;
« gardez-nous du Séjour
« de l'éternelle flamme :
« et pardonnez, Seigneur, comme nous pardonnons... »
HALWART.
... pardonnez...
Une i rompe sonne plaintivement aux profondeurs des vais obscurs.
Interrompu dans sa prière, Halwart brisant l'extase se dresse violemment.
HALWART.
Pardonnez !. . Elles sonnent Misère les sombres voix d'airain; misères de la terre, misères de qui souffre à nous tous qui souffrons. Eh! Je rêve de paix, moi, qui suis la Tempête!
Tes mots révélateurs, disant la charité,
tant rayonnaient de grâce et de joie et de fête
que j'oubliais par eux l'âpre Réédité.
L'aigle échappé des fers dit la Vengeance altière
alors qu'il fend la nue en narguant le soleil,
ce flambeau qui s'éteint, le soir, dans la prière
et qu'allume l'aurore au tragique réveil.
Là-bas la houle gronde, une houle d'esclaves !..
La force consciente a raison du Destin :
suis-je la Force, moi? deviendrai-je la main
briseuse des remparts ? des charmes ? des entraves ?
Ai-je la Foi, crois-tu ? la Foi des âmes braves
qui fait d'un nain d'hier un géant pour demain ?
On s'épuise ci courir vers un but incertain ;
écoute. J'ai ton cœur, ô toi que ma détresse
implore pitoyable au pied de ta faiblesse,
Femme Victorieuse ; ô toi, le guide sûr,
le pilote impassible en la nuit orageuse
que hantent les brouillards, la brume insidieuse,
où s'embusquent sournois les écueils et Surtur...'10'
Voici voguer ma Nef éperdue et sans voile
s'il ne surgit aux deux cette subtile Etoile,
Phare de vérité sur le gouffre béant,
Lumière impérieuse en cet obscur néant
de mon âme agitée ainsi qu'an océan.
Les huis scelleront tes vœux au Sortilège
et tes sens inquiets figés comme une neige
aux froids sommets hautains, ne s'éveilleront j)lus :
sans ton cœur, sans ta voix, sans tes grands yeux émus
comment gagner le Port ? le puis-je ? le pourrais-je ?
Guide-moi donc, Etoile, où je vais sans pitié
rallumer les Flambeaux des Loups qu'ils ont châtiés
et claironner la mort...
ÉLISIFF.
Ce serait sacrilège.
Answalda et les Trois Fileuses paraissent sur le seuil des salles intérieures et s'y arrêtent.
HALWART.
De tous leurs bois trompeurs, je ferai des bûchers Viens, si tu le défends, sous la voûte sonore de l'antre au lii de mousse agrijfant les rochers : dans l'asile ignoré, nous attendrons l'aurore.
ÉLISIFF.
0 mon Poète aimé, ne vois-tu pas là-bas, aux sommets, cette Croix resplendissante, altière , Ne vois-tu pas là-bas qui planent sur la terre, ainsi que des Pardons, ses deux immenses bras ?
HALWART.
Sur tes Temps obscurcis rayonne sa lumière..
ÉLISIFF.
0 mon pacte aimé, je m'en confie à toi,..
Je m en confie à toi, àme ardente, âme jière :
Baptême, aux fleurs de P(hjne, unira notre foi...
HALWART.
Malheur sur tons les dieux ! car je trahis ma mère et les Yikings et tons. Le Thitig (W est assemblé ; Answalda compte bien obtenir de l ivresse versée adroitement au vieux conseil troublé qu'aux fêtes de B aider nv tu deviennes prêtresse pour qu à leur Roi demain...
La main d Answalda s'appesantit sur Halwart, arrêtant la parole révélatrice.
Les Fileuses ont emprisonné la jeune fille dans le voile frissonnant.
Elisijf s'éloigne inconsciente.
Halwart demeure courbé sous la main lourde.
ANSWALDA.
Achève !.. Oh ne crains plus d'éveiller sa raison, ni de cacher ton crime !
HALWART.
Lamentable chimère !.. Ah lamentable abîme de notre âme et de nous !. .
ANSWALDA.
Elle n'entendra plus d'autre Voix que la mienne et Celle qui murmure dans les huiliers verdis, où nos dieux descendus défendent leur Demeure au félon, au Parjure.
HALWART.
Jours rêvés !.. Jours perdus !.. Jours survenus !
ANSWALDA.
Fouille, scrute ces murs et ces dalles de pierre qui savent le jxissé des Vikings, nos héros ; ils vont peser sur toi leur magique paupière comme de lourds remparts à l'âme séculaire : si ton Vouloir les brise... il brise les tombeaux.
Vu coq chante au dehors.
ANSWALDA.
Deux fois il a chanté... traître, trois fois il chante. Elle sort.
Successivement tes portes se ferment avec bruit et se verrouillent ;
Et la grande porte massive de la Terrasse aussi se ferme et se verrouille sans l'intervention visible d'une action matérielle.
HALWART.
Les portes !. . toutes les portes et leur secret.
Certes, comme si l'on frappait
avec de lourds marteaux, les marteaux d'épouvante... Qui veut entrer ici ?. . Est-il quelqu'un qui sort ?. . Les portes !. . Oh toutes les portes closes !. .
Des houles en moi-même et d'effroyables choses !..
Ah ! le coq a chante : J'entends des chants de mort,
la Rune flamboyante et foulante et roulante
la flamme des huiliers en feux
volutant aux troncs résineux
qu'elle ronge tordus dans leur sève brûlante.
Ah ! le coq a chanté : au jeune Avril il chante !..
Ouvre ta vieille porte, ô vieux Rurg enchanté. On n'enclôt pas l'Esprit d'un cercle de murailles :
il abat qui s'oppose, il rit de (jui le raille, ouvre ta vieille porte... Où va la Volonté, il faut la vastitude et la vaste lumière ; brise ton âme, o Burg, ta vieille âme de pierre : Je suis la Volonté...
La porte cède et largement s'enlr ouvre.
Halwart s'affale sur la terrasse irisée des clartés de la lune au zénith.
HALWART se traînant jusqu'au mur crénelé.
0 Nuit, ealme des nuits... Et la vague est propice
et ma lèvre, ô délice !
dirait jusqu'au glas de la mort,
en ce silence introublé de détresse,
un mot qui m'enivre et caresse
comme un vent parfumé la forêt qui s'endort.
Et dans le silence de toutes les choses sa noix appelle : « Elisiff ! Elisiff ! »