‹ Santolius VictorinusChapitre 12 sur 64 · UNO DE NOMINE BINUM · texte numérisé non relu

UNO DE NOMINE BINUM

Ecce LITO SANUS, moriens fortassè locutus Santolius, vivens dixerat : asto Linus.

Tout Santeul est dans ces deux combinaisons.

Quoique les oeuvres de La Bruyère soient dans toutes les mains, cette Étude sur Santeul serait trop incomplète si on ne lisait pas ici le Portrait, sous le nom de TfUodas, qu'a laissé de lui l'auteur des Caractères. On peut être d'autant plus sûr de la

ressemblance, que le peintre, qui avait été le précepteur de Monsieur le Duc, et qui resta jusqu'à la fin de sa vie attaché à ce prince en qualité d'homme de lettres, avec mille écus de pension, fut longtemps le commensal de notre poète , avec qui il se trouvait à Chantilly trois mois de Tannée. Voici ce Portrait :

« Vouiez -vous quelque autre prodige? Concevez un u homme facile, doux, complaisant, traitabie, et tout d^un « coup violent, colère, fougueux, capricieux : imaginez- « vous un homme simple, ingénu, crédule, badin, volage, « un enfant en cheveux gris : mais permeuez-lui de se re- « cueillir, ou plutôt de se livrer à un génie qui agit en lui, « j^ose dire, sans qu^il y prenne part, et comme à son insu : «quelle verve! quelle élévation! quelles images! quelle « latinité ! Parlez-vous d^une même personne ? me direz- « vous. Oui, du même, de Théodas, et de lui seul. Il crie, « il s'agite, il se roule à terre, il se relève, il tonne,, il éclate; « et du milieu de cette tempête il sort une lumière qui brille c( et qui réjouit Disons-le sans figure : il parle comme un « fou, et pense comme un sage : il dit ridiculement des choit ses vraies, et follement des choses sensées et raisonnables : « onestsurprisde voir naître et éclorelebon sensdusein de la a bouffonnerie, parmi les grimaces et les contorsions. Qu'ace jouterai-je davantage? Il dit et fait mieux qu'il ne sait : ce « sont en lui comme deux âmes qui ne se connaissent point, « qui ne dépendent point Tune de l'autre, qui ont chacune « leur tour ou leurs fonctions toutes séparées. Il manque- « rait un trait à cette peinture si surprenante, si j'oubliais

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tt de dire qu'il est tout à la fois avide et insatiable de lonana ges, prêt à se jeter aux yeux de ses critiques, et dans le a fond assez docile pour profiter de leur censure. Je cornet mence à me persuader moi-même que j'ai fait le pqrtrait <f de deux personnages différents : il ne serait pas même im- « possible d'en trouver un troisième dans Théodas, car il M est bon homme, il est plaisant homme, et il est excellent « homme (i). »

À ce portrait morale il ne sera peut-être pas trop superflu d'ajouter quelques lignes du Santoiia/na qui cherchent à faire connaître, autant que possible, l'extérieur de notre poète :

a II était, dit ce livre^ grand et assez gras; il avait le vi- « sage large, les joues creuses, le menton relevé, le nez •( épaté, les narines ouvertes, les yeux noirs et gros, les che> « veux et le poil noir, le front haut, et la tête à demi « chauve. »

n y a en tête d^nn vieux Santatiana de 1722, conséquemment antérieur à celui de Dinouart (1764), un portrait gravé de Santeul, qui non seulement répond fort bien à la description qu'on vient de lire, mais dans lequel aussi un physionomiste attentif et pénétrant reconnaîtrait, nous n'en doutons pas, la justification de tout ce que l'auteur des (7araetèreg a dit du poète de Saint-Victor. Dans la confonnation de ce visage ou retrouverait le triple

(i) La. BRUTiEE, des JugemenU*

mélange, signalé par La Bruyère, de la folie, du bon sens et de la bonhomie. Il n'est pas jusqu'à un cahier que tient Santeul de manière à laisser voir le titre Optra poêtica J,^B. S., où Ton ne sente le poète qui aime à se parer de son œuvre.

Santeul a vécu dans le grand siècle ; il a attiré un instant l'attention du grand roi dont le regard laissait un reflet de gloire et comme le sceau d'une célébrité durable sur ceux qu'il remarquait, comme il pouvait, témoin Racine, laisser le froid de la mort sur ceux dont il se détournait Poète latin à côté de poètes français comme P. Corneille, Boileau, Racine, MoUère, La Fontaine, il a su, sans briller conune eux, n'être pas éclipsé par eux; par la composition de ses Hymnes et de ses Inscriptions, il a contribué à la gloire littéraire, à la gloire religieuse, à la gloire monumentale de la France de Louis XIY : à tant de titres, il méritait que son image figurât dans le dépôt consacré a toutes les Gloires DE LA Frange. Aussi cette image est-elle reproduite deux fois, l'une par le ciseau, l'autre par le pinceau, dans le Musée de Versailles.

Son buste en marbre, par M. Jouffroy, seitrouve sous le n.*" 792 dans l'un des vestibules de l'escalier de marbre, aile du Nord.

Son portrait, par un peintre du X VIL "^ siècle dont le nom n'est pas indiqué, est au deuxième étage, aile du Nord, salle n.» 152. Il porte le n.° 28U.

Nous avons regardé cet Appendice comme le complément nécessaire de nos Études sur le poète Santeul, et nous le produisons ici comme exécution de l'engagement que nous avons pris (page 80) de faire juger cet écrivain sur pièces en recueillant plusieurs morceaux de ses poésies de tout genre, tels que Hymnes, Inscriptions, Épigrammes, Épttres.

En regard du texte latin, nous placerons une traduction en vers. Nous avons trouvé dans des ouvrages anciens cette traduction toute faite , pour la plupart des Inscriptions, par des poètes français contemporains de Santeul, parmi lesquels se trouve le grand Corneille lui-même.' Nous avons cru devoir conserver ces traductions, celles de Corneille surtout, que nous avons prises avec tout l'empressement du respect et sans nous permettre de les juger; d'autres, toutes les fois qu'elles ne nous ont

pas paru d'une prolixité hors de proportion avec la brièveté du texte latin; et nous avons nommé les auteurs de ces traductions au-dessous de chaque pièce. Les traductions qui ne sont pas signées, soit sous les Inscriptions, soit ailleurs et dans tout le cours de ces Études, sont de notre fait, et nous en assumons la responsabilité.

Pour la traduction des cantiques que nous avons extraits de Thymnographie de Santeul, nous n'avons pas suivi le même système ; car nous avions entre les mains la version de Tabbé Poupin, dans laquelle il nous était facile de puiser, et nous avons cru devoir y substituer notre propre traduction.

Nous n'avions pas, cependant, la prétention de faire mieux que Fabbé Poupin; notre vérification sera probablement trouvée inférieure à la sienne; mais, sans vouloir dénigrer nu prédécesseur, il nous a semblé que le traducteur dont nous parlons n'a pas eu, autant que nous l'aurions voulu, le soin de rendre ce qu'on pourrait appeler la manière de Santeul. Le propre de ce poète, dans ses Hymnes, est un emploi fïréquent, il faudrait peut-être dhre continuel, de l'antithèse, et l'abbé Poupin nous semble n'avoir pas tenii compte de ce trait caractéristique dans la physionomie de l*ôrfghiaL

Peut-être l'abbé Poupin s'est ^H conformé aux lois du bon goût en s'efforçant de dissimuler cette profusion d'antitbèsea qu'il pouvait regarder dsms

te poète latin comme un défaut ; mais il nous a semblé qae la mission d'un traducteur était, comme celle d'un portraitiste^ de reproduire, non de rectifier la physionomie, même défectueuse, de son mod^e.

Ce sont ces considérations qui nous ont poussé à tenter une nouvelle traduction des Hymnes qui vont suivre.

Après cet Appendice nous placerons des notes qui nous seront suggérées par plusieurs passages du texte de Santeul, et parmi lesquelles figureront quelques comparaisons entre les productions du Vie* torin et d'autres correspondantes qui appartiennent à des poètes latins du moyen-âge. Nous n'y porterons aucune atteinte au respect que mérite le fond de ces oeuvres chrétiennes d'un temps antérieur; mais on trouvera peut-être à examiner ^, avec une moralité tout aussi irréprochable ( nous mettons de côté toute question de jansénisme et de molinisme), ^ les Hymnes de Santeul ne se présentent pas sous une forme qui devait, sinon les rendre préférables à ce qu'on avait fait avant lui, du moins les préserver de l'exclusion dont les ont frappées les rédacteurs du nouveau Bréviaire. En lisant les Hymnes santoliennes, que nous avons choisies sans aucune préoccupation d'orthodoxie, on verra si notre poète a réellement encouru les graves accusations que ne lui a pas épargnées dom Guéranger, ou si plutôt

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dans ses attaques un peu passionnées contre Santeuly attaques dans lesquelles il nous semble don-

ner aux fidèles scandalisés le triste spectacle d'un prêtre maudissant un prêtre au pied même de Tau tel, pour quelque dissidence sur les termes d'une prière> le R. abbé de Solesmes n'aura pas eu plus d'une fois besoin qu'on lui rappelât cette belle maxime de Saint- Augustin, qu'il connaît mieux que nous : a In necessa/riis unitas, in duhii$ Uéer- « ta$9 in omnihus chariias* »

Nous avons parlé (page 5S de nos Études) d'une critique des ceuvres de Santeul par La Monnoie, critique dont l'abbé de Solesmes s'est fait une arme contre le Yictorin; nous avons dit (page 65) pourquoi nous ne voulions pas approfondir la validité de cette critique : ici nous irons plus loin; à mesure que, dans le texte des Hymnes qu'on va lire, il se présentera un passage critiqué par La Alonnoie, nous reproduirons la critique dans les notes, car nous voulons avant tout nous efforcer d'être im* partial.

POÉSIES EXTRAITES DE SANTEUL

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