‹ Santolius VictorinusChapitre 11 sur 64 · A UES8IEDRS DE SAINT-VICTOR · texte numérisé non relu

A UES8IEDRS DE SAINT-VICTOR

Vous demandez Santeul avec impatience :

Sans craindre aucune résistance, Vous pouvez l'emporter ; il nous importe peu Que son corps nous demeure ou qu'on le vienne prendre.

Il nous a laissé tout son feu ;

Et nous vous en laissons la cendre.

De pareils jeux d'esprit paraissent peut-être aujourd'liui bien frivoles, et nous ne savons trop ce que nos contemporains penseraient de leurs magistrats s'ils les voyaient dépenser leurs hautes facultés dans de semblables compositions. On aurait tort

cepeûdant de juger les auteurs de ces opuscules avec trop de sévérité. Ils vivaient dans un temps bien différent du nôtre. Aujourd'liui le vent qui souffle n'est guère à la poésie^ et nous ne savons puiser nos émotions que dans la inausse ou dans la baisse. Âu temps de Santeul, les esprits, généralement plus cultivés que dans notre siècle^ malgré tout ce qu'on peut dire du progrès et de la diffusion des lumières, étaient plus accessibles aux délicates jouissances de la pensée ; la Soif du gain, qui n'était pas encore devenue endémique ; les prêtres du veau d'or, par qui la France n'était pas menée alors; tout laissait aux imaginations assez de fraîcheur et de loisirs pour de nobles exercices; on n'était pas encore bien loin de l'époque où une puce remarquée sur le cou de mademoiselle Des Roches, et où la main d'Etienne Pasquier, absente de son portrait, fournissaient matière pour des volumes de poésies à une aimable cohorte de personnages parlementaires qui savaient retrouver au besoin les études profondes et les préoccupations sérieuses ; et de graves magistrats ne croyaient pas déroger, ils ne craignaient point de passer pour moins intègres parce qu'ils se montraient gens d'esprit à l'occasion, quand sur-tout le fruit de leurs récréations devait être aux yeux de la postérité un témoignage de la haute estime où ils tenaient le poète Santeul, en l'honneur et sur la tombe de qui Us se livraient à leurs joutes littéraires.

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D'ailleurs les faits qui nous occupent ne se passaient-ils pas à Dijon^ « au sein de la société fort « agréable et lettrée qu'offrait cet illustre parlement ff de Bourgogne (1) ? » N'était-on pas dans le pays de La Monnoye^ le joyeux auteur des Noëis Bourguignons; dans la ville oii déjà l'on voyait poindre Alexis Piron dans la personne, moins compromise devant les scrupuleux, de son père Aimé Piron l'apothicaire, qui était le rival de La Monnoye dans les noëls, la chanson, l'épigramme et les jolis riais? La sève dijonnaise, qui donne à la moutarde son pi* quant et aux vins bourguignons leur montant, ne travaillait--elle pas aussi dans les veines de nos pè^ res, en ce pays et dans ce passé dont l'étude littéraire a fourni, à la fin de ses études savantes et fécondes sur ia Poésie française au XVI.^ siècie, un si agréable chapitre sur VEsprit de Maiice au bon vieux temps?

Aussi est-ce parce qu'elle caractérise tout à la fois une époque et un personnage que nous avons voulu nous étendre quelque peu sur cette dispute entre deux villes françaises du siècle de Louis XIV pour la possession des restes mortels d'un poète latin contemporain de Racine et de Boileau.

Eniin, comme s'il eût fallu qu'aucune consécra-

(i) M. Sainte-Beuve, Tableau de la Poésie française au XVI.'' siècle.

tion littéraire ne fût oubliée pour Santeul^ un disciple de Lycophron^ un de ces embaumeurs de noms propres qui y cherchent des éloges ou des blâmes cachés et mystérieux en en transposant les lettres^ le sieur Nicaise^ ami de notre poète et ancien chanoine de la Sainte-Ghapelle de Dijon, s'empara du scalpel et tenta Fautopsie du mot SantolitM, où il trouva cette anagramme : Lito sanuSf qu'il expliquait ainsi : « Je me sacrifie {iito) à Dieu avec pleine « connaissance (santu) et un véritable repentir de « mes faiblesses. »

D'après le calcul des permutations , les neuf lettres du nom Santaiitts peuvent se combiner de trois cent soixante-deux mille huit cent quatrevingts façons, parmi lesquelles on trouverait peutêtre quelque autre anagramme aussi piquante que celle du chanoine Nicaise. Sans que nous ayons cherché bien long-temps, le hasard nous a présenté une combinaison que, nous n'en doutons pas, Santeul aurait eue pour plus agréable, lui qui se croyait, comme on l'a vu, le premier poète de son temps. Cette combinaison produit les mots : Jsto Limu. Si quelque chose a le droit de nous surprendre, c'est que le poète qui se croyait un linus chrétien n'ait pas découvert lui-même cette devise qui se cachait dans son nom, comme elle était logée dans sa pensée.

 vrai dire, l'anagramme de Nicaise est aussi

juste que nous paraît la nôtre. Si nous avons montré dans notre Étude deuxième S^nteul assez prévenu en faveur de ses propres ceuvres et assez persuadé de sa supériorité sur les autres pour exprimer plaisamment la crainte que ceux-ci ne cherchassent à se pendre ou à se noyer de jalousie^ on vient de le voir, à quelque pages d'ici, mourir dans les sentiments de l'humilité la plus édifiante. Aussi, en nous appropriant le premier hémistiche d'un quatrain dans lequel le chanoine de la Sainte-Chapelle de Dijon employait son Lito sanus, avons-nous essayé de composer, en employant à notre tour notre asto Linus, un distique dans lequel la double anagramme nous parait caractériser singulièrement le poète présomptueux et le religieux soumis et repentant que fut Santeul pendant sa vie et à l'heure de sa mort :

ANAGRAMMA

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