XIII. — Comparaison
Le sujet de la Toussaint avait été traité avant Santeul par un poète anonyme du moyen-âge, que M. Félix Clément a placé dans son Recueil ad usum schoiarum , et dont la composition , intitulée : De omnibus Sanctis, figure dans les Bréviaires romains. Santeul parait avoir eu sous les yeux le travail de cet anouyitie; mais il en a fait ce que font en pareil cas les maîtres : en prenant le canevas , qu'il a étendu et brodé magnifiquement, il en a rejeté toutes les grossières imperfections et y a substitué des beautés de premier ordre. Le chant de l'anonyme renferme six strophes en vers iambiques dimètres libres; celui de Santeul, divisé en trois
hymnes ^ contient dix-huit strophes de quatre vers chacune. La première hymne, du genre appelé dicoios tetrastraphos, se compose dans chaque strophe de trois petits asclépiades suivis d'un glyconique. Dans les deux autres hymnes, qui sont du genre tricolos tetrastrophos , les strophes sont composées de deux asclépiades, d'un phérétracien et d'un glyconique ; et Ton peut voûr avec quelle majestueuse aisance les vers marchent dans ce triple chant religieux, où la minutieuse critique de La Monnoie n'a trouvé rien à reprendre. Dans la composition de l'anonyme, la règle de l'élision est violée ; le poète s'est adonné à la recherche de la rime et des assonances au bout des vers, et c'est sans doute à ce singulier genre de beauté dans la poésie latine que Fauteur a sacrifié la grammaire dans ce solécisme signalé par Santeul lui-même ( page 36 de nos Etudes ) :
Vestris orationibus Nos ferte in coelestlbus.
Quelle différence dans les idées, dans la composition, dans la versification, dans le style et dans la latinité I
Voilà pourtant un des modèles que M. Félix dément propose à la jeunesse I voilà pourtant l'hymne qui est conservée par les Bréviaires à l'exclusion du beau travail de Santeul I
Est-ce que M. Félix Clément^ le protecteur des poètes latins du moyen-âge, et avec lui dom Guéranger, l'antagoniste de notre Santeul, procéderaient de ces théologiens du XYI.* siècle , dont M. D. Misard fait le portrait dans ses Études sur ta Renaissance (page 59) , et aux yeux desquels « il y avait hérésie h écrire dans une latinité littéraire » ?