‹ Santolius VictorinusChapitre 50 sur 64 · XI. — Comparaison · texte numérisé non relu

XI. — Comparaison

Un poète latin du V.* siècle, Sedulius, a traité à peu près Iç même sujet que le Christ souffrant de Santeul dans un cbant qu'il a intitulé : H^mmis

A04 J.-B. SANTEtJL.

tota^m vitam Christi continens, et dont on trouve quelques parties consacrées dans les Bréviaires aux fêtes de Noël et de TÉpiphanie.

L'hymne de Santeul est^ comme celle de Sedulius, en vers iambiques dimètres réguliers ; mais les deux œuvres n'ont pas que ce seul point de ressemblance ; et le Christ souffrant nous parait contenir des réminiscences^ sinon des imitations de l'hymne ancienne. Dès la première strophe ce caractère se manifeste. Sedulius avait dit :

A solis ortûs cardine Adusque terra limitem, Christum canamus principem Natum Maria Virgine.

Santeul dit après lui :

Fas, Christe, mœstis plangere «

Tuos dolores cantibus, Qnos vit» ab ipso llmine Adusque mortem passus es.

Nous étendrions trop loin cette note si nous voulions signaler tous les traits de ressemblance, tels que ce vers de Sedulius :

Senrile corpus induit,

auquel Santeul répond par

Mortale corpus induis;

de même que le

Gasts parentls viscera

de Tun, devient chez Vautre :

Castae parentis ia sinu.

Sedulius, dans sa huitième strophe, rappelle ainsi le massacre des Innocents :

Hostis Herodes impie, Cliristum venire quid Unies T Non eripit mortal^a Qui régna dat cœlestia.

Cet épisode n'appartient pas directement à une , hymne où il est question des souffrances personnelles du Christ, Christo patienti ; mais Santeul se Test approprié en faisant de la souffrance des innocents martyrs la propre souffrance du Christ : qu'on veuille relire, page 3Û&, la strophe

Qui mucro lactentes necat

Il n'est pas nécessaire d'insister beaucoup sur la différence d'élévation dans les pensées. Où Sedulius ne songe qu'à rassurer le roi Hérode sur ses intérêts terrestres, Santeul trouve un sublime élan de charité et de sensibilité.

Dans l'hymne de Sedulius, on trouve cette strophe où il est question de la Vierge Marie :

Gast« parentis yiscera Gœlestis intrat gratia ;

&06 J.^. SÂNTEUL.

Venter paellas bajulat Sécréta qam non noyerat

Le éajuiat du troisième vers touche au burlesque, et le quatrième vers éveille des pensées qui blessent toutes les convenances ; ce qui n'a pas empêché M. Félix Clément de donner place à Thymne de Sedulius dans son Recueil à Vusage des écoles. Il est vrai que le même cantique se trouve aussi dans les Paroissiens; mais les traducteurs ont si bien senti ce que renfermait de scandaleux la strophe que nous citons, qu'Us Tout interprétée par celle-ci :

La grâce entre en M^rie ; elle devient la Hère D*un Dieu d'éternelle grandeur ; Elle forme en soi ce mystère

Sans en pouvoir sonder l'Immense profondeur;

OÙ les deux derniers vers du texte sont tout simplement omis.

Santeul ne s'égare jamais dans un pareil ordre dldées.

XIL — Page 322.

Altis secum habitans in peaetrjdibus.

Se Rex ipsc suo contuitu beau

On a pu lire dans notre Étude deuxième (page 67) les formules d'admiration prodiguées à ces deux vers par l'abbé Dinouart dans le SantoUana. Voici maintenant ce qu'en pense Voltaire. U n'est peut-

être pas sans intérêt de mettre, eu regard des appréciations d'un prêtre tout simplement pieux, celles du scepticisme incarné dans la personne de son coryphée au XVIIL' siècle.

Après avoir ainsi traduit les deux vers de Santeul :

Dans ses appartements le Monarque suprême Se volt avec plaisir et vit avec lui-même ;

Voltaire ajoute :

« S*exprim«r ainsi, n'est-ce pas peindre Dieu comme un « fat occupé sans cesse à se regarder dans sa glace et à con- « templer sa figure ? Ce n'est plus là faire Thomme à limage « de Dieu ; c'est faire Dieu à Timage de l'homme. »

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