‹ Sarah BernhardtChapitre 10 sur 18 · ROBERT DE MONTESQUIOU · texte numérisé non relu

ROBERT DE MONTESQUIOU

En bac sur le Mississipt.

Heureux ce siècle qui eut de grands poètes pour le chanter et de puissants artistes pour traduire ses grands poètes, qui naquit au soleil impérial avec la voix de Talma, qui s'éleva avec Rachel, qui fut tragique et noble avec Frederick, Mmc Dorval et Mllc Georges, qui s'épanouit aujourd'hui avec M1110 Sarah Bernhardt ! On peut dire de lui qu'aucun autre ne l'approche par la beauté des œuvres qui signalent son étonnante grandeur et que son théâtre lui-même, atteint quelquefois au sublime par le génie de ses auteurs et de ses comédiens. Les siècles disparus eux-mêmes revivent en lui, mieux compris et plus purs que par le passé. Ainsi Mn,c Sarah Bernhardt, tour à tour Aricie, Phèdre, Andromaque, Chérubin, Dona Sol, Marguerite Gautier, Lorenzaccio, Médée ou la Samaritaine, unit avec la divine puissance de son talent, le génie de Racine et de Beaumarchais à celui de Victor Hugo, de Musset et de Dumas !

Ce qu'est Mme Sarah Bernhardt, de nombreux et de grands écrivains l'ont proclamé magnifiquement, en prose ou en vers; les plus dignes d'entre les peintres ont représenté sa fine silhouette dans les différents rôles où elle s'incarna ; les souverains ont brigué l'honneur d'être admis à l'écouter, et les

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Devant les Montagnes Rocheuses avril 1891).

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Antonio Charton femme de chambre

Valet de chambre Angelo Rebell

poètes, qui sont les souverains de l'esprit, l'ont célébrée comme la plus digne de celles qui surent donner à leurs fictions le frisson magnifique et passionné de la vie. Aucun d'eux toutefois ne sut le faire aussi bien que le poète des Exilés et des Odes funambulesques. Théodore de Banville : « C'est, dit-il, la muse de la Poésie elle-même. Un instinct secret la pousse. Elle récite les vers comme le rossignol chante, comme le vent soupire, comme l'eau murmure, comme Lamartine écrivait. » Et c'est vrai, lumineusement. Quand Mme Sarah Bernhardt dit les vers, il semblerait que c'est une voix divine qu'on entend, une voix si pénétrante qu'aucune ne lui est comparable par l'accent et par la musique.

Son jeu, non moins pur, non moins parfait, non moins éloquent, ajoute au prestige de la voix. Ceux qui ont vu M"1" Sarah Bernhardt aux endroits les plus pathétiques de Phèdre et de Médée savent quelle merveilleuse tragédienne elle est, et combien les nobles vers qu'elle déclame gagnent encore de frisson et de grandeur, dépassent l'attitude humaine, pour atteindre à la beauté antique la plus haute; ceux qui l'ont vue dans Aricie, Doïïa Sol, Zanetto ou Maria de Neubourg se souviennent de sa tendresse féminine d'amoureuse et d'épouse, et il en est peu qui n'aient versé des larmes aux

solennels accents d'Andromaque, de Cordelia, de Jeanne d'Arc et de la Samaritaine ! Dans Lorenzaccio elle a été aussi toute l'ardeur, toute la fougue, toute l'attirance de l'Italie ancienne, et lorsqu'il lui arriva d'interpréter Hamlet, M. Catulle Mendès écrivit que c'était la première fois en France qu'on venait de jouer ce rôle. Pour nous qui l'avons vue dans la Louise des Mauvais Bergers, nous savons aussi que son incroyable talent ne se borne pas à interpréter les héros légendaires, mais encore qu'il s'accommode aux personnages plus modernes des tragédies actuelles.

On peut dire que Mm( Sarah Bernhardt a incarné le théâtre tragique et poétique dans toute sa beauté souveraine.

En ce temps de prose et de scepticisme, les foules lui durent un merveilleux mirage d'idéal et les poètes lui furent reconnaissants d'un génie qu'elle employait à glorifier leurs chefs-d'œuvre inspirés. Les uns et les autres comprirent l'extraordinaire beauté d'art qui s'échappait d'elle, et dans une fête magnifique qui eut lieu le io déceindre 1896 et que lui offrirent ses amis et ses admirateurs, Mme Sarah Bernhardt put juger, par le nombre et la qualité des hommages, de la reconnaissance infinie qu'ils lui vouaient les uns et les autres, les spectateurs obscurs de la foule et les poètes célèbres du Parnasse :

Catulle Mendès, Edmond Rostand, Armand Silvestre, André Theuriet, Haraucourt, d'autres encore, vinrent célébrer son illustre amitié, son grand talent, sa parfaite beauté d'art. L'art ! ce mot à lui seul résume la vie de Mmc Sarah Bernhardt ; il n'est pas d'instant qu'elle ne lui consacre ; la sculpture, la peinture même ne lui sont pas étrangères. Cette grande inspiratrice est bien souvent créatrice et tout ce qui vient d'elle, semble-t-il, porte le rayonnement de son génie et de sa grâce exquise.

JOSEPH UZANXE.

La tragique histoire d'HAMLET Prince de Danemark

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