‹ Sarah BernhardtChapitre 7 sur 18 · MELPOMÈNE · texte numérisé non relu

MELPOMÈNE

Je voudrais, pour vous dire, un luth qui fût buccin, Car il y faut douceur et force mélangées; Car vos colères sont de caresses frangées : Rugissements d'hyène ou murmure d'essaim.

Tour à tour Dona Sol, tressaillant au tocsin, Cléopâtre sous ses turquoises par rangées, Gismonda la Superbe, au bandeau d'hydrangées; Izéyl la Charmeuse, au collier de succin.

Toutes, Lady Macbeth, Froufrou, Fédora, Phèdre, La Reine sous son dais, L'Indienne sous son cèdre, Toujours celle qui fut, et demeure, et sera

Tous ces mythes : Tosca, Marguerite, Ophélie, Andromaque, Adrienne, Alcmène, Cordélie, C'est Elle, L'innombrable et l'unique Sara!

Une rose a fleuri la bouche de l'Idole Comme un baiser lointain remontant et vermeil; La feuille a couronné de sa courbure molle Le contour sinueux à la rose pareil.

Des bluets ont bleui les regards de la Reine, Et sous la toison d'or des cheveux crespelés

lûRENlACÇlQ

D -ALFRED DEMUSSET

THLATRL DLLA RENAISSANCE

Affiche pour Lorenzaccia, par Mucha.

Dont la blonde moisson où le bijou s'égrène Prend ces étoiles-fleurs en ses épis bouclés.

Des lys ont embaumé les gestes de la Sainte : Leur blancheur s'est mêlée à celle des bras nus; Et, quand sa main s'ouvrit, de clairs pétales ceinte. On la prit pour un Lys aux parfums inconnus.

L'amaranthe grandit dans le cœur de l'Amie, L'Amaranthe fidèle, au symbole éternel; Et, lorsque vous croirez sa ferveur endormie, Vous verrez rajeunir son germe fraternel.

Cueillez les roses, les bluets et les lys pâles, Et l'amaranthe pourpre aux nobles incarnats : Vous aurez des bouquets de rubis et d'opales, De suaves saphyrs, de savoureux grenats.

Cueillez les lys et les bluets, les tendres roses

Et la vive amaranthe : azur, perle et carmins;

Et vous aurez, dans leurs- soupirs et dans leurs poses,

Son sourire, et ses yeux; son amour, et ses mains!

Page 1