BELLE-ISLE-EN-ART
Vous qui, dans votre Phare aux murs trapus et clos Que l'ouragan ébranle ainsi qu'une gue'rite, Aimez parfois jouer son rôle d'Amphitrite Drapé par l'Océan, d'azur et de sanglots;
Vous regardez, le soir, s'allumer les falots Dont la barque au lointain, contre la mort s'abrite; Une réplique d'ombre, et par Dieu même écrite, S'élève alors vers vous de la plainte des flots.
Je devine, Sarah, votre amour pour la houle Qui vous ramène en eux l'applaudissante foule Dont tant de fois votre Art triomphant fut vainqueur;
Vous goûtez les rappels de la Mer qui s'eifare, Vous que le Monde voit briller dans votre Phare Qu'illumine un génie où Ton sent battre un cœur.
DE CORANA
Tertullien, de Coronâ, écrit que, selon Claudius Saturninus, il n'y avait aucune plante dont on n'eût fait de couronnes.
Je récrirai pour toi le Traité des Couronnes En ce Jubilé doux, grande Sarah Bernhardt; Celles des déités et celles des madones, Toutes, tu les auras, pour en orner ton art.
JSMSH Parce qu'il nous est cher; et, profane ou mystique, Suave ou douloureux, toujours nous fut divin, Sous la jupe moderne ou le péplum antique, Et nous versa l'amour, tel qu'un auguste vin.
Je dirai la couronne en roses d'une Alcmène Au front que de bouquets embaumés tu sertis; Et ta/Couronne languissante et plus humaine, Andromaque au front ceint de bleu myosotis.
Couronne d'Izéyl, en e'trange orchidée; Couronne de Gismonde, en mauve cattleya; De pétales sans fin comme une onde inondée, Ton souvenir flottant sous leurs gerbes ploya.
Couronnes de Lotus pour cette Cléopâtre De qui les doigts étaient eux-mêmes couronnés Des turquoises dont s'azurait l'ardent albâtre De tes bras, de cent bracelets environnés.
Couronne de laurier dont Jeanne d'Arc s'abrite, Couronne de camée et de camellia Pour Phèdre la Superbe, et cette Marguerite Qui ne sut que mourir quand l'amant oublia.
Affiche pour la Samaritaine, par Mucha.
O bandeau de Zaïre et turban d'Adrienne; Couronnes de joyaux : Ruy-Blas, Théodora ; Couronne de lis d'or d'une monture ancienne La Princesse Lointaine — et que l'on adora!
En anneaux parfumés dont la chaîne relie Ton passé radieux à l'éclat de ce jour, \ Les fleurs que tu cueillis, lumineuse Ophélie, Te viennent couronner, toutes et tour à tour,
De nimbes odorants, de fraîches auréoles, D'un ailé diadème ou d'un vivant halo D'où tes cheveux dorés comme des alvéoles Ruissellent sur tes yeux argentés comme l'eau.
Oui, de toutes les fleurs qu'elles soient couronnées, Ces héroïnes, tes figures, tes fiertés; Mais pour toi, qui les as dans l'Art noble incarnées, Tous les rayons, ô Muse, et toutes les clartés!
Dans un beau paysage où les couchants sont calmes} Dans un palais sinistre au lugubre salon, Couronnez la Samaritaine avec des palmes, Couronnez avec des violettes, l'Aiglon.
Mais je veux enlacer deux calices encore, L'un de perversité, l'autre de désespoirs : Couronnez le Lorenzaccio, de mandragore; Et couronnez THamlet avec des iris noirs.
SARAH BERXHARDT.