LE CHIRURGIEN
Après de brillantes études faites à Paris, Charles-Auguste- Marie Sarazin qui comptait déjà trois ans de médecine, contracta un engagement décennal dans l’armée; le 10 octobre 1855 il fut nommé médecin sous-aide titulaire, grade appelé aussi sous-aide major, qui correspondrait aujourd’hui à celui de médecin auxiliaire.
En novembre 1856, lorsque s’ouvrit à Strasbourg l'Ecole Impériale du Service de Santé Militaire, il se présenta au concours d’entrée et fut admis parmi les tout premiers.
Pendant un an il fit partie des «Carabins Rouges»; le 18 décembre 1857 il était reçu Docteur en Médecine; il avait 24 ans. Sa thèse s’intitulait: Notes sur l’intoxication paludéenne à Rome,
La Faculté de Médecine du Bas-Rhin avait à cette époque comme professeurs : Ehrmann (Doyen), Coze, Fee, Stoltz, Forget, Rameaux, Cailliot, G. Tourdes, Sédillot, Rigaud, Schützenberger, Stœber, Küss, Michel et Bégin (professeur honoraire), comme agrégés en exercice: Aronssohn, Bach, L. Coze, Dagonet, Held, Herrgott, Hirtz, Kirschleger, Kæberlé, Strohl et Wieger; agrégés stagiaires: Bœckel, Hecht et Morel.
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Ses examinateurs de thèse étaient: MM. Schutzenberger, président, Caïilliot, Aronssohn et Bach.
Le début de sa thèse est un ensemble de considérations, pleines de bon sens, exprimant une opinion qui nous a toujours paru correspondre à la vérité et dont nous sommes : heureux de reproduire les principaux passages car ils sont justement formulés et beaucoup mieux, certes, que nous ne pourrions le faire nous-mêmes: «Un professeur éminent nous disait récemment: «Pour votre thèse inaugurale vous nous présenterez le fruit de vos propres observations, au lieu d’une compilation laborieuse et indigeste.> Mais quelle difficulté, ajoute Sarazin, nous trouvons pendant le cours de nos études dans la pratique de l’observation clinique. Tous nos sens semblent imparfaits; nous regardons sans voir; nous écoutons sans entendre. Plus tard, si nous parvenons à les éduquer, notre imagination les induit en erreur. Enfin, il nous arrive souvent de mal interpréter les renseignements qu’ils nous fournissent; nos conclusions sont fausses lorsque nous ne sommes pas guidés; notre raisonnement enfante de fausses théories basées sur des observations incomplètes ou mal interprétées. On nous demande alors d'avancer une idée et de la soutenir. Celles qui nous appartiennent ont trop souvent peu de valeur. Le temps nous a manqué pour les baser solidement. fl y a du courage alors à ne pas faire cette compilation laborieuse et indigesle; car si nous présentons une idée à nous, dans l'enfance où elle est, nous avons peu de confiance en son succès, et cependant nous sommes appelés à la soutenir devant nos professeurs. Au moment où nous commençons à savoir observer, nous avons à développer un sujet dans une science d'observation.»
Au cours d’un voyage à Rome il a étudié toute une série de cas atteints de paludisme: «d'intoxication paludéenne». Voici les idées principales de sa thèse: 1° l'intoxication paludéenne des pays chauds exerce sur l'organisme une action rapide et des plus délétères; 2° Aux accès de fièvre succède un état maladif caractérisé par une faiblesse générale, par
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une altération du sang, par des troubles dans les grandes fonctions de l'organisme humain; 3° Cet état se manifeste souvent après une atteinte paludique légère, et surtout chez des hommes d’une constitution robuste, nouvellement arrivés dans la région impaludée; 4° Il est surtout marqué chez ceux qui ont eu plusieurs récidives; 5° Il présente les symptômes de l’anémie à forme aiguë; 6° Il y a destruction des globules du sang; 7° La répétition des accès augmente rapidement l'altération du sang; 8° Cet état d’anémie aiguë prédispose aux rechutes, aux récidives et aux accès pernicieux; 9° Il détermine chez les malades qu’il atteint des affections nombreuses, à savoir: des épanchements séreux tardifs, des troubles nerveux: altération de la sensibilité, de la motilité et de l'intelligence, des diarrhées séreuses, des dyssenteries chroniques et des hémorrhagies.
A la suite de cette belle étude clinique, ses conclusions sont d'ordre thérapeutique; le traitement doit être pour lui dominé par les pensées suivantes: «Prévenir autant que possible le prochain accès; éviter par quelque moyen que ce soit le retour des accès; et pour ce faire, Sarazin prône l'adoption du sulfate de quinine donné à raison de 1 gramme par jour pendant 8 jours (suivant la méthode de Sydenham, préconisée par Bretonneau), préférant ce médicament à tous ceux employés couramment à cette époque (acide arsénieux, tannate de cinchonine, ferro-cyanure de potasse et d’urée, pilules de M. Bouloumié).
Détail curieux, les candidats à la thèse de Doctorat subissaient en ce temps“là, à la suite de celle-ci un interrogatoire sur des sujets variés et voici les questions qui furent posées à Sarazin: en Anatomie: Quel est le rapport du périoste avec les extrémités articulaires des os?; en Anatomie pathologique: des caractèrees physiques et chimiques de la lymphe exsudée; en Physiologie: mouvements propres des artères; en Hygiène et Physique: Des divers moyens employés pour pénétrer et pour séjourner sans danger dans des atmosphères irrespirables; en Médecine Légale: à quel âge un enfant est-il