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ÉDUCATEURS

ménage. C'est dans ce milieu que s'écoula l'enfance de Marie Carpantier. Quoique réduite à la vie précaire d'une pauvre couturière M me Carpantier, qui avait reçu une certaine éducation, préleva sur son faible gain la dépense, si légère jpour d'autres, de la scolarité dans une petite pension où l'enfant apprit simplement à lire et à écrire, et qu'elle dut quitte/ à onze ans pour partager le travail de sa mère.

Quand la petite Marie avait cousu pendant douze heures, dans le sombre appartement de la triste rue des Lavallois, elle développait seule, en prenant sur ses nuits, son instruction trop rudimentaire, au point qu'elle put, à l'âge de quatorze ans, composer une ode à la Gloire, essai poétique sans grande valeui mais où se révèle déjà, dans une précocité peu ordinaire, l'esprit élevé de notre grande éducatrice.

Une circonstance ouvrit toutàcoup la voie où Marie Carpantier devait « s illustrer ».

La petite ville de La Flèche possédait en 1834, une Société littéraire sans prétentions académiques; on y suivaitle mouvement littéraire et scientifique venu du grand centre de Paris. Dans une des réunions, un des membres entretint ses confrères d'une institution récente qui se développait assez rapidement, les salles d'asile. Sur la proposition du président, M. de Neufbourg, et du secrétaire, M. Breton, un officier du collège, mort général, fut décidée la fondation d'une salle d'asile privée dont les frais seraient couverts par les cotisations des souscripteurs : les premiers se recrutèrent dans la Société. Il fallait une directrice pour l'œuvre nouvelle : où la trouver ? M. de Neufbourg signala une jeune couturière, intelligente, déjà connue de quelques personnes: <\ Elle a

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* le don, ajoutait M. de Neufbourg; quand elle est « dans une maison, les petits enfants se groupent « d'eux-mêmes autour d'elle; on n'a pas à s'en préoc- « cuper; sans perdre un coup d'aiguille, M"* Carpan- « tier les retient, les captive par de petits récits. C'est <t une charmeuse d'enfants. »

Marie Carpantier n'avait que dix neuf ans ; sa mère, dont les qualités étaient fort appréciées, pourrait partager avec elle la direction toute maternelle de la salle. Les deux femmes acceptèrent; elles allèrent au Mans étudier pendant un mois la méthode dans une' des premières salles d'asile qui existassent: puis elles revinrent organiser celle de leur ville natale.

Pendant quatre années, elle observa, compara, jugea; elle réunissait les éléments de son premier livre sur la direction des salles d'asile. En même temps, elle cultivait la poésie, qui éclairait et délassait son âme : l'imagination ornait l'austérité du devoir de chaque jour. Les conseils affectueux et judicieux de M. de Neufbourg, président de la commission élue par les souscripteurs contribuèrent à former son goût et à la rendre difficile à se contenter.

La poésie ne rendit pas à Marie Carpantier le seul service d'un repos délicat et d'un affinement de l'esprit ; la publication du recueil de ses vers les Préludes (18H) la fit connaître au loin et lui valut plus que les suffrages flatteurs de quelques-uns des maîtres, de Chateaubriand, de Lamartine ; elle y gagna l'affection fidèle et éclairée d'Amable Tastu, et de Béranger qui plus tard fut utile à son œuvre.

Sa santé avait souffert de l'excès du travail au point de la contraindre à suspendre l'exercice de ses fonctions; ce lui fut un grand chagrin, et une cause de

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