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profonde inquiétude pour l'avenir ; mais l'amitié généreuse d'une dame riche de La Flèche. M m ° Pion, vint à son aide; elle put se remettre, reprendre des forces auprès dé cette respectable amie, tandis que la salle d'asile poursuivait ses progrès sous la direction de M m " Carpantier, mère.
Après huit années d'existence florissante, la salle d'asile de La Flèche avait l'avenir assuré. La ville du Mans voulant fonder une salle d'asile modèle, s'adressa à Marie Carpantier et à sa mère. Les conseils désintéressés de ses amis iléchois triomphèrent de ses hésitations, et en 1842, elle quitta sa petite ville où elle laissait une œuvre bien vivace. La ville du Mans lui fit un accueil des plus llatteurs. Elle y fut assurée d'une pleine liberté d'action ; elle en fit profiter sa ■nouvelle école.
Déjà, à La Flèche, elle avait conçu la pensée de rédiger le fruit de ses observations ; quand le trésor de son expérience se fut encore accru dans ce nouveau champ d'exercices, elle se décida à publier ses Conseils pour la direction de la salle d'asile, un chefd'œuvre en 200 pages. Ce fut comme une révélation ; la pédagogie vraie, celle qui s'inspire d'une pratique attentive, avait dejce jour-là son maître livre.
Le grand et légitime succès de ce livre eut un effet que l'auteur ne prévoyait pas. Une femme de bien, M m " Jules Mallet, toute dévouée au progrès de l'éducation de Fenfance, avait depuis longtemps conçu la pensée de créer une école normale pour former des directrices de salle d'asile. Elle cherchait la méthode et celle qui saurait l'appliquer à l'éducation des maîtresses. M mo J. Mallet était riche et généreuse ; tante du ministre del'Inslruction publique, M. de Salvandy,
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elle avait de l'influence. Il ne lui fut pas difficile d'obtenir du ministre la fondation de cette école normale, à titre d'essai, sans qualité officielle, aux frais de laquelle elle devait largement contribuer. Quant à la directrice, elle était enfin trouvée.
L'école fut installée d'abord au printemps de 1849 dans une maison de la rue Neuve-Saint-Paul, au numéro 12.
L'essai était à peine en voie de succès que la Révolution de février 1848 vint tout remettre en question ; lieureusement le protecteur officiel de li l' livre, M. de Salvandy eut pour successeur un homme de progrès, profondément dévoué à la cause de l'instruction populaire, Ilippolyte Carnot, si bien secondé par Edouard Charton, secrétaire général du ministère. Béranger leur présenta Marie .Carpantier, la leur fil connaître; ces deux esprits d'élite comprirent tout le bien que pourrait faire l'institution, et le 28 avril 1848 un arrêté ministériel créait officiellement à Paris Y Ecole normale maternelle, et en confiait la direction à celle qui l'avait fondée.
Le sort des meilleures choses est de subir la persécution. A peine l'école normale avait-elle reçu sa consécration administrative qu'elle fut dénoncée, par des manœuvres sourdes, au Conseil supérieur de l'Instruction publique comme un foyer d'athéisme. Marie Carpantier athée!... l'accusation était absurde ; mais la réaction politique de 1849 et de 1850 se contentait aisément d'insinuations calomnieuses quand ces insinuations provenaient de personnes présumées dignes de toute créance par leur caractère.
Marie Carpantier tenue pour suspecte dut comparaître devant le Conseil supérieur ; heureusement
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elle y trouva des défenseurs dont l'autorité morale était grande : Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Rapet inspecteur général, et Cousin. I. Geoffroy Saint-Hilaire la défendit avec vigueur. Tout le Conseil rejeta les accusations : la paix revint; mais leshaines cléricales n'abdiquent jamais, elles attendirent l'occasion.
En 1849, Marie Carpantier épousait un officier delà garde municipale de Paris qu'elle avait autrefois connu alors qu'il était adjudant de l'Ecole militaire de la Flèche; les fiançailles avaient duré dix ans ; on attendait que de part et d'autre l'avenir fût assuré avant de fonder une famille. La même année parut le second ouvrage technique de celle qui désormais sera M me Pape-Carpantier : l'Enseignement pratique des salles d'asile, œuvre capitale que l'Académie française couronna en 1850.
■ Le succès de l'École normale maternelle détermina l'administration supérieure à la transférer dans un local plus spacieux; en 1851, le 18 janvier, elle fut installée dans un vaste immeuble de la rue des Ursulines au n° 10, devenu le n° 41 de la rue Gay-Lussae.
L'Ecole prospéra sous la direction éclairée et vigilante de M mc Pape- Carpantier, qui pendant vingt trois années forma des générations de maîtresses expérimentées grâce auxquelles l'œuvre des écoles maternelles se répandit sur toute la France. Ces années laborieuses enrichirent le trésor d'expérience de la directrice qui publia des livres utiles, recommandables par la profondeur des observations, l'ingéniosité pratique des méthodes et des procédés, et par l'élévation philosophique de l'inspiration : Histoires et leçons de choses (couronné encore par l'Académie) ; les Grains de sable ou le dessin expliqué par la
nature ; Jeu./., r/ymnastique et chants ; Zoologie Ecole*; F Ami de F enfance ; Cours d'instruction et d'éducation ; etc., etc.
Nous l'avons dit plus haut; les passions haineuses qui avaient attaqué M 1 ? 6 Pape-Carpantier en 1849 veillaient dans l'ombre. En 1874, pendant la crise gouvernementale du 24 mai, brusquement, brutalement, sans explication, M™ Pape-Carpentier fut révoquée de ses fonctions de directrice de Tiicole normale maternelle. Le scandale fut grand, si grand que des protecteurs indignés surgirent tout à coup ; M me la maréchale de Mac-Mahon, femme du président de la République, intervint et, grâce à cette haute influence, le ministre, se décidant à donner une satisfaction à l'opinion publique, nomma, le 8 janvier 1875 M me Pape-Carpentier « Déléguée générale à l'Inspection des Écoles maternelles. »
Il y avait avancement hiérarchique ; mais M m ° Pape- Carpantier était séparée de son Ucole normale, sa création à laquelle elle avait pendant près de trente années voué sa vie; depuis lors elle languit, s'éteignant peu à peu, et mourut le 31 juillet 1878.
Telle a été l'existence d'une femme que distinguaient les dons les plus précieux du cœur et de l'esprit. On lui doit la transformation et le développement d'une institution, Sallesd'asiles puis Ecoles maternelles, qui est pour les petits enfants et pour leurs mères un bienfait inappréciable. Elle fut une femme de bien et une femme utile.