‹ SartheChapitre 2 sur 11 · ÉDITEURS · texte numérisé non relu

ÉDITEURS

3 et 5, place de Valois Tous droits réservés

LE PAYS ET LES GENS

Le département de la Sarthe est, dans son contour presque circulaire, l'un des mieux dessinés de la France; son chef-lieu est au centre, les routes en rayonnent vers les autresvilles comme les rais d'une roue divergent du moyeu. Sans être uniforme, l'aspect du sol a un caractère général d'unité assez sensible ; le climat est tempéré, plus humide que sec, mais salubre. Pour n'être pas montagneux le pays est cependant marqué d'accidents de terrain qui abondent en sites d'un pittoresque gracieux : c'est dans le Nord et l'Ouest que ces accidents de terrain sont le plus accusés; le petit massif abrupt et capricieux des Coëvrons, qui a son centre dans la Mayenne, projette des contreforts dans l'arrondissement de Mamers et même dans celui de la Flèche (cantons de Saint-Paterne, de Fresnay. de Sillé-le- Guillaume, de Conlie, de Loué, de Brûlon). Il y circule de jolies rivières, quelques-unes ayant presque figure de fleuves, comme la Sarthe souvent encaissée, le Merdereau et la Vègre, aux mille méandres qui se feraient passage au travers de collines escarpées.

A l'Est, c'est l'Huisne, à la vallée fertile, qui, avec l'Orne saosnoise arrose les beaux berbages du Perche, cette opulente contrée qui fait la fortune agricole des départements de l'Orne, de la Sarthe et

d'Eure-et-Loir ; plus au Sud l'arrondissement de la Floche et une partie de celui de Saint-Calais ont leurs plaines aux légères ondulations, arrosées par le Loir limpide que chanta Ronsard :

Source d'argent toute pleine, Dont le beau cours éternel Fuitpourenrichir la plaine De mon pays paternel, Sois hardiment brave et fière De le baigner de ton eau :

Nulle française rivière N'en peut laver un plus beau. .

Entre ces nombreux cours d'eau qui vont de droite et de gauche, enrichir la Sarthe flexueuse, comme eût pu dire Ronsard, sont réparties des campagnes de l'aspect le plus varié : champs de céréales dont le produit dépasse les besoins du pays, prairies très divisées, comme d'ailleurs tout le sol cultivable, nous sommes dans une contrée de petite culture; forêts (de Perseigne, de Sillé, de Bersay, etc,) où vivent des colonies de sabotiers; vignes qui, dans l'arrondissement de La Flèche, donnent des vins blancs (àMareil) et rouges (à Bazouges) dont les habitants font cas ; vergers et jardins maraîchers sur tous les points; la Sarthe approvisionne Paris de légumes et de fruits, comme elle y envoie ses poulardes improprement appelées du Mans, car elles naissent et sont engraissées dans l'arrondissement de La Flèche, entre cette ville et Malicorne, à Vilaines principalement, et. dans celui du Mans, à Suze. Les oiesgrassesà la chair line et délicate y sont l'objet d'un grand eommerce. Outre ses fruits, ses légumes, ses volailles, le département est favorisé d'une véritable richesse

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végétale avec ses chanvres magnifiques qui alimentent des fabriques de toiles fort estimées, au Mans, à Fresnay, à Moutfort, etc. Cette richesse a bien ses inconvénients, car la pratique du rouissage, très usitée, empoisonne les rivières.

Dans le Nord et l'Ouest du département, les pommiers et les poiriers qui lleurissent, au printemps, la campagne de leurs gracieux bouquets blancs teintés d'un rose délicat, donnent un cidre plus sucré que le cidre normand et moins capiteux. Les châtaigneraies sont nombreuses. A l'Est du Mans on traverse des landes et des bois de sapins ; au Sud-Est, c'est l'oasis du Belinois; clans les vallées, quand la rivière coule en plaine, un rideau de peupliers la borde, souvent relié par une épaisse haie sauvage fleurie d'aubépines, de chèvrefeuilles et d'églantines. Les champs, entourés de talus boisés, laissent entre eux un sillon profond, trop ombragé parfois, humide, boueux l'hiver; on reconnaît l'approche de la Bretagne à la vue de ces triasses ou gros ormes et cbènes têtards, troncs bossus sans branches (car chaque année les jeunes pousses de ramilles sont taillées), qui se dressent en sentinelles fantômes, sous la lumière pâle de la lune.

Avec ses forêts, ses bouquets de bois, ses champs bordés de haios et de truisses, ses vergers fruitiers, la campagne, contemplée de haut, a toute la physionomie d'une vaste forêt; physionomie trompeuse assurément; mais malgré la multiplicité des prairies et des champs étendus, l'impression subsiste ; et les souvenirs de la chouannerie qui a sévi dans le Maine, nous rappellent que ces partisan s, un peu plus bandits que soldats d'une cause politique, déjouèrent

à l'abri des fossés, des chemins creux et des bois, la poursuite des bleus.

La ville du Mans, d'abord groupée au sommet d'une colline, autour de sa cathédrale de Saint-Julien, a rompu sa ceinture de remparts ; elle a couvert de quartiers neufs les pentes du coteau, sur la rive gauche de la Sarthe. Tout ce qu'elle possède d'intéressant est sur le haut du plateau: outre Saint-Julien, l'église de la Couture, antique abbatiale, dont les bâtiments conventuels ont été utilisés pour préfecture, bibliothèque, musée, etc., la place des Halles, le cœur de la ville, aujourd'hui dénommée place Chanzy, en commémoration de la bataille du 12 janvier 1871 où la ténacité du général a résisté pendant deux jours aux assauts des Prussiens ; la belle promenade des Jacobins...

^ Cette ville se développe assez rapidement ; nœud d'un important réseau de lignes ferrées, elle est un centre stratégique et commercial ; l'industrie métallurgique, celle des toiles, sa fonderie de cloches sont des éléments de prospérité.

Quand nous aurons dit que La Flèche est le siège d'un Prytanée militaire, vaste école spéciale, âgée de bientôt trois siècles, qui a donné à la France une foule d'officiers et degénéraux ; que Mamers etSaint- Calais font l'un et l'autre un commerce sérieux de produits du pays, nous aurons mentionné ce que l'on peut citer sur ces trois chefs-lieux d'arrondissement; et nous devrons ajouter que Sablé s'annonce pittoresquement par la masse de son château du xvii' siècle qui domine la Sarthe, que Solesmes, bourg voisin, a d'importantes carrières de marbre, et surtout une abbaye de Bénédictins contenant dans

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sa chapelle de superbes sculptures, les « Saints de Solesmes », attribuées par erreur à Germain Pilon, mais dignes de son ciseau ; que la Ferté-Bernard a conservé une porte gothique fort curieuse et une belle église du xvi" siècle, queLaSuze et Sillé-le- Guillaume montrent les restes considérables de châteaux féodaux, tandis que le château du Lude, féodal aussi d'origine, mais tout moderne d'aménagement, est l'une des plus belles résidences du territoire français.

Combien d'autres belles demeures, de châteaux luxueux, tels que celui deMontfort, et deBonnétable. ou curieux encore par leurs vieilles constructions, peuvent arrêter le touriste ! On s'aperçoit à chaque pas que le Maine a eu son histoire propre, entre les posessions des turbulents ducs de Normandie, des comtes d'Anjou et des ducs de Bretagne. Les Anglais s'attachèrent à conserver cette belle province qu'il fallut deux fois leur arracher. Duguesclin et Clisson les avaient battuset chassés àPonlvallain(1370) ;Dunois et Ambroise de Loré durent en recommencer la délivrance qu'ils n'achevèrent qu'en 1447.

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