LES HABITANTS
La population de la Sarthe (482.000 hab.) est formée, pour une très grande proportion, des descendants des vieux Cénomans gaulois, car le Maine qui comprenait le territoire des départements de la Sarthe et de la Mayenne, compose de sa partie orientale, le haut Maine, les quatre cinquièmes de la Sarthe; le reste a été emprunté à l'Anjou qui a fourni le canton de La Flèche et diverses parties des cantons voi-
sins, et au Perche auquel appartenaient plusieurs -communes des arrondissements du Mans, de Saint- Calais et de Mamers.
La race y est conséquemment d'une homogénéité relativement complète, ce qui se constate par le peu de diversité du langage. On y parle français partout, mais non sans locutions provinciales, au moins dans les campagnes.
Le paysan est-il vraiment aussi processif que la tradition le disait? Rien ne le fait présumer, et cette réputation, aujourd'hui d'ailleurs . presque oubliée, tient sans doute à quelque confusion des Manceaux avec leurs voisins les Normands. En somme, il est difficile de trouver dans le caractère de cette population quelques notes bien accusées qui la différencient des autres. Tout ce que l'on peut voir, c'est que ce sont des gens laborieux, au travail patient, qui tirent, bon parti de leur sol morcelé en une infinité de parcelles; le paysan s'attache fortement à son lopin de terre, il le tourne, le retourne avec acharnement, et sait en vendre les fruits.
Les cultivateurs de la Sarthe entrent pour les trois cinquièmes dans le total de la population; et ils vivent dans un certain bien-être; il suflit d'entrer dans les fermes pour le voir. Dire qu'ils dédaignent la boisson serait aller au delà du vrai ; mais la statistique de la consommation en-vins, cidres, alcools, établit que ce département est un des plus sobres parmi les départements au nord de la Loire. La grande distraction est le jeu de boules, le dimanche et les jours de fêtes; on s'associe par petits groupes pour entretenir un jeu de boules, on y fait sa partie en se désaltérant de cidre ou de vin blanc, selon la contrée.
LE PAYS ET LES GENS
Le progrès de l'instruction primaire est peu rapide mais constant; la politique n'y suscite pas de passions violentes, et il n'y a pas à le regretter.
.Dans les villes, la population perd, comme presque partout, son relief, par le mélange, par le contact avec les hôtes de passage. D'une manière générale on est en droit de dire que, dans la .Sarthe, les mœurs sont douces et paisibles. Le sens patriotique s'y éveille aisément, et les conscrits de ce département sont parmi ceux qui se forment le plus vite sous les drapeau. Pendant la guerre franco-allemande de 1870-71 où ce département envahi a été le Ihéâtre de plusieurs combats, le 33" régiment de mobiles tout entier recruté dans la Sarthe, a compté, dans l'armée de la Loire, comme l'un des plus solides; il a été mis trois fois à l'ordre du jour de l'armée, notamment à Coulmierset à Patay ; il a couvert la retraite de l'armée de Laval, et y a soutenu vaillamment le combat, à Meslay.
Les biographies qui suivent prouveront que le Maine a eu son contingent d'hommes de mérites variés mais considérables, et que ce contingent est nombreux.