‹ SartheChapitre 8 sur 11 · IV. — HOMMES D'ETAT · texte numérisé non relu

IV. — HOMMES D'ETAT

Bien que la Sarthe ait fourni à nos assemblées des membres distingués, elle compte surtout, dans l'histoire politique de la France, par cinq personnages du xvi e siècle, les seuls dont nous parlerons ici. L'un est Lazare de Baif ; les quatre autres appartiennent à la même famille : ce sont les frères Du Bellay.

Baïf (Lazare de), né au château des Pins, près la Flèche, en 1490, mort à Paris en 1437.

Le château des Pins était un modeste manoir à environ deux kilomètres de la Flèche, entre la route de Sablé et le Loir. C'est aujourd'hui une ferme dont la salle principale conserve une cheminée assez curieuse.

Le site est doux, plaisant, mais dépourvu de pittoresque.

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Le châtelain des Pins était un gentilhomme de bonne race sans doute, mais de petit avoir; outre les Pins, il possédait les seigneuries de Verneil le Chétil et de Mangé. Cependant il avait assez de biens pour pouvoir se livrer à l'étude sans trop se hâter de chercher un emploi lucratif.

Il entra dans les ordres, mais ne paraît pas avoir exercé de ministère actif.

Après avoir fait à Paris quelques études de droit. Lazare Baifalla compléter son instruction à Rome, sans toutefois avoir arrêté vers quelle voie il se dirigerait définitivement.

Baïf avait sans doute d'utiles relations avec la cour; François I", apprenant qu'un gentilhomme français avait étudié les lettres à Rome, lui offrit un emploi de protonolaire avec expectative d'une ambassade. Cet appel du roi était flatteur.

L'ambassade confiée à Baïf fut celle de Venise ; il" s'y rendit en 1531, et y résida trois ans. Au cours de cette mission, Lazare Baïf, bien qu'il n'eût pas eu l'occasion de se signaler par quelques négociations considérables donna satisfaction au roi, qui l'employa à diverses autres missions en Espagne et en Allemagne (1540), au moment de la diète de Spire ; il avait alors avec lui son jeune fils, enfant naturel issu d'une liaison avec une jeune vénitienne, Antoine de Baïf,et un jeune gentilhomme du Vendômois, âgé de seize ans, qui lui avait été confié, Pierre de Ronsard. C'est un détail intéressant pour l'histoire des lettres.

François 1" satisfait de ses services diplomatiques, lui donna l'office de conseiller-cierc au Parlement de Paris, puis la charge de maître des requêtes ordinaire de l'hôtel du roi.

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Pour se reposer de ses travaux officiels Lazare cultiva aussi les muses; d'abord les muses sévères, car il composa en latin des traités d'érudition sur les vêtement s des anciens :11 traduisit l'Electre de Sophocle etYHéctibe d'Euripide; puis une partie des Vies de Plutargue. Enfin il composa des poésies légères, Epilaphes et Ballades; ces œuvres sont médiocres.

Bon diplomate, paraît-il, conseiller utile, érudit et bon helléniste, Lazare de Baïf ne peut être compté pour un poète , mais on le range parmi les pères de la prose française. A notre sens, la plus belle de ses œuvres, c'est la part qu'il eut à l'éducation de Ronsard, et les encouragements qu'il donna aux études de l'antiquité. Son fils Jean Antoine est plus connu que lui-même ; mais il n'appartient pas à notre programme puisqu'il était né à Venise.

Les frères Du Bellay, nés au château de Glatigny près de Montmirail.

L'aîné, Guillaume, né en 1491, fut connu surtout sous le nom de Langey. La famille Du Bellay était originaire de l'Anjou, elle avait une grande situation parmi les maisons nobles de cette province où elle possédait les terres de Langey, d'Ambrières, de Lavenay, etc. Guillaume reçut une forte éducation, ce qui devenait alors tous les jours moins rare chez les gentilshommes.

Envoyé à la cour où il débuta au moment où commençait le règne de François 1 er , Guillaume de Langey fut fort bien accueilli par le roi qui aimait les gens lettrés; il suivit François 1 er à Marignan où il fit ses premières armes avec éclat. Toujours attaché à la personne du roi, il combattit près de lui à Pavie

et partagea sa captivité. Sa rançon payée, Langey, revint en France, et la régente Louise de Savoie lui fournit l'occasion d'exercer ses talents d'adresse quand elle le chargea d'aller à Madrid se mettre secrètement en rapport avec François, malgré la surveillance des Espagnols. Langey réussit etaida par les avis qu'il fit passer, à la conclusion du traité de Madrid.

A la reprise des hostilités, il fut envoyé à Rome, comme représentant du roi pour maintenir l'union entre les membres de la Ligue formée par le roi de France contre Charles Quint; diplomate et soldat, il organisa, à ses frais, un service d'espions chez les ennemis, si bien dirigé, si activement qu'il fut le mieux informé des généraux et des hommes politiques de son temps.

C'est grâce à ce système d'informations qu'il réussit à déjouer les projets du connétable de Bourbon contre Florence. Quand Bourbon vint assiéger Rome, Guillaume réunit deux mille hommes, et repoussa les attaques des lansquenets sur les points qu'il s'était chargé de défendre ; c'est là qu'un coup d'arqué--} buse tua le traître connétable. La ville prise, il s'en^ ferma avec les débris de sa troupe dans le château, J refusa d'adhérer à la capitulation que signa le pape Clément VII, et sortit de la forteresse avec armes et bagages.

Tandis qu'il tenait la campagne en Italie, il apprit I par ses espions qu'André Doria, amiral de la Ligne, mécontent des procédés du roi de France, était sur le I point de passer à l'Empereur. Guillaume court à I Gènes, calme Doria, et obtient qu'il ajourne son pro- 1 jet; mais le roi mal conseillé, loin de donner satisfaction aux plaintes de l'amiral, décide de le faire

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arrêter. Doria entra au service de Charles-Quint, et la plupart des conquêtes faites en Italie furent perdues; il n'avait pas dépendu de Guillaume qu'il en fût autrement.

François I er lui confia une mission délicate ; c'était d'aller obtenir du roi d'Angleterre, Henri VIII, l'abandon d'une créance de 95.000 écus dus par le roi de France. Guillaume trouva à Londres son frère Jean Du Bellay., évêque de Bayonne, ambassadeur permament; les deux frères surent profiter des circonstances. Henri VIII était au plus fort de ses négociations avec le Saint-Siège pour faire annuler son mariage avec Catherine d'Aragon ; Langey, intervenant auprès de la Faculté de théologie de Paris, alors la première autorité reconnue en matière de droit canon, obtint une ^déclaration conforme aux désirs d'Henri qui, en reconnaissance, donna pleine quittance de la dette de François I er .

Puis il va en Allemagne négocier avec les princes protestants pour leur faire contracter alliance avec le roi de France ; il serait trop long d'entrer dans le détail de cette mission quatre fois renouvelée, où Langey montra une habileté supérieure, et un courage plein de sang-froid, car sa vie était fort menacée par Charles-Quint qui dit de lui, que « seul il lui avait fait plus de mal et déconcerté plus de desseins que tous les Français ensemble. »

La guerre languissait en Italie ; deux fois Langey y passe avec des renforts, enlève les défilés des Alpes, et se maintient dans Turin dont le roi le nomma gouverneur (1536).

Mais tant de travaux diplomatiques et militaires avaient épuisé les forces de Langey; il était paralysé,

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et ne pouvait plus que diriger les affaires du fond de son lit où les douleurs l'avaient cloué.

Relevé ne son commandement pour venir prendre eu France un repos nécessaire, Langey mourut en route, près de Tarare, le 9 janvier 1543, laissant une grande réputation ;

Son frère, le cardinal Jean Du Bellay, lui fit élever par Germain Pilon le splendide mausolée que l'on peut voir dans la cathédrale du Mans.

Outre ses talents de capitaine et de diplomate, Langey avait ceux d'un écrivain. Son principal ouvrage, les Ogdoadcs ou histoire du règne de François 1". en huit livres (dont le premier n'est qu'un curieux recueil des légendes les plus étranges sur les origines de la France) contient des détails fort intéressants.

Jean du Bellay (le cardinal Du Bellay), né à Glatigny en 1492, entra dans l'Église parce qu'il était le cadet de Guillaume; ce fut un singulier prélat dont la place eût été bien plutôt à la cour — où d'ailleurs il vécut beaucoup, — et dans les camps.

Guillaume Langey lui obtint, de bonne heure, l'évêché de Bayonne ; ce ne fut pas un évèque à résidence, et il préféra le séjour de Fontainebleau où il brillait par son esprit et son élégance. Ambassadeur en Angleterre, il s'y concilia les bonnes grâces d'Henri VIII et,, plus encore, celles d'Anne de Boleyn; les affaires du roi de France en bénéficièrent si l'Église n'y gagna pas en autorité morale. Grand chasseur, fort ami du plaisir, Jean Du Bellay dépensait sans compter, et il réclamait à la cour de son maître l'argent dont il avait besoin, avec une

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vigueur de ton et une verdeur d'expression qui n'avaient rien de sacerdotal. Pour le payer, François I er le combla d'évêchés.

Jean Du Bellay, l'un des plus riches personnages'dc son siècle, et des plus magnifiques, fut employé en

négociations diplomatiques ; il y fit preuve de talents supérieurs. Pendant que le roi combattait en Italie en 1536, il nomma Du Bellay, son lieutenanfgénéral, dans les provinces de Picardie et de Champagne, avec le commandement de Paris. Le cardinal apprend que les Espagnols et les Anglais coalisés menacent Péronne d'où ils viendront assiéger Paris; aussitôt

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il prend toutes les mesures d'un capitaine énergique et expérimenté ; c'était sa véritable vocation. Les alliés ne vinrent pas jusqu'à Paris.

Ln cardinal aimait les lettres et les arts; il fut le protecteur persévérant de Rabelais qui s'en montra reconnaissant. Les grands seigneurs, les princes et les princesses fréquentaient les réunions brillantes de la résidence de l'évèque à Saint-Maur. Il y reçut Charles Quint lors de l'étonnant voyage que l'empereur fit en France.

A la mort de François I er le cardinal se retira à Rome, après avoir eu soin de faire attribuer à ses neveux les évêchés de Paris, de Rordeaux et du Mans, mais en en conservant les revenus. A Home il tint un si grand état et acquit une si haute position qu'il était le premier après le Pape, Romœ sccundus, dit L'Hospital. Il s'y était fait construire un superbe palais de marbre blanc dans lequel il donna une fête dont Rabelais rend compte dans sa « Sciomachie et festins faits à Rome au palais de mon seigneur révérendissime cardinal Du Bellay ».

C'est là qu'il mourut en 1560. Sa mort fut un événement, tant était considérable la place qu'il s'était faite.

»u Bellay (Martin), né vers 1594, au château de Glatigny, mort en 1619 à Glatigny.

Rien qu'il soit plus connu pour ses Mémoires historiques (de 1515 à 1547), Martin Du Rellay fut surtout un capitaine ; ses exploits, en Italie principalement, furent nombreux et éclatants; on peut dire de lui qu'il fut un des derniers chevaliers, car sa vaillance eut à un haut degré ce caractère d'intrépidité aventu-

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reuse qui met en évidence les qualités d'un soldat énergique plus que les dons d'un général.

Du Bellay (René), né vers 1495, mort en 1546 au Mans, dont il fut évêque avant son frère le bm'.llant cardinal Jean Du Bellay, était d'humeur plus paisible que ses aînés; il fut un prêtre respectable, un évoque bienfaisant, dont la seule passion paraît avoir été l'horticulture. Il protégea Pierre Belon qui fit, dans les jardins du château de Touvoie, résidence de l'évêque, ses débuts dans la science botanique. Les jardins de Touvoie eurent grande réputation; Du Bellay y avait réuni tout ce qu'il avait pu se procurer en fait de plantes rares ; on croit qu'il fut l'un des premiers introducteurs de la culture de la nicotiane ou herbe à Nicot, le tabac. Son but était d'acclimater en France, et particulièrement dans le Maine,, au climat doux et un peu humide, celles des plantes étrangères, précieuses par leur utilité ou par leur beauté, qui pourraient y prospérer. C'était donc un premier essai de Jardin d 'Acclimatation dès le xvi° siècle.

Cette remarquable famille Du Bellay compte bien d'autres membres distingués dont le plus célèbre est Joachim Du Bellay, l'un des poètes de la Pléiade ; mais Joachim naquit à Lire en Anjou ; ce neveu des quatre frères Guillaume, Jean, Martin et René, n'appartient donc pas au cadre de nos biographies de la Sarthe.

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