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Commune deChampaissant, près de Mamei-B

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(1789). — Observations succintes sur l'émission de deux milliards d'assignats (1790). 11 se reposait par des travaux purement littéraires : des poésies légères, et même une tragédie et un opéra qui restèrent en portefeuille, — il est douteux qu'on ait à le regretter — une traduction des Annales de Tacite et de Roland furieux, etc.

On doit faire remarquer, à l'honneur des gens de sa commune et même de son département, que cet homme de bien ne l'ut pas inquiété dans sa retraite ; il y passa les années les plus terribles de la Révolution dans une paix profonde ; sa fortune était fort amoindrie; mais il trouva encore le moyen de faire le bien autour de lui. A la création de l'Institut national il lut nommé membre du nouveau corps. Le Directoire, qui sentait le besoin de s'entourer de financiers compétents et intègres, lui offrit, le 16 brumaire, d'entrer dans le Conseil des finances dont il serait le président; le 18, le Directoire n'existait plus. Le 20 septembre 1800 Forbonnais s'éteignait sans souffrances, à l'âge de soixante-dix-huil ans, à Paris, où il était venu se fixer soit pour fuir des tracasseries locales, bien que le moment des persécutions politiques fût passé, soit plutôt pour suivre les travaux de l'Institut qu'il aimait à fréquenter.

Telle fut la vie d'un homme de premier mérite, tant pour les facultés de l'esprit que pour la noblesse du cœur.

De Beaumnnt (Gustave-Auguste de la Bonninière de), né à Beaumont-la-Chàtre, le 6 février 1802, mort le 16 février 1806.

D'une famille noble appartenant à la Touraine et

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au Maine, qui avait donné un général de division mort en 1830, Gustave de Beaumont, après avoir achevé ses études de droit, entra dansla magistrature, et y Ht un chemin assez rapide, car en 1829, il était déjà procureur du roi près le "Tribunal de la Seine. M. de Montalivet lui confia en 1831 une mission en Amérique; il y devait, avec Alexis de Tocqueville, étudier le système pénitentiaire. G. de Beaumont n'en rapporta que des notes sur l'objet de la mission , mais il y gagna l'amitié fort honorable de Tocqueville. 11 fut digne de cette amitié. A peine rentré à Paris il reçoit du garde des sceaux l'ordre d'occuper le siège du ministère public clans le procès intenté par les princes de Rohan, héritiers naturels du dernierduc de Bourbon, contre la baronne de Feuchères, femme, intrigante qui avait abusé de son ascendant sur le vieux prince pour se faire avantager de dons énormes au détriment de la famille. Maisce n'était pas l'intérêt de M mc de Feuchères qui préoccupait le gouvernement; le procès allait au delà de la question des legs attribués à cette femme; il touchait au testament même par lequel le duc de Bourbon, agissant à l'instigation de M me de Feuchères, avait cédé ses domaines à la famille d'Orléans. G. de Beaumont refusa de siéger parce qu'il ne se sentait pas libre de ne consulter que ce qui lui paraîtrait le droit. Il fut révoqué et se consacra au barreau en rédigeant avec ses notes un ouvrage sur le Système pénitentiaire aux ÏLtats- Unis. Un autre livre sous forme de roman : Marie oit l'esclavage aux Etats-Unis (1835) traite, selon les sentiments humanitaires d'un Français, la question de l'esclavage. Il publie ensuite : l'Irlande sociale politique et religieuse (1839-42), tableau qu'il est intéressant de consulter

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aujourd'hui que se discute — avec quelle ardeur! — en Angleterre la question du home ride ou de l'autonomie administrative de l'Irlande.

tdu député de la Sarthc en 1839, il prit place parmi les membres de l'opposition libérale dite dynastique, c'est-à-dire non républicaine. Esprit éclairé, il s'y montra partisan de la colonisation de l'Algérie et de la multiplication des chemins de fer en France.

Ton jours favorable aux réformes libérales, il appuya la politique de l'opposition dans la campagne de la réforme électorale soutenant le principe de l'adjonction des capacités.

Après la Révolution de 1818, il fut envoyé par son département à l'Assemblée Constituante où il siégea avec les républicains modérés. Le général Cavaignac e nomma ambassadeur à Londres; ce fut pour peu de temps. En 1830, il passa en lu même qualité à Vienne. De retour à Paris où il était membre de l'Assemblée Législative, il protesta contre le coup d'Etat du 2 décembre 1851 , ce qui lui valut l'honneur d'être enfermé au mont Valérien.

Depuis lors il resta en dehors de la politique et ne s'occupa que de travaux littéraires; il présida notamment à la réédition des œuvres de son ami de Tocqueville, et en rédigea la préface. Il était membre de l'Académie des Sciences morales et politiques depuis 1844.

Bclon (Pierre), né à la Soultière d'Oizé en 1517 mort à Paris en avril 1564.

« Un des hameaux les plus humbles du Maine, le « hameau de la Soultière, dépendant du bourgd'Oizé, « a été, par un jeu bizarre du sort, la patrie de deux

« hommes également célèbres, mais à divers titres, « de Pierre Belon et de Marin Mersenne » (Uau-

réau). . :

La diversité des titres n'est pas aussi absolue que paraît l'entendre le savant auteur de l'Histoire littéraire du Maine, puisque si Belon fut naturaliste, et Mersenne, mathématicien et physicien, tous deux se sont dévoués au progrès des sciences.

Qu'était la famille de Pierre Belon? Nul document ne le fait connaître.

Notre futur naturaliste eut pour protecteur 1 évêque du M.ns, René du Bellay, l'un des quatre frères de cette illustre famille qui jeta un vif éclat au xxf siècle René du Bellay aimait beaucoup les Heurs ; l'agriculture, le jardinage, une collection déplantes rares étaient ses délassements dans le château de louvoie sa résidence.

Ine passion commune créa entre le noble prélat et l'humble naturaliste des liens durables; l'évêquc recommanda Belon à Guillaume Duprat, évèque de Clermont ; est-ce Duprat ou du Bellay qui mit Belon en relations, avec les cardinaux de Tournon et de Lorraine'' on l'ignore; mais ces deux grands personnages s intéressèrent, eux aussi, et très effectivement, aux efforts du jeune Manceau.qui grâce à tant d appms,iut en mesure de faire d'abord.à Paris, ses premières études de médecine; puis d'aller les poursuivre en Allemagne à Wittemberg, où il cultiva plus spécialement l'histoire naturelle avec un jeune professeur de botanique, Valerius Cordus (1540). Les deux jeunes gens explorèrent diverses contrées de l'Allemagne, étudiant la nature non seulement dans les plantes, mais aussi dans les poissons et dans les oiseaux.

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A cette époque critique l'Allemagne était profondément troublée par les progrès du luthéranisme. Quand Belon, revenant en France, passa à Thionville, il fut arrêté par le gouverneur espagnol qui y commandait au nom de Charles Quint. Belon venait de Wiltem-

uaent

3ta- -eiis étunais

berg, sans doute était-il suspect d'hérésie. Il dut sa liberté à un gentilhomme du pays dont le nom Du» hamm, ou Du Hem, ou De Hara, semblerait indiquer un Flamanfl et qui. apprenant qu'un savant français, un compatriote ami de Rousard, était arrêté, crut devoir témoigner de son admiration pour le grand poète, en versant la rançon que les Espagnols

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exige-aient pour prix de la libération de Pierre Belon. N'est-ce pas un trait curieux à l'honneur de ce siècle si épris des lettres et des sciences? N'est-ce pas aussi une marque de l'immense réputation dont jouissait déjà le nom de Ronsard?

Les prélats protecteurs de Belon et surtout le eardinal de Tournon lui fournirent les ressources nécessaires pour étendre ses recherches par des voyages lointains (l*ji(i). Ces voyages le conduisirent d'abord à Cnnstantinople où l'ambassadeur français, Fumet, lui fit bon accueil, et lui procura des facilités près des autorités ottomanes des contrées qu'il allait visiter.

Au cours de ses voyages Belon avait rassemblé une quantité considérable de documents sur la botanique, la zoologie, sans préjudice de beaucoup de détails sur la géographie, les mœurs, les usages des pays.

Recueilli par le cardinal en l'abbaye de Saint-Gerniain-des-Prés, Belon y employa plusieurs années à mettre en œuvre tous ses matériaux ; il les augmenta encore par plusieurs voyages dans l'intérieur de la France, en Auvergne et en Savoie notamment.

Le roi Henri II, à la recommandation des cardinaux, avait accordé au voyageur une pension de 200écus; le garde des sceaux, François Olivier, lui en avait alloué une autre. Charles IX lui donna, en outre, un logement dans le château de Madrid, au bois de Boulogne.

Ce don devint fatal au savant; un soir d'avril 1564, rentrant de Paris où il avait été en visite chez son ami Dubreuil, moine à Saint-Germain-des-Prés, et traversant le bois fort désert, au moins d'honnêtes gens, il y fut assassiné sans que l'on ait pu découvrir

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par qui et dans quel but : il est à croire qu'un brigand (ils n'étaient pas rares) l'aura jugé une proie avantageuse.

Belon a laissé de nombreux ouvrages que Buffon et Cuvier ont tenus en grande estime et dans lesquels nous pouvons encore puiser d'utiles renseignements.

Sauveur (Joseph), né à La Flèche le 24 mars 1633, mort le juillet 1716.

Un sourd qui fait des découvertes en acoustique et particulièrement en musique, le cas n'est pas commun; si, de plus, ce sourd est un géomètre de premier ordre, le phénomène devient plus rare : ajoutons enfin que ce sourd avait été muet pendant son enfance, qu'il parla toujours avec une extrême difficulté, et que néanmoins il fut l'un des professeurs les plus clairs et les plus appréciés.

Tel a été Sauveur. ]1 était fils d'un notaire de La Flèche, qui se désolait d'être le père d'un muet. Après sa septième année, Joseph commença àparler, mal, mais à se faire comprendre ; cette infirmité « lui épargna tous les petits discours inutiles de l'enfance; mais peut-être l'obligea-t-elle à penser davantage, » dit Fontenelle. Observateur et adroit, il fut de bonne heure mécanicien inventeur; pour amuser ses petil s camarades, il construisait de petits moulins, des jets d'eau, des siphons. 11 entra au collège des Jésuites de sa ville natale; parlant avec beaucoup de peine, dénué de la mémoire des textes, ne comprenant rien aux beautés littéraires il eût fait un triste élève, s'il n'eût été, en compensation, doué d'une rare aptitude pour les sciences exactes. Après avoir épuisé bien vite le savoir de ses maîtres, il se rendit, à pied, auprès

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d'un oncle, chanoine de Lyon, qui lui assura une petite rente afin qu'il pût se préparera entrer dans l'Église. Sauveur était docile; il commença l'étude de la théologie qui ne le charmait- guère, et pour se délasser il prit un jour le traité d'Euclide. Voilà la théologie en déroute; en un mois Sauveur avait appris, seul, les six premiers livres du géomètre grec. Ne pouvant devenir théologien, il essaya de la médecine et étudia l'anatomie et la botanique; il y faisait des progrès, et en même temps suivait les conférences philosophiques du physicien Rohaut.

Une circonstance fortuite mit Sauveur en relations avec Bossuet, alors évèquc de Condom et précepteur du dauphin. Bossuet lui conseilla de renoncer à la médecine: le conseil était sage; trop géomètre pour ne pas aller directement au fait, et condamné par sou infirmité de langue à la concision, Sauveur n'eût pu réussir, car un médecin a presque aussi souvent affaire à l'imagination de ses malades qu'à leurs organes, et il faut savoir traiter cette imagination ; un certain don de parole y est nécessaire.

Sauveur prit son parti et se donna tout entier aux mathématiques. Comme si tout devait être paradoxal chez ce savant si peu avantagé de la nature, du moins en fait de dons extérieurs, il aimait le monde et il y plaisait; une femme intelligente de la cour, l'amie de La Fontaine, M me de la Sablière, le mit à la mode, et lui procura un élève qui devait un jour faire grand bruit, le prince Eugène de Savoie. 11 lisait peu, n'en ayant guère le loisir, mais il méditait beaucoup, causant fort peu, ne s attachant qu'à ce qui méritait son attention, et, comme le faisait plus tard un autre grand savant, Ampère, son esprit

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travaillait la géométrie jusque dans la rue. Il devinait, quand il en avait besoin, ce qu'il eût trouvé dans les livres.

Ce singulier mondain s'avisa un jour d'observer les jeux de hasard à la mode du jour; il fit le calcul précis des avantages du banquier contre les pontes, au jeu de la bassette, et eut occasion d'expliquer son calcul auroiet à la reine. Il en agit de môme àl égard du lansquenet et des autres jeux en usage dont il n'apprenait les règles que pour les transformer en équations algébriques.

v Mis en relief par cette circonstance, il fut nommé, en 1680 (il avait vingt-sept ans), maître de mathématiques des pages de la Dauphine, et, dans un séjour de la cour à Fontainebleau, le maréchal de Bellefonds l'engagea à faire un petit cours d'anatomie pour les courtisans; on prétend que ce cours fut fréquenté. Mariotle appelé à Chantilly par le grand Condé pour y faire des expériences sur les eaux, emmena Sauveur pour faire les calculs. Coudé le prit en gré et l'attira souvent à Chantilly.

Il lui parla de la science des fortifications; Sauveur voulut la connaître, et autrement que par les livres, nous savons qu'il n'avait nul goût pour la science livresque. On assiégeait Mons; il s'y rendit, et pour mieux tout observer il s'exposait, avec un sangfroid presque inconscient. Puis il visita la plupart des places de Flandre. Il apprit le détail des évolutions militaires, les campements, les marches, enfin tout ce qui, dans l'art de la guerre, réclame un grand travail d'intelligence.

Revenu à Paris, il s'occupa de diverses recherches et de travaux qui avaient pour objet l'application

des mathématiques : méthodes abrégées pour les grands calculs, tables pour la dépense des jets d'eau cartes des côtes de France réduites à lamême échelle concordance des poids et mesures des différents pays jaugeage des tonneaux, problèmes sur les carrés magjçues.eic. Il entendait la théorie du calcul différentiel et intégral, nouvelle alors.

Sauvoui ne faisait guère cas que des mathémj mues utiles, effet de sa solidité naturelle d'esprit, bien qu .1 comprit fort bien les méthodes des iéomètres spéculatifs qu'il appelait Infmilaires.

Ln 1686 il fut nommé professeur de mathématiques au Co lege de France. Jamais il n'écrivait la eçon qu .1 devait faire. Ces matières qui se lient par la raison et n ont point besoin de mémoire, étaient si présentes à son esprit et si bien arrangées dans sa tète quil n avait qu'à les exprimer. Des copistes reproduisaient ses leçons, et il les achetait à la fin do 1 année Tel était le plaisir qu'il éprouvait à professer qu.l oubliait 1 heure, et aurait prolongé la leçon indéfiniment si son domestique ne l'eût averti

C'est en 1696 qu'il fut élu membre de l'Académie des Sciences. A dater de ce moment il se consacra tout spécialement à créer une nouvelle branche des semnees physico-mathématiques, X acoustique mmi-

Sauveur fut aussi le premier qui analysa les phénomènes des sons harmoniques, et qui en donna une théorie devenue la base du système d'harmonie de Hameau.

Vauban, qui était chargé du soin d'examiner les ingénieurs, ayant été élevé à la dignité de maréchal de France en 1703, propqsa au Roi de confier à Sau-

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veur son emploi d'examinateur. Dans les examens. Sauveur se gardait bien d'intimider les candidats; il les faisait parler et parlait peu, observant une attention douce mais fine et pénétrante. Quelquefois les ingénieurs sortaient d'une simple conversation examinés sans avoir cru l'être.

Une fluxion de poitrine l'emporta en deux jours, le 6 juillet 1716, à l'âge de 6i ans. Ce fut un homme modeste, doux, d'humeur égale; quoiqu'il eût été fort répandu dans le monde, sa simplicité et son ingénuité naturelles n'en avaient pas été altérées. Il y conquit la sympathie et l'estime de tous.

Picard (Jean), né à La Flèche le 21 juillet 1620, mort à Paris le 12 octobre 1684.

François Arago, juge compétent, présente Picard en ces termes; « L'abbé Picard, un des premiers astronomes de l'Académie des sciences de Paris, et un des plus exacts pour son époque. »

Picard a-t il commencé par être jardinier du duc de Créqui, ainsi que Pézénas (1) le fait entendre? c'est possible; mais on ne saurait ni l'affirmer ni le contester, car, par une étrange singularité, ce savant, qui fut illustre en son temps, apparaît tout à coup, à lage de 25 ans, astronome, collaborateur de Gassendi. On n'arrive pas à ce degré de savoir en cultivant un jardin ; il y a lieu de supposer qu'après de fortes études dans le fameux collège de Jésuites fondé à La Flèche par Henri IV, où les externes, très nombreux, étaient admis gratuitement, Picard fut mis en rela-

1. Pézénas, astronome, directeur de l'Observatoire de Marseille, né dix ans après la mort de Picard.

tion par un de ses nobles condisciples avec le duc de Créqui, lequel aurait peut-être utilisé les connaissances variées du savant pour les dispositions de ses jardins.

Quoi qu'il en soit sur les premières années de Picard, toujours est-il qu'à l'âge de 25 ans, il observait, le 28 août 1613, une éclipse de soleil avec Gassendi, et qu'il était déjà prêtre et prieur de Rillé. Ses travaux sont mieux connus que sa biographie du moins à partir »du moment où ils furent mis en évidence par sa qualité de membre de l'Académie des Sciences à laquelle il appartint dès la fondation, en 1666. La Compagnie le chargea de mesurer un degré de longitude, le méridien de Paris; l'essai de ce calcul avait été fait avant lui, mais avec des résultats discordants ; le calcul de Picard est le premier « qui soit digne de quelque confiance ». Le travail fut long et délicat; l'académicien imagina des instruments d'une précision inconnue jusqu'alors, et trouva que la distance entre les parallèles d'Amiens et de Malvoisine serait de 78.850 toises, ce qui donne 57.060 toises par degré de latitude. Malgré une certaine erreur, ce calcul était assez exact pour que Newton pût en faire usage dans ses calculs pour reconnaître la force qui retient la lune dans son orbite. En 1669 Picard avait lu à l'Académie un rapport remarquable dans lequel il traçait le plan d'une astronomie perfectionnée par ses inventions et celles de Huyghens, et donnait les moyens de déterminer directement et tout à la fois les ascensions droites du soleil et celles des étoiles.

Il est le premier, dit Arago, qui ait observé les étoiles en plein jour; il est aussi le premier qui ait

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appliqué utilement les lunettes aux instruments divisés. On lui doit des méthodes sans lesquelles cette application aurait été sans utilité pour déterminer ce que l'on appelle en astronomie les erreurs de coïïimation.

Le premier il observa la longueur du pendule simple qui battrait les secondes, et il demanda que ces observations fussent répétées en différents climats, pour savoir si cette longueur était partout la même, après avoir averti que la seule dilatation des métaux suffisait pour la faire varier avec la température de l'atmosphère.

On ne saurait dans cette notice énumérer tous les travaux de cet infatigable savant ; disons seulement qu'en attendant l'installation du quart de cercle mural qu'il sollicita pendant dix années, Picard imagina de faire tourner une lunette dans un méridien pour marquer plus sûrement les différences d'ascension droite. Son élève Jlœmer améliora depuis cette idée qui est devenue l'un des moyens les plus puissants de l'astronomie moderne. Il inventa un niveau à lunette, pour déterminer les pentes des terrains, afin d'amener à Versailles les eaux qui y manquaient. Disons encore qu'il contribua avec Auzout à l'invention du micromètre à fils.

« Picard, dit Concordet, aperçut le premier le « phosphore qu'on voit dans la partie vide du baro- « mètre lorsqu'on y ajoute le mercure; il termina « en 1684 une carrière toute remplie d'occupations « utiles qui lui donnent plus de droits à la recon- « naissance des hommes qu'à la glotce, et dent les « fruits s'étendront peut-être au d<^de'sa.mérri,oire. »

Tel est souvent le lot des savants' modestes\

Mersenne (Marin), né dans la paroisse d'Oizé, le » septembre 1588, mort à Paris en 1648.

Théologien, géomètre, philosophe, Mersenne fut plutôt un critique, un vulgarisateur, un intermédiaire utile entre les savants qu'un créateur et qu'un inventeur.

Fils de pauvres gens, Mersenne paraît avoir été distingué pour les dons heureux de son esprit, par un ecclésiastique qui le fit admettre chez les oratoriens du Mans. Bientôt au niveau de ses maîtres. Mersenne apprenant que les jésuites venaient de fonder, sous les auspices du roi Henri IV, un collège à La Flèche, obtint d'être reçu comme élève par ces professeurs qui jouissaient d'une grande réputation de savoir. \u collège de La Flèche, Mersenne connut un jeune gentilhomme breton, élève à ses débuts, de huit ans moins âgé que lui, mais dont la tournure d'esprit lui plut et l'intéressa; c'était René Descartes. La liaison fut intime, et se prolongea, solide, toute la vie des deux amis.

Descartes, fils de famille, entra dans l'armée. Mersenne, humble fils de paysans, entra en religion; il ht son noviciat chez les religieux minimes à Meaux et passa de là au couvent de Nigeon, près Paris comme professeur.

Rapproché de Descartes qui jetait alors sa gourme Mersenne eut assez d'influence pour détourner son ami de la voie de désordres où il eût pu se complaire, et le poussa dans une direction propre au développement de ses hautes facultés. De nouveau, le cours de sa carrière le sépara de Descartes; il 'fut envoyé par ses supérieurs près de Nevers, au couvent Je Saint-François de Paul, pour y faire un cours

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de philosophie; puis il y fut retenu en qualité de Correcteur ouSupérieur local. En 1620, il put rentrer à Paris, et désormais il s'adonna aux études de son choix. Bientôt Descartes fut accusé par des ignorants de s'être affilié à la suite des Rose-Croix; il était alors fort dangereux de donner dans les hérésies autres que celle que l'édit de Nantes protégeait. Mersenne, dont la foi ne faisait doute pour personne, disculpa vite son ami d'une telle imputation; plus d'une fois il eut à rendre ce bon office au philosophe qui révolutionna son siècle.

i Mersenne consacra de longues études à son premier ouvrage « les questions sur lu Genèse » en latin; traité encyclopédique à l'appui de la démonstration théologique et scientifique de l'authenticité des assertions contenues dans ce premier des livres saints.

En correspondance avec tous les savants, Mersenne leur soumettaitdes objections, des arguments, les mettait en rapports les uns avec les autres, suscitant des questions, aidant à les résoudre, et devenu le centre de tous les gens de lettres, c'est à lui qu'ils envoyaient leurs doutes pour être proposés, par son moyen, à ceux dont on en attendait les solutions; faisant à peu près dans la république des lettres la fonction que fait le cœur dans le corps humain.

Mersenne mourut à l'âge de soixante ans, victime de l'ignorance des médecins; l'un en voulant le saigner lui trancha une artère ; l'autre se méprit sur sa maladie, et le soigna pour une pleurésie, alors qu'il souffrait d'un abcès ; ce qui fut démontré par l'autopsie qu'en mourant il avait lui-même réclamée, dans l'intérêt de la science.

Les travaux de Mersenne sont considérables, outre

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ARTISTES ET INVENTEURS

ARTISTES ET INVENTEURS

Dans ce chapitre, nous traiterons de deux personnages célèbres. un artiste et un inventeur, et, à notre grand regret, nous serons d'une excessive sobriété de détails biographiques sur l'artiste. Les documents font presque absolument défaut sur Germain Pilon, l'un des hommes qui ont le plus contribué, lors de la Renaissance, à empêcher notre France de rester, sous le rapport des beaux-arts, trop inférieure à la féconde Italie.

Pilon (Germain), né à Loué en 1515, mort à Paris en 1590.

Germain Pilon est assurément l'un de nos grands sculpteurs; ses œuvres, fort nombreuses, en l'ont suffisamment foi, et il n'est pas de critique qui n'en célèbre les beautés. Comment expliquer que l'on soit si mal renseigné sur la vie de ce maître artiste ? On a quelquefois disputé à Loué l'honneur d'être la patrie de Germain Pilon, et quand on a respecté les droits de cette ville à un si grand honneur, on l'a atténué en observant que si un hasard inexpliqué l'a fait naître dans un bourg du Maine, toute sa vie s'écoula surtout dans Paris !

Il est reconnu que le père de Germain Pilon était sculpteur lui aussi ; on est en droit d'admettre qu'il fut le premier maître de son fils.

Germain Pilon s'est formé en France; il n'a rien demandé à l'Italie; c'est un artiste bien strictement

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français dont l'exemple seul suffirait à prouver que le vieux so gaulois peut produire des maîtres sans le secours d une éducation italienne.

Parmi les œuvres les plus connues de Germain Pilon, citons le Tombeau de Henri II, dont les seul ptures sont fgalesàce quont pu laisser de plus achevé les anciens et les plus modernes ; le groupe des Trois Ghfcw.prises dans un seul bloc de marbre. Ce groupe, que l'on voit au Musée du Louvre, a été exécuté par ordre de U henné de Méd.cis. Les Grâces, revêtues d'une étoffe transparente, d'une légèreté et d'une souplesse admirables, se tiennent par la main, elles soutiennent une urne destinée à contenir les cœurs de Henri H et de Catherine. Il faut encore mentionner le 7V,»,-

dH'm . hTn'/" ( rensemble d " monument est dû à Philibert Delorme;Pilon a sculpté les huit basrehe s qui en ornent la grande voûte et la plupart des statues) ; l e tombeau de Guillaume de Bellay de Langey dans la cathédrale du Mans; le Mausolée du eteneelter de Birague\ les bustes de Henri II, de Charles IX, de Henri lit, etc., etc.

Le caractère général de l'œuvre de Germain Pilon est la grâce et l'élégance dans les statues de femmes et la faerte et la vigueur mâle dans celle des personnages historiques; quand, au lieu de portraits, il doit imaginer des types, pour les allégories notamment H s inspire de l'antiquité, mais sans caprice- il emprunte aux anciens la perfection de la forme' en y ajoutant la physionomie et l'allure des figures françaises. °

On lui a souvent attribué les belles statues appelées les àamtsde Solesmes dans l'abbaye des Bénédictins qui est voisine de Sablé; mais il a été reconnu que

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l'attribution est erronée; ces sculptures sont dues à plusieurs maîtres inconnus encore, mais qui paraissent n'avoir pas même été contemporains entre eux. Le roi Charles IX avait nommé, par lettres patentes le 29 octobre 1572, Germain Pilon « Conducteur et contrôleur général en l'art de sculpture sur le fait des monnaies et revers d'icelles. » Cette charge fut continuée en faveur de deux des quatre fils qu'il eut de ses trois mariages.

Claude Cliappe, né à Brulon en 1763, mort à Paris le 23 janvier 1805.

L'invention du télégraphe aérien a été conçue par Claude Chappeet réalisée avec le concours des quatre frères de l'inventeur : Ignace, Pierre, René et Abraham. On ne saurait écrire la biographie de Claude sans associer de près à cet historique le nom de ses collaborateurs.

La famille Cliappe est originaire d'Auvergne : l'abbé Cliappe d'Auteroche, l'oncle des télégraphistes, né à Mauriac en 1722, astronome distingué, membre de l'Académie des sciences, déploya une rare énergie au service de la Science quand il accepta d'aller à Tobolsk (1760) observer le passage de Vénus sur le Soleil, et qu'il réussit dans cette mission au prix de fatigues extrêmes, puis quand il entreprit d'aller faire une nouvelle observation à l'autre extrémité du monde, en Californie, bravant une maladie contagieuse, la contractant et, à peine remis, reprenant de pénibles travaux qui lui coûtèrent la vie (1769).

Les neveux étaient doués d'une persévérance non moindre que celle de leur oncle, et le courage qu'ils mirent au service de précieuses facultés d'observa-

SAKTHE

«on et d'ingéniosité, ont valu à la France un in, tournât d'utilité publique dont il serait superflu de" développer les mérites. >upeniu de

Us étaient fils d'un directeur-général des an

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geoi.ie, elle était riche et propriétaire de domaine,

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eurs emplois dans cette admiration Toute £

famille se trouva réunie au château de Brulon

^ est la que vint à Claude Chappe l'idée de créer

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un système de communications [rapides des correspondances àdes distances éloignées. Abraham Chappe prétend que tout d'abord la pensée de Claude avait été inspirée par le désir d'aider le gouvernement à transmettre ses instructions; une tradition veut que dans le début, il ne se soit agi que de trouver un moyen de correspondre avec des voisins de campagne.

Quoi qu'il en soit à cet égard, c'est dès l'année 1790 que Claude fit part de ses intentions à ses frères et obtint leur collaboration, d'abord un peu sceptique, puis convaincue.

Claude Chappe essaya en premier lieu du son comme agent de transmission ; son système de cadrans divisés en dix parties correspondant, aux dix signes de la numération, combinés avec des sons perceptibles à distance, était curieux; mais la portée du son ne pouvait excéder 400 mètres, ce qui eût trop multiplié les postes; et encore bien des circonstances pouvaient arrêter ou troubler la perception du son convenu. Claude se souvint de ses premières études sur l'électricité, il essaya de tirer parti de cette force dont nous utilisons aujourd'hui les effets. Mais la science était encore trop peu avancée, il n'obtint aucun résultat satisfaisant.

Ce n'est pas moins un honneur pour Claude Chappe d'avoir entrevu et essayé la puissance do, l'électricité pour les correspondances télégraphiques.

Ses frères songèrent à employer, au lieu du son, la vue d'un objet qui, par son apparition et sa disparition, ferait connaître le moment où il faudrait marquer le chiffre indiqué par l'aiguille de deux cadrans. Ils firent alors deux tableaux de forme rectangulaire, hauts de l m 6o sur l m 33 de large, et présentant

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deux faces, l'une noire, l'autre blanche. Chaque tableau était fixé au haut d'un axe de 4 mètres élevé verticalement dans un grand châssis de charpente. L axe pivotait, de sorte que les surfaces paraissaient et disparaissaient à volonté. L'essai fut fait du poste établi sur la plate-forme du château de Brulon au poste fixé sur la maison Perrotin, à Parce, à 15 kilomètres de Brulon. Les essais se poursuivirent pendant quinze mois ; ils réussirent. Les autorités locales en dressèrent procès-verbal.

Claude Chappe se rendit à Paris en 1791, et obtint non sans peine, de la Commune, l'autorisation d'établir un télégraphe sur l'un des pavillons de la barrière do l'étoile, à gauche, en sortant de Paris. Deux de ses frères l'y aidèrent. Puis un matin lorsqu'ils se rendaient à la barrière afin d'y poursuivre leurs expériences, ils constatèrent la disparition de leur machine enlevée pendant la nuit. Par qui?... on ne 1 a jamais su.

11 fallut se remettre à l'œuvre sur un autre point. Ignace Chappe, partisan modéré de la Révolution, avait été investi des fonctions de procureur syndic dû département de la Sarthe; puis élu par le môme département député à l'Assemblée Législative (octo-' bre 1791), il faisait partie du comité de l'Instruction publique. Son influence fut utile ; elle fit accorder à Claude la permission d'établir un autre télégraphe j d'essai à Ménilmontant, dans le parc de Lepelletier de Saint-Fargeau. Pour ce télégraphe Claude avait substitué à ses deux tableaux, un noir et un blanc, sur lesquels il était difficile de bien distinguer à distance les lettres contenues, le système de signes produits par des branches articulées fixées sur l'axe vertical,

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et mues par un mécanisme de roues, de poulies et de chaînes. C'est la mode qui resta définitivement en vigueur.

Désormais sûr de son appareil, Claude fit hommage de son invention à l'Assemblée Législative. Le 22 mars- 1792, il fut admis à donner lecture d'une pétition où il exposait son idée et en démontrait les avantages.

L'Assemblée accepta l'hommage et renvoya la pétition à l'examen du comité de l'Instruction publique. Ignace Chappe en faisait partie ; plus que tout autre il était en mesure d'éclairer ses collègues.

Nouvelle déception ; le peuple de Belleville soupçonna que cette machine mystérieuse servait à communiquer avec les ennemis de la nation ; il incendia le télégraphe, et menaça la vie de l'inventeur.

Une pétition adressée à l'Assemblée le 12 septembre 1792, pour solliciter l'appui du gouvernement et une indemnité, arrivait trop peu de temps avant la fin du mandat de l'Assemblée. A ses débuts la Convention fut absorbée par de terribles préoccupations politiques; ce n'est que le l or avril 1793 que Romme put lire à la Convention un rapport concluant à une expérience en grand sous les yeux d'une commission compétente. Un décret du même jour accepta ces conclusions, et le 6 avril fut nommée une commission composée des hommes les plus qualifiés de la Convention, Daunou, Arbogast et Lakanal. Ce dernier fut le seul favorable ; les deux autres ne voulaient pas admettre la valeur de la découverte ; mais profondément convaincu, et jouissant d'une grande autorité morale Lakanal triompha, et fit rendre un décret (2 juillet 1793) par lequel était décidée l'installation d'une

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première ligne télégraphique à trois stations, Paris- Ménilmontant, Ecouen, Saint-Martin de Tertre, à 35 kilomètres; la garde nationale deVait être mise en réquisition par les maires, s'il le fallait, pourprotéger Claude Chappe et ses machines.

L'essai définitif, devant la Commission, eut lieu dix jours après, le 12 juillet; le succès fut complet; une dépêche fut transmise à Saint Martin en onze minutes, la réponse revint en neuf minutes.

Sur lavis favorable de la Commission et le rapport enthousiaste, mais précis, de Lakanal annonçant qu'une dépêche ordinaire pouvait être transmise de Valencienne à Paris en 13 minutes 40 secondes, le projet d'établissement d'un réseau télégraphique fut voté.

A la suite de ce décret du 26 juillet 1793 qui fonda en France définitivement l'institution du télégraphe, fut pris un second décret (i août) prescrivant l'installation de deux lignes télégraphiques, l'une de Paris à Lille, l'autre de Paris à Landau. Claude Chappe était nommé Ingénieur télégraphe avec ran^ de lieutenant du génie; il eut pour adjoints ses frères Ignace et Pierre, et un parent, Prosper de Launay, depuis longtemps associé à ses travaux et qui avait eu la plus grande part à la composition du vocabulaire en trois parties, suffisant à tous les besoins de correspondance.

Si la cause était gagnée, une période des plus pénibles commençait pour Chappe, celle des travaux ; l'argent était rare ; les matériaux manquaient, caries besoins de la guerre absorbaient ouvriers, bois, fer, etc..

La ténacité intelligente de Claude triompha cepen-

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dant. Après un an de traverses de toutes sortes qui composent le martyrologe obligé de tout inventeur, le télégraphe put fonctionner, et la première dépèche qu'il envoya annonçait un succès. Contrairement à une légende fort accréditée, ce succès fut non pas la reprise de Condé, mais celle du Quesnoy qui s'était rendu le 15 août 1794 (28 thermidor an II). Dans la séance du 17 août Barrère monta à la tribune (1) :

« Citoyens, des quatre places livrées par la trahi-* « son à l'Autricbe (Landrecies, Le Quesnoy, Condé, « Valenciennes), la seconde vient de rentrer au pou- « voir de la République. Nous avons annoncé, il y a « quelques jours, la reprise de Landrecies; aujour- « d'hui le Comité vous annonce la reprise du « Quesnoy.

« ... Nous saisissons cette occasion pour vous par- « 1er d'un établisse nient nouoeau fait sousles uuspices « de la Convention nationale, ri une machine par le « moyen de laquelle la nouvelle de la reprise du Ques- « noy a été portée à Paris il y a deux jours, une « heure après que la garnison y était entrée.

« Ces machines qui sont de l'invention du citoyen « Chappe ont été exécutées sous ses regards; c'est lui « qui en conduit la manœuvre à Paris.

« La récompense de cette invention pour les « auteurs est dans la mention que j'en fais à cette « tribune, comme lapins douce récompense de l'ar- « niée qui a fait le siège du Quesnoy est dans le décret « que la Convention vous propose . »

l.Ce détail intéressant a été mis en évidence par M. Alexis Belloc, dans scn excellent livre : lu Télégraphie historique (Edition Didot) auquel nous avons fait d'utiles emprunts.

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Là

(Décret déclarant que les troupes ont bien mérité de la patrie.)

Treize jours après Carnot monte à la tribune • « Voici le rapport du télégraphe qui nous arrive a 1 instant : « Condc est restitué à la République lieddition avoir eu lieu ce matin à six heures. »

Quelle joie durent ressentir Abraham Cbappe à transmettre et Claude Chappe à recevoir ces dépèches de succès !

Undécret du Comité do salut public ordonna la mise on construction de la ligne déjà décidée en principe de Paris à Landau. Mais des obstacles indépendants de 1 action de Chappe retardèrent les travaux, et ce nest pas le télégraphe qui put annoncer quelques mois plus tard le débiocus de Landau et la reprise des lignes de Wissembourg par notre grand Hoche.

Pendant quelque temps encore une seule ligne fonctionna, celle de Paris à Lille dont le prolongement fut ordonné (avril 1795) -jusqu'à Bruxelk.ro l jusqu'à Ostende par Dunkerque. On n'en était plus a défendre nos frontières, le télégraphe suivait nos vaillants soldats dans leurs conquêtes.

Le service de construction de lignes nouvelles, du fonctionnement de la ligne livrée, celui du personnel du matériel, delà comptabilité devient trop lourds pour un seul homme. Claude Chappe obtint que ses frères lui fussent adjoints officiellement avec des pouvoirsétendus-.ilfutnommélngénieuren chef; chaque branche de service eut son chef sous sa haute direction ,et le siège de l'administration qui jusqu'alors avait été dans l'appartement de Chappe, quai d'Orsay « au bout du pont de la Liberté, au coin de la rue du Bac » fut transféré dansl'hôtelVilIeroy,9,ruederUniversité.'

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Depuis lors, l'extension du réseau monta assez rapidement; outre les embranchements de la ligne. Paris-Lille sur Ostende et Bruxelles, il en fut construit un autre sur Strasbourg (1797) pour mettre le Directoire en état de communiquer promptement avec nos plénipotentiaires de Rastadt; une grande lignede 870 kilomètres avec 55 postes fut établie de Paris à Brest avec embranchement sur Saint-Mal o; une autre encore de Paris à Dijon et Lyon. Ce développement de services amena un accroissement d'attributions pour Claude Chappe qui devint administrateur des télégraphes avec ses frères pour administrateurs adjoints, et l'administration alla s'installer plus au large, au numéro 103 de la rue de Grenelle-Saint- Germain.

Claude Chappe aurait voulu que le télégraphe fût mis à la disposition du public ; deux fois il en fit la. proposition, au Directoire, puis au Consulat; il se faisait fort d'assurer le secret des correspondances; mais le gouvernement se refusa à cette innovation; il préférait garder le monopole de ce service.

L'idée de Chappe n'était pourtant pas à rejeter ; la preuve en est faite surabondamment aujourd'hui.

Depuis l'adoption définitive du télégraphe, Claude Chappe avait travaillé avec une ardeur extrême; aux fatigues qu'il éprouvait vinrent se joindre des chagrins auxquels il fut sensible; des envieux l'accusèrent de plagiat, lui dénièrent le mérite d'inventeur; bien qu'il n'ait jamais prétendu avoir eu l'idée première des communications rapides à grande distance — ce qui eût été de sa part le comble de la naïveté. Chappe maintenait avec toute raison son droit d'invention des procédés ingénieux qui avaient

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rendu pratique une idée grossièrement réalisée dans le passé ou poussée plus loin, mais sans résultats, par Amontons.

Il fut trop sensible à ces attaques; en même temps un cancer s'était déclaré qui lui rongeait l'oreille; tracas administratifs, douleurs physiques, irritation morale, épuisèrent ses forces, et jeune encore, à l'âge de 42 ans, il mit volontairement fin à ses jours, le 23 janvier 1805 en se jetant dans un puits. En annonçant avec l'expression de vifs regrets la mort de Claude C happe, le Moniteur An 28 janvier 1805 ajoutait : « On a dit avec raison que l'art des signaux « existait longtemps avant lui. Mais ce qu'il fallait « ajouter pour être juste et reconnaissant, c'est qu'il « a fait de cet art une application si simple, si « méthodique, si sûre, si universellement adoptée, « qu'il peut en être regardé comme l'inventeur ».

Carrière trop courte, mais bien remplie; le télégraphe aérien n'a, lui aussi," vécu qu'environ un demi-siècle; une force pressentie par Chappe lui même, l'électricité l'a remplacé; mais pendant un demi-siècle quels avantages n'en a pas retirés la patrie en danger, quand le salut commun dépendait de la prompte exécution des ordres émanés de l'énergie de la Convention! quelle ressource pour le génie d'un Napoléon dont l'action s'étendait sur un vaste empire!

Aussi le sens populaire ne s'y est pas trompé ; même depuis l'adoption du fil électrique, au mot télégraphe est resté intimement attaché le nom de Chappe.

Au cimetière du Père Làchaise, chacun connaît ce bloc de rochers surmonté d'un bras de télégraphe aveccette simple épitaphe : « Chappe, inventeur. » Dans

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la cour de l'Hôtel de l'Administration des Télégraphes, à Paris, a été dressée, une pierre qui avait été élevée d'abord sur la tombe de l'inventeur. Cette pierre porte d'un côté : A Claude Chappe; de l'autre, une série de signaux, composant, une partie de l'alphabet télégraphique, entoure une médaille où il est inscrit : Reprise de Coudé sur les Autrichiens, 1793.

Enfin la ville de Paris a élevé une statue à Chappe, sur le boulevard Saint-Germain, à l'entrée de la rue du Bac. Le souvenir de cet homme utile ne s'efface donc pas.

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