‹ SatanstoéChapitre 106 sur 194 · LE SAMEDI 18 AVRIL · texte numérisé non relu

LE SAMEDI 18 AVRIL

LE POÈME DE H. QBINAOLT. LA OUSIQUE DE B. LOLLT.

Lully ne put résister à l'impatience du public qui souhaitait avec d'autant plus d'ardeur de voir cet opera, que n'ayant point encore paru à la cour, comme la plupart des précédens, c'était un spectacle neuf; il fit ouvrir son théâtre le 18 avril par la première représentation de Persée, qui fut honorée de la présence de M. le dauphin, de LL. AA. RR., et d'une des plus belles et des plus nombreuses assemblées, qui ne cessa d'applaudir avec justice aux grandes beautés qu'on trouve dans cet opéra, tant de la [lart du poète que du musicien. Le premier ne laissa pas d'être critiqué; on attaqua surtout ce sentiment de Phinée:

L'amour meurt dans mon cœur, la rage lui succède;

J'aime mieux voir un monslre affreux

Dévorer l'ingrate Andromède, Que la voir au pouvoir de mon rival heureux.

M. de Preneuse admire la manière dont cet opéra corn-, inence.— C'est Céphée qui parle :

Je crains que Junon ne refuse,

D'apaiser sa haine pour nous.

Je crains, malgré nos vrcux, que l'affreuse Méduse Ne revienne servir son funeste courroux.

En effet, tout le sujet delà pièce est exposé dès la première scène, en sorte que cela répand une grande clarté et beaucoup d'intelligence sur tout le reste du poème. Entre un grand nombre de beaux morceaux de musique, on ne doit pas oublier un trio très touchant, et très flatteur, qui a fait beaucoup d'honneur à Lully, c'est :

0 dieux ! qui punissez l'audace, etc.

Aussi bien que celui :

Ah! que l'amour cause d'alarmes!

Le morceau de musique le plus travaillé, et qui s'en ressentie moins, est le commencement du troisième acte. Le monologue de Méduse, et la scène des Gorgones, sont le chef-d'œuvre de Lully. Il y a un accompagnement qui fait le plus bel effet du monde. Le chœur ;

Descendons sous Jes ondes, etc.

(acte 4, scène 6), passe pour un des plus travaillés. Toutes les parti.es en sont presque également belles; c'est un morceau vraiment savant. Cependant, selon M. deFreneu-

se, il cause plus d'admiration sur le papier qu il no fail de plaisir à l'oreille ; le duo de la deuxième scène du quatrième acte entre Phinée et Mérope,

Les vents impétueux, etc.,

est très savant et très difficile ; il fait un très grand effet quand il est bien exécuté. On admire encore dans Persée ce passage :

Hymen ! ô doux hymen! sois propice à nos vœux, etc.

L'Hymen, qui est un dieu flatteur et gracieux qu on appelle aux noces d'un amant et d'une épouse contente, est traité ici avec une douceur charmante. Quels tons mélodieux, aisés et coulans ! En général, tout le monde rend justice à la beauté du poème et h la musique de cet opéra, si on excepte un très petit nombre. Ce fut dans cet opéra que fit son essai pour le chant et pour la danse,

Bille DESJIATINS.

Fille d'un violonde la musique du roi, et nièce de Beauchamps, débuta à làge de douze ans dans l'opéra de Persée pour la danse et pour le chant, mais elle quitta bientôt le premier talent pour s'attacher au dernier, où elle s'éleva au plus haut degré, jouant également bien les rôles tendres et ceux de fureur. Mile Uesmàtins était belle, grande et bien faite; à la vérité un peu d'emboopoinl dérangea sa taille. Elle mourut en 1708 d'un ulcère au foie, âgée de trente-huit ans.

L'opéra de Persée fut joué sans discontinuation et toujours avec applaudissement, jusqu'au mois de septembre suivant. Il a été repris avec succès en 1687, 1703. 1710, 1722, 1723 et 1737.

Le dimanche 19 juillet 1682, on vit sur le théâtre de l'Opéra une chose qui surprit agréablement les spectateurs. « Le jeune prince de Diechrichstcin, fils aîné du prince de ce nom. grand-maître de S. M. l'impératrice régnante, femme de l'empereur Leopold, y dansa seul une entrée de ballet avec une grâce merveilleuse. Il y parut, sur ce théâtre, magnifiquement habillé et masqué selon sa coutume, et remplit la place d'un des principaux maîtres qu'emploie M. de Lully. Monsieur y vint pour le voir, avec un concours de monde incroyable. Ce jeune seigneur, qui n'a pris de leçons que pendant un an, dansa cette entrée d'une manièire si juste, qu'il fut admiré de tout le monde. »

BIBLIOTHEQUE CHOISIE

PERSEE,

TRAGÉDIE

REPRÉSENTÉE DANS LE MANÈGE DE VERSAILLES EN PRÉSENCE DE LEURS MAJESTÉS,

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