‹ SatanstoéChapitre 107 sur 194 · AU MOIS DE JUIN · texte numérisé non relu

AU MOIS DE JUIN

Devisé va nous apprendre de quelle façon se passa celte représentation, et les raisons qui la précipitèrent.

« L'opéra de Pcrsée a été représenté à, Versailles, en présence de LL. MM. Ce qui s'est passé en cette occasion lient du prodige et fait voir que le plaisir qu'on prend à servir le roi va jusqu'à venir a bout de l'inipossiule. Ce prince avait dit que quand il voudrait voir cet opéra, il en Icrait prévenir quelques jours auparavant, afin qu'on eût le temps de s'y préparer et de dresser un théâtre dans le fond de la cour du château, qui était le lieu destiné pour ce spectacle. Cependant le temps s'élant mis tout d'un coup au beau, et Sa Majesté voulant que Mme la danphine eût part à ce divertissement avant ([u'elle accouchât, on n'avertit de se tenir prêt que vingt-quatre heures avant la représentation : ainsi on ne put travailler au théâtre que le jour même. Il se trouva fort avancé sur le midi, mais le vent ayant changé, la pluie qui tomba tout le matin lit assez connaître qu'il en tomberait le reste du jour. Le roi était prêt à remettre l'opéra ;i un autre jour, lonsqu'on lui promit qu'il y aurait pour le soir même un autre théâtre de dressé dans le manège. Kt en ciïet ii huij hïures et demie du soir, le lieu où l'on travailUiil encore des chevaux ii midi sonné, parut a\cc un brillant inconcevable: théàlre , orchcslro , luuit-dais, rien n'y manquait. Un très grand nombre d'orangers d'une grosseur extraordinaire, très difliciles U remuer et encore plus îi faire monter sur le tiiéâtre, s'y trouvèrent placés, l'ont le fond était une feuillée composée de véritables branches de verdure coupées dans la forêt. Il y avait dans ce fond et parmi ces orangers, quantité de ligures de Faunes et de Divinités, et un fort grand nombre de girandoles . Je n'entreprendrai point de vous en faire la description, elle me serait plusdifiicile que l'exécution même ne l'a été... Tous ceux qui ont de l'emploi dans l'opéra de Persée s'en acquittèrent si bien, qu'on en re-

marqua toutes les beautés. Le sieur Pécourt dansa d'une manière qui lui attira beaucoup de louanges. Le lieu se trouva propre pour les voix, et l'étendue de celle de Mlle Rochois charma les plus diflicilcs de la cour. La symphonie parut admirable, et le roi dit à M. de Luliy qu'il n'avait point vu d'opéra dont la musique fût plus également belle partout que celle de cet opéra.

La joie compiclte que toute la France ressentit à l'heureuse naissance de M. le duc de Bourgogne fut une occasion favorable à Lully pour signaler en cette occasion le siiicère attachement^ et la parfaite reconnaissance qu'il avait pour la maison royale, aussi s'en acquitta-t-il avec toute la magniliceace possible en donnant son spectacle gratis (I).

(1} Chacun faisait paraître la joie qu'il avait de la naissance du nouveau prince, en se servant pour cela des choses qui regardaient son emploi. M. do Lully a cru devoir donner l'opéra au public. On y entrait par un arc do triomphe, et c'était vraiment triompher que de pouvoir passer dessous, tant il y avait de périls à essuyer pour y parvenir. On pourrait dire qu'il y vint un monde entier. La différence de ce qui s'est présenté de peuple à la Comédie et à l'Opéra, quand onlui a donné gratis l'un et l'autre, fait connaitrela grande fortune que le mérite des ouvrages de M. de Lully lui lait faire. Comme il est le plus habile qui ait encore paru en son genre; il est bien juste que le public le distingue par l'empressement qu'il a de voir ce qu'il fait. Après la représentation de Pcrsée, le grand portique par dessous lequel on était entré, et deux obélisques qui étaient aux deux côtés, parurent en feu, et un soleil s'éleva peu-à-peu au-dessus. Ce soleil était composé de plus mille lumières vives, c'est-à-dire, sans être couvertes. On tira ensuite plus de soixante fusées d honneur, les unes après les autres, et et l'on fit couler jusqu'à minuit une fontaine de vin, qui consola plusieurs personnes de n'avoir pu entrer à l'Opéra.

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