‹ SatanstoéChapitre 11 sur 194 · LE MOUCHOIR BLEU · texte numérisé non relu

LE MOUCHOIR BLEU

A la fin du mois d'octobre de l'année dernière, je retournais, à pied, d'Orléans au château de Bardy. Devant moi, et sur la même route, marchait un régiment de la garde étrangère. J'avais hâté le pas pour entendre cette musique militaire que j'aime tant; mais la musique se taisait : seulement quelques mesures de tambour venaient, de loin en loin, marquer le pas uniforme des soldats.

Après une demi-heure de marche, je vis le régiment entrer dans une petite plaine entourée d'un bois de sapins. Je demandai à, un capitaine que je connaissais, si on allait faire l'exercice. Non, me dit-il, on va juger, et probablement fusiller un soldat de ma compagnie, pour avoir volé le bourgeois qui le logeait. Comment, lui dis-je, on va le juger, le condamner, l'exécuter dans le même moment! Oui, reprit-il, ce sont nos capitulations. Ce mot pour lui était sans réplique, comme si tout avait été prévu dans ces capitulations, la faute et le châtiment, la justice et l'humanité même.

— Au reste, si vous êtes curieux, ajouta le capitaine, je vais vous faire placer. Cela ne sera pas long. — J'ai toujours été avide de ces tristes spectacles : je m'imagine que je vais apprendre ce qu'est la mort sur la figure d'un mourant. Je suivis le capitaine.

Le régiment s'était formé en carré ; derrière la seconde ligne, et sur le bord du bois, quelques soldats creusaient une fosse. Ils étaient commandés par un sous-lieutenant; car tout au régiment se fait avec ordre, et il y a'une certaine discipline pour creuser la fosse d'un homme.

Au centre du carré, huit officiers étaient assis sur des tambours; le neuvième, à droite et plus en avant, écrivait quelques mots sur ses genoux, mais avec négligence, et simplement pour qu'un homme ne fût pas tué sans quelques formes.

On appela l'accusé. C'était un jeune homme d'une taille élevée, d'une ligure noble et douce. Avec lui s'avança une femme, seul témoin qui déposât dans cette affaire.

Mais lorsque le colonel voulut interroger cette femme . C'est inutile, dit le soldat, je vais tout avouer; j'ai volé un mouchoir chez cette dame.

LE COLONEL. — Vous, Piler 1 vous passiez pour un bon sujet !

piTER. — Il est vrai, mon colonel; j'ai toujours tâché de contenter mes chefs : aussi ce n'est pas pour moi que j'ai volé. C'est pour Marie.

LE COLONEL. — Qucllc cst ccttc Marie?

PITER. — C'est Marie qui demeure là bas... au pays... près d'Areneberg... où est ce grand pommier... Je ne la versai donc plus !

LE COLONEL. — Je ne vous comprends pas, Piler. Expliquez-vous.

PITER. — Eh bien! mon colonel, lisez cette lettre... et il lui remit la lettre suivante dont tousles mots sont présens à mon souvenir :

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