‹ SatanstoéChapitre 112 sur 194 · ROLAND · texte numérisé non relu

ROLAND

TU.\GÉDIE,

REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS LE LUNDI 8 JANVIER 1685, A VERSAILLES.

LE POtME DE M. QUINAULT. LA MUSIQUE DE H. LDLLT.

Ce poème, qui a de grandes beautés, est cependant fort au-dessous de plusieurs autres du même auteur. Il y a dans le troisième acte une faute de juseracnt qui n'est pas pardonnable à Quinault : c'est Angélique qui fait reconnaître Médor roi du Cathay, par ses peuples; Roland , qui la cherche de tous côtés , peut-il ignorer un pareil événement? Assurément ce n'est point l'Arioste qui a conduit Quinault dans ce précipice : au contraire, il fait partir Angélique cl Médor très secrètement, et pour se mettre en état de ne rien craindre, la princesse du Calhay donne un rendez-vous à Roland Ce dernier ne manque pas de s'y trouver, et c'est pendant ce temps que les deux amans s'embarquent. Quinault a tiré un grand pani du rendez-vous dont nous venons de parler; c'est ce qui forme son quatrième acte, où il se surpasse dans l'intérêt qu'il a su répandre , et l'art du divertissement qui l'ait corps de la pièce. Ici le poète français surpasse le poète italien ; les fureurs de Roland sont mieux placées en coupant et rompant des trophées que son rival n'a dressés que pour son déshonneur, que de lui faire pren-

dre un cheval, et après l'avoir crevé à force de 1« faire courir, le porter sur $es épaules , ainsi que l'Arioste le débite.

A l'égard du musicien , il est toujours le même : rien de faible chez lui ; mais en même temps son goût lui a fait composer au-dessus de tout , lorsque le poète le met en place d'exercer son talent. Ce quatrième acte , dont nous venons de parler, est encore plus parfait par la musique que par les paroles. On ne peut trop admirer la beauté et la noblesse du chant du monologue de Roland, qui contient plus de soixante vers ; quel est le musicien qui oserait en travailler un qui n'en aurait que la moitié?

Après ce que nous venons de dire, on ne doit pas être surpris, si ayant été composé pour le roi et par son ordre, il fut bien reçu à la cour. On reprocha seulement au poète qu'Angélique est trop souvent sur la scène avec Médor, et que Roland n'y paraît pasassez; mais, au reste, on lui rendit toute la justicequ'il méritait, aussi bien qu'à LuUy, qui reçut des complimens marqués. Cet opéra fut joué tous les samedis , jusqu'à la fin du carnaval. Le 16

lUBLIOTHÉQUE CHOISIE.

de janvier, le roi régala les ambassadeurs de Siam , qui étaient alors en France, d'une représentation de cette tra-

gédie à la cour, et LuUy eut la satisfaction de se faire des admirateurs jusqu'au fond de l'Orient.

Page 1