L'OPÉRA DIFFICILE
Ce n'est pas l'opéra que Je fais pour le roi ,
Qui m'empêche d'être tranquille; Tout ce qu'on fait pour lui paraît toujours facile.
La grande peine où je me voy,
C'est d'avoir cinq filles chez moi
Dont la moins âgée est nubile.
Je dois les établir et voudrais le pouvoir ; Mais à suivre Apollon, on ne s'enrichit guère. C'est, avec peu de bien, un terrible devoir De se sentir pressé d'être cinq fois beau-père. ,
Quoi! cinq actes devant notaire.
Pour cinq filles qu'il faut pourvoir)
0 ciel ! peut-on jamais avoir
Opéra plus fâcheux à faire ?
Les décorations , ainsi que les habits , furent dessinés par Berain, qui se surpassa en cette occasion. « Jamais , dit l'auteur du Mercure, on n'a rien vu de plus magnifique, de mieux entendu , ni de plus convenable au sujet. Les vols, dont la nouveauté et la beauté ont surpris, sont du même Berain, qu'on peut dire un génie universel (1). »
(1) C'est à cette occasion que Berain inventa les manches de veste, que le public nomme encore Amadis, sans que la plupart en sachent l'origine.