‹ SatanstoéChapitre 124 sur 194 · LE VENDREDI 7 JANVIER · texte numérisé non relu

LE VENDREDI 7 JANVIER

LC POÈME DE H. DC rORTEKELLC. LA DIOSIQUE DE H. COL4SSE.

En prenant possession du privilège de l'Académie royale de musique, M. de Francine e-ut l'avantage d'y donner au public un opéra qu'on a comparé avec justice au plus beau de Quinault et de Lully. Ce n'est pas que la critiaue n'ait tâché d'y reprendre, et l'on a trouvé les deux aerniers actes faibles et manquant de matières. Mais ces défauts sont amplement réparés par les grandes beautés qui brillent dans cette pièce; la scène de Thétis et Pelée au deuxième acte, peut passer pour un chef-d'œuvre; il est impossible de l'écouter sans en être attendri. On a été surpris qu une pareille scène que l'auteur a ménagée au quatrième acte, qui devait être plus intéressante que la

(1) Le 1 1 de ce mois on donna ici la première représentation d'un opéra nouveau intitulé Thitis cl Pelée. Il est de M. Fontenelle. Il y a tafit de délicatesse d'esprit dans tous ses ouvrages, qu'on se promettait beaucoup de celui-ci ; et je puis dire que la beauté de ses vers a rempli l'attente de tout le monde. Les plus tendres sentimens du cœur y sont exprimés naturellement, quoique d'une manière très noble, et l'approbation générale du public parle assez en sa faveur pour me dispenser de lui don-

première par la supériorité du péril, d'où devait naturellement naître un intérêt plus vif, ne remplît pas l'attente des spectateurs. Le troisième acte est parfait pour les paroles et pour la musique, et les connaisseurs en ce dernier genre font un cas inlini du morceau de la Tempête, qu'on ne cesse d'admirer.

Cet opéra fut très bien exécuté dans sa nouveauté ; Mlle Rochois y joua le rôle de Thétis, ceux de Cydippe et de Doris fift-ent remplis par Mlles Moreau l'aînée et cadette. Moreau lit Jupiter, Du Mény, Pelée, et les rôles de Jupiter et du Destin furent exécutés par Dun le père.

ncr les louanges qu'il mérite. Quant au spectacle de cet opéra, il ne peut être que grand, puisque Neptune et Jupiter qui y sont rivaux, peuvent remuer à leur gré le ciel, la mer et la terre; ainsi on n'y voit rion do forcé ; les habits répondent au spectacle, et sont magnifiques, bien entendus, et convenables aux personnages; le tout a été fait sur les dessins de M. Beram. La musique est de M. Celasse...- Les habiles connaisseurs assurent que les endroits qui demandent une belle musique dans cet opéra sont si bien pousses, qu'il est impossible de faire mieux.

riBLlOTIlËOUE CHOISIE.

M. DE FOKTEIVELLE.

La loi que nous nous sommes imposée de ne rien dire des auteurs vivans, nous empêche de marquer à ce génie supérieur en tous genres, la sincère estime que nous faisons de sa personne et de ses ouvrages

MOREA.U, basse-taille

Frère des demoiselles Moreau dont nous avons parlé cidessus, entra à l'Opéra du temps de Lully vers 1685. Il joua d'original le rôle de Neptune dans la tragédie lyri-

que de Thétis et Pelée , dont Beaumavielle était chargé; mais cet acteur étant mort pendant le cours des répétitions de cette pièce, celui qui fait le sujet de cet article le remplaça. Moreau ne resta guère au théâtre de l'Académie royale de musique, qu'il quitta sur la fin de l'année 1693. Actuellement vivant.

DU.\ père, basse-taille,

Débuta dans le même opéra de Thétis oîi il joua les rôles de Jupiter et du Destin. Il y a apparence qu'il était pensionnaire de l'Académie de musique du temps de Lully. Dun père représenta assez long-temps les grands rôles, ensuite il s'en tint aux grands confidens, et ce qu'on appelle les troisième rôles. Retiré avec pension, et \ ivant.

ÏIIETIS ET PELEE.

Fut représenté à Trianon au mois de février de cette même année, avec les habits (1). Cet opéra fut extrêmement applaudi, et le roi choisit les scènes qui lui plurent davantage pour être chantées dans les concerts à 'Versailles, les jours d'appartement.

Ce n'est pas un faible éloge pour cette tragédie lyrique, que d'avoir paru ii la cour de cette façon ; depuis les représentations de Roland , aucun opéra n'y fut exécuté, pas même Àrmide, dont le succès fût si brillant. La cour n'était plus dans cet usage, avait changé la forme de ses divertissemens qui ont varié suivant les temps, comme le passage que nous rapportons va nous l'apjjrcndre :

« L usage était autrefois à la cour de faire un grand divertissement qui durait tout le carnaval ; c'était ordinairement un grand ballet en machines, mêlé de récits, dont le tout ensemble formait un sujet, comme, par exemple, le Ballet des Arts, le Ballet de la nuit. Si ces sortes de spectacles ne représentaient pas lout-à-fait une intrigue, comme les comédies et les opéras, ils faisaient voir tout ce qui convenait à leur titre. Le ballet de la Nuit faisait

(I) C'est à dire que cet opéra fut représenté en entier. Ordinairement ceux qui étaient faits pour Paris n'étaient exécutés qu'en concert à la cour.

connaître tout ce oui se'' passe pendant la nuit, et les entrées du ballet des Arts, étaient composées de danseurs qui représentaient tous les arts. Ensuite le fameux Molière introduisit les comédies mêlées d'entrées et de récits. Ces divertissemens plurent encore davantage que n'avaient lait les ballets. Les opéras succt'dèrent à ces sortes de comédies. Je ne dis rien de ces sjjectacles , ils sont présentement à la mode , et chacun en a la mémoire remplie ; cependant, depuis quelques années , la cour n'en fait plus faire pour ses divertissemens de carnaval ; ce n'est pas pour épargner la dépense, mais parce qu'elle a trouvé que le même divertissement, penclant un mois, était un plaisir trop uniforme; ainsi, au lieu de ces opéras, elle fait diverses mascarades qui ne coûtent guère moins, mais dont la diversité, empêchant que les plaisirs ne soient continus, les rend |)lus touchans et plus agréables. C'est ce qu'on a fait depuis trois ou quatre années, et ce qu'on a fait encore dans le carnaval dernier (1684). »

Nous verrons ci-dessous que la cour a dérogé à cet nsage quelquefois, et entre autres, en 1697 : que le ballet héroi(|ue alsié fut représenté, pour la première fois, à Fontainebleau, à l'occasion du mariage de M. le duc de Bourgogne.

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