‹ SatanstoéChapitre 133 sur 194 · MARIN MARAIS · texte numérisé non relu

MARIN MARAIS

Parisien, né le 31 mai 1655; ordinaire de la musique de la chambre du roi, pour la viole, mort à Paris, faubourg Saint-Marceau, le 13 août 1728, dans sa soixantetreizième année, inhumé à Saint-Hippolyte, sa paroisse.

On peut dire que Marais a porté la viole à son plus haut degré de perfection, et qu'il est le premier qui en a fait connaître toute l'étendue et toute la beauté par le grand nombre d'excellentes pièces qu'il a composées sur cet instrument, et par la manière admirable dont il les exécutait.

Il est vrai qu'avant Marais, Sainte-Colombe faisait quelque bruit pour la viole; il donnait même dos concerts chez lui, où deux de ses filles jouaient, l'une du dessus de viole, et l'autre de la basse, et formaient, avec leur père, un concert îi trois violes, qu'on entendait avec plaisir, quoiqu'il ne fût composé que de symphonie ordinaire et d'une harmonie peu fournie

Sainte-Colombe fut même le maître de Marais; mais s'étant aperçu au bout de six mois, que son élève pouvait le surpasser, il lui dit qu'il n'avait plus rien à lui montrer. Cependant, malgré cette jalousie, il ne laissait pas de lui rendre justice sur le progrès étonnant qu'il avait fait sur la viole, et étant un jour dans une compagnie où Marais jouait de la viole, ayant été interrogé par des personnes de distinction sur ce qu'il pensait de sa manière de

jouer, il leur répondit qu'il y avait des élèves qui pouvaient surpasser leur maître, mais que le jeune Marais n'en trouverait jamais qui le surpassât. Pour rendre la viole plus sonore. Marais est le premier qui ail imaginé de faire filer en laiton les trois dernières cordes des basses.

Marais s'attacha à Lully qui l'estimait beaucoup, et qui se servait souvent de lui, pour battre la mesure, pour l'exécution de ses opéras (1). Ce soin n'empêchait pasMarais de s'appliquera la viole et de composer une grande quantité de belles pièces sur cet instrument, qu'il jouait avec tout l'art et toute la délicatesse possible. Le goût que Lully lui avait donné pour les opéras, l'anima à composer de ces grands ouvrages de musique, savoir : Alcide, avec Louis Lully, et trois autres à lui &cu\: Àriadneet Bacchus, 1G96,^icj/one, 170G,et5^»i(î/^, 1709; de ces quatre opéras, le premier et le troisième ont eu du succès.

Trois ou quatre ans avant sa mort. Marais s'était retiré dans une maison rue de Lourcine, faubourg Saint- Marceau, où il cultivait les plantes et les fleurs de son jardin. Il louait cependantune salle rue du Battoir, quartier Saint-André des arts, où il donnait deux ou trois lois la semaine, des leçons aux personnes qui voulaient se perfectionner dans la viole.

Il a eu dix-neuf enfans de Catherine d'Âmicourt,, avec laquelle il a été marié cinquanle-lroisans.etacélcbré ses noces jubilaires en 1709 ; il en présenta quatre au feu roi, et donna à ce monarque un concert de ses pièces de viole, exécuté par lui et par trois de ses fils. Le quatrième, qui portait pour lors le petit collet, avait soin de ranger les livres sur le pupitre et d'en tourner les feuillets. Le roi entendit ensuite ses trois fils séparément , et lui dit : ;< Je suis bien content de vos enfans , mais vous êtes toujours Marais et leur père. »

(I) Après la mort de Lully, Marais continua de battre la mesure à lOpcia, et n'a quitté cet emploi que vers 1710 ou 1712.

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